Les élections municipales du 22 mai au Liban-Sud viennent tout juste de changer le cours de mon histoire. Je suis devenue madame la « Mokhtara ». Oui Mokhtara et docteur en sciences en même temps. C'est assez inhabituel et exotique pour une société libanaise un peu machiste et un secteur sudiste assez conservateur. Malgré toutes ces données, une grande majorité de mon village a voté pour moi à hauteur de 68 % des votes.
Certes, la bataille n'était pas si simple, mais grâce aux jeunes qui me soutenaient, grâce à ma famille et aux habitants du village qui m'encourageaient, le combat était plus simple. Ce n'est pas si facile de chambouler plusieurs habitudes en même temps et d'un seul coup : le fait d'être une femme jeune alors que le stéréotype de ce poste consiste à voir un homme âgé ; une femme autant diplômée dans un poste qui n'en demande pas autant ; une femme tout simplement dans un secteur masculin par excellence. J'en ai entendu de toutes les couleurs :
− Pourquoi tu veux te présenter, être docteur est beaucoup plus valorisant pour toi (Ah, je ne vois absolument pas le rapport, le choix n'existe pas ici, je resterais docteur toute ma vie).
− Ah, ce n'est pas un poste pour une femme, « Ma beylba' la mara ». (À ce propos, Simone de Beauvoir a dit : « Jusqu'ici, les possibilités de la femme ont été étouffées et perdues pour l'humanité et il est grand temps dans son intérêt et dans celui de tous qu'on lui laisse enfin courir toutes ses chances »).
− Tu es encore jeune et tu ne pourras pas assumer toutes ces responsabilités. Je dis que j'étais encore plus jeune quand je suis partie seule en France ; et puis quand la personne est entourée de gens compétents et prêts à l'aider, les responsabilités deviennent moins pesantes.
− Tu n'auras pas le temps de jongler entre ta vie professionnelle et ton poste officiel. Je réponds que l'organisation est la clé de toute chose.
− Le secteur sudiste est diversifié par ces religions et sa mentalité. Je précise que je respecte toutes les habitudes et que la diversité ne m'a jamais effrayée, mais que le changement n'est pas systématiquement mauvais.
Cependant, tous ces « freins » et cette pression ne m'ont jamais stoppée ou fait changer d'avis. J'ai surtout continué ce combat pour ces jeunes du village, des jeunes qui n'ont pas été sexistes en me nommant pour les représenter ; des jeunes qui rêvent de changement même s'il est radical et qu'il choque, des jeunes qui ont mis de côté leurs différences politiques et se sont regroupés pour me soutenir ; des jeunes qui veulent un avenir autre que celui-là, des jeunes qui ont combattu cœur et âme pour m'aider à arriver à ce poste ; des jeunes qui sont prêts à rester à mes côtés et à m'aider tout au long de ce mandat ; des jeunes qui ont rêvé et leur rêve, cette fois, s'est réalisé.
Je sais pertinemment que le mandat ne va pas être de tout repos, mais s'il y a une amélioration de 10 % par rapport aux autres mandats, je prends, et ça sera une progression en fin de compte. Il faut toujours voir le verre à moitié plein ! Essayer de changer et révolutionner reste mieux que le fait de ne pas le faire du tout ou de rester indifférent vis-à-vis de la société.
Je remercie donc toutes les personnes qui m'ont soutenue, qui m'ont aidée et facilité ces élections. Merci à tous pour la confiance que vous m'avez donné !
Noura METRI


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De tout coeur avec vous Noura , quelque soit le village et votre appartenance communautaire ! Peu importe le sexe et la religion , pourvu que le rêve ne s'éteigne jamais et tel un feu dévastateur il puisse brûler les esprits malfaisants . Allez de l'avant !
14 h 00, le 02 juin 2016