À Ho Chi Minh-Ville, l’ancienne Saïgon, lieu chargé d’histoire mais aussi poumon économique du pays où il a discuté avec de jeunes entrepreneurs, Barack Obama a visité la pagode de l’empereur de Jade. Jim Watson/AFP
Le président américain Barack Obama a appelé hier le Vietnam, régime communiste de parti unique, au respect des libertés individuelles, le jour même où plusieurs dissidents se voyaient interdire de le rencontrer.
« Garantir les droits n'est pas une menace pour la stabilité » d'un pays, a lancé le président américain dans un discours prononcé à Hanoi devant plus de 2 000 personnes et retransmis en direct à la télévision nationale, scénario longtemps inimaginable. Louant la solidité des liens entre les États-Unis et le Vietnam, anciens pays ennemis, et les progrès accomplis au cours des deux décennies écoulées, M. Obama a plaidé pour des réformes en profondeur. « Quand les candidats peuvent se présenter librement aux élections, cela rend le pays plus stable car les citoyens savent que leurs voix comptent », a-t-il dit, deux jours après un scrutin dont les candidats indépendants avaient été systématiquement écartés. « Lorsque la presse est libre, le peuple a confiance dans le système », a ajouté M. Obama, dans un pays où les médias locaux sont étroitement contrôlés.
Preuve de l'extrême difficulté pour les voix discordantes de se faire entendre dans ce pays de 90 millions d'habitants en plein boom économique, trois des personnes qui avaient été invitées par la Maison-Blanche à rencontrer M. Obama ont été empêchées de participer par les forces de sécurité. « Des membres de la sécurité m'empêchent d'y aller. Ils disent que je peux aller où je veux, mais pas à l'ambassade (des États-Unis) », a expliqué l'avocat Ha Huy Son, qui a défendu nombre de militants des droits de l'homme. L'ancien banquier Nguyen Quang A, figure de la dissidence vietnamienne, a par ailleurs affirmé avoir été « kidnappé par des hommes en civil » à l'aube puis libéré une fois Barack Obama sur le départ de Hanoi. « Même si trois personnes qui avaient été invitées manquaient, cette rencontre d'aujourd'hui était remarquable par le simple fait qu'elle ait eu lieu », a souligné un peu plus tard le secrétaire d'État américain John Kerry.
Tourné vers l'avenir
Mai Khoi, pop star et militante prodémocratie, a quant à elle pu participer à la rencontre. « Rencontrer M. Obama était important, car cela donne une reconnaissance officielle au mouvement pour une société civile indépendante au Vietnam », a-t-elle écrit après la rencontre. Surnommée la Lady Gaga du Vietnam pour ses tenues excentriques et son franc-parler, elle est dans le collimateur du régime depuis sa tentative de candidature pour les législatives qui ont eu lieu dimanche. Une centaine de candidats indépendants avaient déposé un dossier, mais les autorités ont invalidé leurs candidatures. La quasi-totalité des quelque 500 députés sont des hommes, membres du Parti communiste.
Des milliers de personnes s'étaient massées sur le bord de la route par laquelle M. Obama a rejoint l'aéroport à l'issue de son discours. À bord d'Air Force One, il a rejoint Ho Chi Minh-Ville, l'ex-Saïgon, lieu chargé d'histoire mais aussi poumon économique du pays. Après avoir visité la pagode de l'empereur de Jade dans l'ancienne Saïgon, il y a discuté, très détendu, avec de jeunes entrepreneurs. Il a souligné que les créateurs de start-up comme eux pouvaient, à leur échelle, « rendre les autorités plus responsables » vis-à-vis de la population. Avant de quitter Hanoi, M. Obama a retracé le rapprochement spectaculaire entre les deux pays depuis la guerre du Vietnam. « Je viens ici, conscient du passé, de notre histoire difficile, mais tourné vers l'avenir », a lancé M. Obama, troisième président américain à se rendre au Vietnam depuis la fin de la guerre en 1975. Il avait symboliquement débuté sa visite lundi par l'annonce de la levée de l'embargo sur les ventes d'armes au Vietnam. « Nous pouvons dire une phrase longtemps inimaginable : aujourd'hui, le Vietnam et les États-Unis sont partenaires ! » Saluant « les progrès extraordinaires » accomplis par ce pays dans la lutte contre la pauvreté ou encore la scolarisation des enfants, il a appelé les jeunes Vietnamiens à « prendre leur destin en main ».
« Je suis impressionnée, a réagi Tam Anh, étudiante en commerce international. J'étais heureuse de le voir en vrai aujourd'hui, c'est un rêve qui devient réalité. Je ne rate jamais ses discours sur YouTube. Je suis d'accord avec lui sur les droits de l'homme ; j'ai le droit d'exprimer mes idées, de dire ce que je pense. »
En outre, M. Obama a profité de son discours pour lancer une nouvelle fois une mise en garde à Pékin, appelant à la résolution « pacifique » des différends territoriaux en mer de Chine méridionale. « Les grands pays ne devraient pas intimider les plus petits », a-t-il lancé, en référence aux conflits qui opposent la Chine à plusieurs de ses voisins d'Asie du Sud-Est.
(Source : AFP)


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