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Tribune

Les conflits et la faim vont de pair

José Graziano da Silva, directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao). Photo fournie par la Fao

La Fao organise cette semaine à Rome une conférence régionale pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord ; elle tiendra un forum où 30 pays de la Mauritanie à l'Iran et de la Turquie à la Somalie se réunissent chaque deux ans pour examiner les accomplissements, défis et priorités en termes de sécurité alimentaire et de développement agricole durable.
La région traverse des temps difficiles, où les conflits et les crises prolongées sont presque devenus endémiques et ont infligé d'immenses souffrances aux populations de la région. Malgré les progrès achevés par les différents pays indépendamment pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, le nombre de personnes sous-alimentées a doublé entre 1990 et 2015, et la prévalence de la sous-alimentation a augmenté de 30 %.

En fait, les conflits et la famine sont étroitement liés. Les données montrent que les pays ayant les plus hauts niveaux d'insécurité alimentaire sont également les pays les plus touchés par les conflits. En plus, la violence et la faim sont souvent bloquées dans un cercle vicieux et l'une se nourrit de l'autre. En Syrie, 6,5 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays, tandis que plus de 4,8 millions ont fui vers des pays voisins en tant que réfugiés, avec un nombre croissant fuyant vers l'Europe. La moitié de la population qui est restée dans le pays a besoin d'aide alimentaire. Les dommages causés aux investissements en Syrie ont été estimés à 70 milliards de dollars. L'effet du conflit a été destructif car le pays a perdu la moitié de son bétail et la production agricole a atteint à peine 40 % de son niveau d'avant la crise.
La crise syrienne engendre aussi des coûts énormes pour les pays voisins. Pour le Liban seul, le coût a atteint 1,5 % de son PIB par an à cause de la perte dans le commerce et les effets négatifs sur le tourisme et les infrastructures. La Jordanie partage généreusement ses ressources naturelles avec environ un million de réfugiés syriens, en plus de ceux qui ont fui l'Irak et Gaza ultérieurement.

Tout cela se passe dans une région considérée comme la région la plus aride du monde, faisant face à une surélévation sans précédent dans la pénurie d'eau. La disponibilité moyenne d'eau douce par habitant est à 10 % seulement de la moyenne mondiale et devrait encore diminuer en raison de l'accroissement des besoins, ainsi que des impacts du changement climatique. L'insécurité alimentaire, la rareté des ressources naturelles, le chômage et la migration, ainsi que l'appauvrissement des zones rurales continueront à secouer la paix et la stabilité de la région si des solutions durables ne sont pas mises en œuvre impérieusement.

Ceci définit l'engagement de la Fao avec ses pays membres dans la région. Ensemble, nous avons lancé des initiatives régionales portant sur la pénurie d'eau et les défis de la sécurité alimentaire, pour renforcer la résilience dans les contextes de crise et traiter les causes profondes de la pauvreté rurale et le chômage chez les femmes et les jeunes. Il est grand temps de donner la priorité à l'investissement dans la résilience des agriculteurs et des communautés rurales. Nous devons investir massivement dans les infrastructures, le capital humain et la protection sociale dans les zones rurales. Nous devons aussi créer des conditions pour diversifier les sources de la croissance économique, combler l'écart spatial d'inégalité et arrêter la dynamique migratoire. Nous devons mettre en place des stratégies globales de lutte contre la pauvreté rurale pour aider les exploitants familiaux à améliorer leur productivité à petite échelle, de les joindre aux marchés et d'améliorer la professionnalisation des organisations de producteurs. Nous devons aussi arrêter la surélévation de la pénurie d'eau par l'amélioration de la gouvernance du secteur de l'eau, le renforcement du rôle des agriculteurs et des communautés dans la gestion de l'eau, et la généralisation des bonnes pratiques d'agriculture qui améliorent la productivité de l'eau à usage agricole et préservent la qualité de l'eau.

Les régions du Proche-Orient et d'Afrique du Nord peuvent sortir plus fortes des crises et conflits actuels. D'autres pays et régions ont aussi réussi à le faire dans le passé, et même parfois contre vents et marées. Cela exige une action collective et décisive pour rétablir la confiance et élaborer une vision commune entre les pays membres de la région. Cela aura également besoin de l'appui de tous les partenaires et amis, et la Fao est engagée à bien remplir son rôle.

* José Graziano da Silva est le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Fao).

 

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