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Moyen Orient et Monde

Mark Sykes, l’effervescent

Portraits croisés
Louis WITTER | OLJ
16/05/2016

C'est au Royaume-Uni que le colonel, sir Tatton Benvenuto Mark Sykes, plus connu sous le nom de Mark Sykes, naît le 16 mars 1879. Il est le fils unique de sir Tatton Sykes, 5e baronnet, et de sa femme de trente ans sa cadette, Christina Anne Jessica Cavendish-Bentinck. Les parents de Mark Sykes forment un couple malheureux et finissent par divorcer après une accumulation monstre de dettes, contractées par Christina et payées par sir Tatton.

Le jeune Mark Sykes partage alors sa vie entre la maison de sa mère à Londres et l'immense propriété de sir Tatton, dans le Yorkshire, de plus de 120 kilomètres carrés, où sont élevés plusieurs pur-sang arabes. Souvent laissé à ses propres occupations, il développe une imagination débordante, alors que son père l'emmène découvrir le Moyen-Orient. Élevé chez les jésuites au Beaumont College et au Jesus College de Cambridge, Mark Sykes ne finira pourtant pas ses études et ne sera pas diplômé. À 25 ans, il a déjà à son actif la publication de plusieurs ouvrages, comme D'Ordel Pantechnicon, une parodie illustrée des magazines de l'époque, ou Brève histoire de l'Empire turc, un aperçu concis de la géographie politique du monde arabe. Un de ses amis, Aubrey Herbert, parle dans ses écrits du jeune Sykes comme d'un bon vivant. Dans son écrit Hommage à Mark Sykes, Herbert dépeint le personnage et dit de lui qu'il est une « personnalité effervescente : il pouvait transformer un rassemblement en fête, une fête en festival. Il bouillait d'idées et balayait ses auditeurs avec son enthousiasme. En outre, il avait un talent remarquable pour les caricatures et les imitations. Mark Sykes avait une vitalité au-dessus de toutes celles des hommes que j'ai rencontrés. Quand on était en sa compagnie, on se sentait comme si l'on avait été donné à la fontaine de la vie ».

Du « e » d'Acre au dernier « k » de Kirkouk
Mais ce jeune baronnet ne se contente pas d'attendre paisiblement son héritage dans le Yorkshire. Durant la seconde guerre des Boers, il est mobilisé pendant deux ans en tant que garde, mais a approché le feu de la guerre de très près. En février 1902, le voilà promu au grade de capitaine. En parallèle de sa carrière militaire, Mark Sykes s'engage également en politique, dans le camp des conservateurs. Tout d'abord attaché parlementaire du secrétaire en chef pour l'Irlande, George Wyndham, il se rapproche des milieux ministériels et devient attaché honoraire à l'ambassade d'Angleterre à Constantinople. En 1915, il se lance dans un voyage de six mois au cours duquel il passe en Égypte et au Yémen. Et c'est en 1916 qu'il est chargé, en tant que diplomate britannique, de négocier avec la France les accords Cambon-Grey, qui deviendront avec la postérité l'accord Sykes-Picot.
Dans l'ouvrage A Line In The Sand de James Barr, il est écrit que Mark Sykes voulait « tracer une ligne allant du e d'Acre au dernier k de Kirkouk ». Malgré les promesses d'indépendance faites aux Arabes, le Moyen-Orient est alors découpé par ces deux grandes puissances que sont la France et la Grande-Bretagne.
Le 16 février 1919, Mark Sykes est à Paris dans le cadre des négociations de paix. Près du jardin des Tuileries, dans l'hôtel Lotti, il décède de la grippe espagnole, victime de la pandémie. Ses restes sont alors transportés dans sa maison de Sledmere dans le Yorkshire. Bien que catholique romain, il est aujourd'hui enterré dans la section anglicane de l'église Sainte-Marie de Sledmere. Nahum Sokolow, un sioniste russe proche de Chaim Weizmann, écrit alors que Sykes « est tombé comme un héros à nos côtés ».
En 2007, soit 88 ans après sa mort, une équipe médicale a exhumé le corps de Mark Sykes afin de mener des recherches sur la grippe espagnole dont il a été victime. La tombe a été refermée quelques mois après, avec l'accord de sa descendance.

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