Extrait de la Constitution libanaise.
Un certain nombre de questions reviennent de façon récurrente à chaque échéance. Comment élire un président, quel devrait être son profil? Doit-il annoncer un programme? Quelles compétences et quelle marge de manœuvre lui laisse-t-on dans le cadre de la Constitution actuelle et, surtout, d'après la coutume que la période d'après-Taëf a instaurée. Les réponses à ces questions contribuent à l'appréhension des principaux enjeux et défis qui marqueront le prochain mandat, ainsi que du véritable pouvoir du président.
Le premier enjeu est tout simplement la survie du système, ce système ébranlé, menacé, dont aucune des composantes ne fonctionne plus correctement, ni le Parlement, ni le gouvernement, ni même la justice. Puis, en deuxième étape, sa remise en marche et enfin recréer du rêve. Il ne s'agit pas du rêve au sens de l'illusion, mais au sens de l'espoir. Le véritable défi est de pouvoir réaliser cette mission dans le contexte national et international existant, et dans le cadre des institutions en place.
Nos institutions sont très proches de celles de la Ve République avant la réforme de 1962, i.e. l'élection au suffrage universel du président. Particularité majeure, c'est un mélange de régime parlementaire et de régime présidentiel, ce qui institutionnalise une rivalité incontournable entre le président et le Premier ministre tant leurs compétences se recouvrent. Le phénomène est accentué au Liban par le fait qu'ils appartiennent à deux communautés différentes. Le président est le garant de la Constitution, de l'intégrité du territoire et de l'unité nationale, il y est tenu par le serment qu'il est le seul à prêter. Il préside l'exécutif avec quelques nuances, tout comme il préside le conseil de défense, il représente le pays et signe les traités, il peut s'adresser au Parlement et au peuple.
À force de parler de pays, d'État, de nation, d'identité, de pacte ou de formule, on ne distingue plus le sens du terme système. Le système est une construction à trois niveaux: la base est le projet national, cette expression de la volonté de vie en commun, sur un territoire déterminé, autour d'un projet défini. «Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple», comme disait Renan.
Les nations ne sont pas un droit acquis mais un droit à acquérir en permanence, il y a des peuples qui ont une terre, une race, une langue, mais pas de pays. Il s'agit d'amener une valeur ajoutée, un projet qui alimente la civilisation en marche. Le Liban a, dès les origines, été bâti sur des projets simples, riches, partant de constats incontournables: le territoire a été longtemps gouverné par les empires, croisé, byzantin et surtout musulman, alors que la montagne s'autonomisait pour représenter la terre de toutes les populations opposées à ces empires, les druzes, les chiites et les maronites. Et enfin, ce pays, dès le XVe siècle, s'est toujours fait remarquer par son ouverture.
De là il devenait facile que le projet national soit tout naturellement la fécondation des oppositions et des différences, cette fameuse symbiose islamo-chrétienne et ce gouvernement paritaire unique au monde, ce lien entre Orient et Occident, même s'il faut que ce concept évolue aussi mais toujours dans l'optique de fécondation des contraires. Le chrétien libanais n'est pas tout à fait le même que le chrétien occidental, il en va de même des musulmans qui ne sont plus tout à fait les mêmes que leurs coreligionnaires voisins.
Si l'on n'est pas conscient de ces faits, on ne peut intégrer la portée de l'union nationale qui doit être une adhésion consensuelle au projet, les règles de la démocratie ne jouant pas sur les fondements nationaux. C'est à partir de ce projet qu'émane l'État, qui a pour vocation la gestion de ce territoire, la gestion des moyens de production et la répartition des richesses. Sa gestion doit être soumise à l'exercice démocratique, pour permettre l'évaluation et la sanction du peuple.
Enfin, il faut garder un cap, une orientation, d'où le besoin d'un minimum de planification pour capitaliser les actions et valoriser le projet de base.
Ibrahim DAHER
Ancien ministre
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