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Moyen Orient et Monde

Un enjeu de survie pour la monarchie marocaine

OLJ
27/05/2016

Au lendemain de la décision rendue par la CIJ, le Maroc organise une marche verte, qui devait faire pression sur l'Espagne pour l'amener à négocier, mais les principaux enjeux étaient internes : permettre à une monarchie fragile de construire sa légitimité sur l'unité nationale.

La fiction de l'existence de droits historiques du Makhzen (monarchie marocaine) sur le Sahara occidental a été d'une efficacité redoutable pour provoquer un élan nationaliste au sein du peuple marocain. Le 6 novembre 1975, le roi Hassan II organise cette marche verte, une opération pour offrir une nouvelle légitimité à une monarchie décadente. Dès l'indépendance, la traditionnelle instrumentalisation de l'idée d'un « Grand Maroc », englobant le Sahara occidental, la Mauritanie, le nord du Mali et la région de Tindouf et le Nord-Ouest algérien, a servi à éloigner le spectre des divisions internes mettant en péril la pérennité du régime monarchique. Une nouvelle fois en 1975, la monarchie tente d'éveiller un nationalisme qui transcende les clivages idéologiques et politiques internes.

Comme le rappelle Marguerite Rollinde dans sa contribution La Marche verte : un nationalisme royal aux couleurs de l'islam, « le jeudi 6 novembre 1975, 350 000 marcheurs franchissent la frontière qui sépare le Maroc du Sahara espagnol. Partout dans le monde, c'est la stupeur. Les Marocains osent défier la puissance espagnole encore implantée dans cette région (...) En se mettant en marche à l'appel du souverain, ils renouvellent le pacte d'allégeance, la beyaa, conclu avec son peuple et qui lui accorde une autorité sans partage, autorité symbolique transcrite en termes juridiques par l'article 19 de la Constitution qui fait du roi, en tant qu'amir al-mou'minine, le "garant de la pérennité et de la continuité de l'État" et le représentant suprême de la nation ».

La question du Sahara occidental allait devenir l'épine dorsale de l'identité nationale telle que la concevait la monarchie marocaine. Ébranlé dans ses fondations, le pouvoir politique marocain a trouvé là l'occasion de restaurer le consensus autour de lui. Les putschs militaires avortés de juillet 1971 et d'août 1972 ont pesé lourd sur la volonté de Hassan II de consolider sa légitimité face à l'armée. Pour neutraliser et maintenir l'armée à l'écart du champ politique, le roi assigne une nouvelle mission à l'institution militaire : combattre le Polisario. Mais restituer son autorité sur l'armée supposait également de se rallier le soutien des partis politiques, notamment de l'opposition en rupture de banc depuis l'assassinat de Mehdi ben Barka, à Paris, le 29 octobre 1965, et les émeutes de Casablanca du 23 mars 1965. Dès l'été 1974, le roi Hassan II comprend la nécessité de renouveler le consensus de la classe politique autour de sa personne. Pour Abdelkhalek Berramdane, auteur de Le Sahara, un enjeu maghrébin, « la monarchie, isolée des partis politiques et régnant sans partage depuis une décennie, ne pouvait se perpétuer sans reconsidérer fondamentalement ses soubassements (...) L'unanimité nationale de toutes les forces politiques autour du Sahara occidental ouvrait de nouvelles perspectives qu'il fallait exploiter pour débloquer tout le système politique marocain ».

En sacralisant la cause de la « récupération du Sahara », Hassan II en « habile tacticien » (selon les termes de Abdelkhaleq Berramdane) a conçu un projet politique fédérateur afin de reconstituer son capital de légitimité. La campagne de réactivation de la fibre nationaliste et de mobilisation massive à travers la marche verte a été estimée à 300 millions de dollars, financée essentiellement par l'Arabie saoudite. Le militantisme actif du Maroc pour se rallier des soutiens s'est révélé être une stratégie gagnante. Le 14 novembre 1975, cédant à la pression de la marche verte, pourtant condamnée par la résolution 380 du 6 novembre, l'Espagne conclut le traité de Madrid qui partage le Sahara occidental entre le Maroc et la Mauritanie.

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