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Culture - Exposition

Le blanc et le rouge ne s’opposent-ils pas ?

Charles Sandison, pape de l'art digital, est à Beyrouth jusqu'au 21 mai et propose chez Nayla Kettaneh-Kunigk* une série d'œuvres monumentales et impressionnantes sous forme de rétrospective.

L’art de Sandison demande de l’implication, de la patience, de la réflexion, et met le visiteur au cœur de ses œuvres.

En face de la porte d'entrée de la galerie Tanit se trouve l'œuvre Good vs Evil, pièce majeure de l'exposition éponyme. À première vue, on pense reconnaître les continents, et on a raison, car un des sujets traités est la tectonique des plaques. Mais, comme dans toutes les œuvres présentées, sa richesse va bien au-delà de ce que l'on voit. Good vs Evil est un travail sur ces deux mots et leurs applications, le bien et le mal et leur antagonisme infini. Nous assistons en direct à un combat acharné et à l'issue incertaine entre le bien en blanc et le mal en rouge. L'artiste a en effet donné aux mots les mêmes attributs et le même objectif, il les a aussi codés génétiquement pour qu'ils réagissent comme des cellules cancérigènes ou des bactéries, et donc s'attaquent mutuellement pour leur survie. Nous les voyons ainsi essayer d'occuper l'espace et éliminer leur ennemi, s'organisant en colonnes, en groupes, pour se renforcer et gagner du terrain. Quand l'œuvre tire à sa conclusion, ce sont plus de 40000 mots qui sont présents et qui forment un amalgame comme un combat d'infanterie à mains nues.
On pourrait croire que le responsable de ces travaux est un total geek à lunettes, mais il n'en est rien, au contraire, car Charles Sandison est écossais, né en 1969, et a souffert dans sa jeunesse de deux handicaps qu'il a réussi à surmonter et maîtriser: une dyslexie de la lecture, qui l'empêchait de comprendre ce qu'il voyait jusqu'à l'âge de 7 ans, et une mémoire à court terme. Après des premiers travaux en peinture et photographie, il se lance dans l'art digital et il est aujourd'hui considéré comme un des artistes majeurs de cette spécialisation, proposant au public des œuvres fortes, engagées, monumentales, encyclopédiques et néanmoins compréhensibles. La réalisation de ses œuvres, qu'il fait seul, lui prend beaucoup de temps et d'énergie, et il aime à se ressourcer dans un cottage sans eau ni électricité. Nous sommes ici très éloignés des industriels de l'art que sont Jeff Koons ou Damien Hirst, même si, comme eux, il a droit aux honneurs des plus grands musées mondiaux à New York, Rotterdam ou encore au musée du quai Branly à Paris ou à la Tate Modern de Londres.

Tableaux en évolution
L'exposition, toujours en cours à la galerie Tanit de Mar Mikhaël (jusqu'au 21 mai), propose une dizaine d'œuvres et se veut une sorte de rétrospective, tout en étant également une présentation de l'art numérique sur le marché libanais, peu habitué à ce type de performances et de pièces plus difficiles d'accès. Dans la même salle que Good vs Evil sont exposés d'immenses tableaux vivants, projections faites de mots en mouvement décrivant un thème et, dans une autre salle, des « écrans » plus petits de taille. Les projections, qu'il code lui-même depuis qu'il l'a appris dès l'âge de 12 ans, sont en constant mouvement, changement, leur «durée de vie» est en moyenne de plusieurs dizaines d'années, les tableaux étant toujours en évolution. Le rythme lent de leurs mouvements leur donne un côté poétique, et on sent que nous sommes devant des pièces rares. L'art de Sandison demande de l'implication, de la patience, de la réflexion, et met le visiteur au cœur de ses œuvres. Pour les francophones, nous vous recommandons fortement de demander à Clémence de partager sa passion, son érudition et sa poésie. Elle travaille à la galerie et rend l'expérience encore plus immersive.

* « Good and Evil, Yes and No, Wrong and Right » de Charles Sandison, à la galerie Tanit, Mar Mikhaël, rue d'Arménie, imm. East village. Jusqu'au 21 mai.
* https://youtu.be/bML3O8g41Vw

En face de la porte d'entrée de la galerie Tanit se trouve l'œuvre Good vs Evil, pièce majeure de l'exposition éponyme. À première vue, on pense reconnaître les continents, et on a raison, car un des sujets traités est la tectonique des plaques. Mais, comme dans toutes les œuvres présentées, sa richesse va bien au-delà de ce que l'on voit. Good vs Evil est un travail sur ces deux mots et leurs applications, le bien et le mal et leur antagonisme infini. Nous assistons en direct à un combat acharné et à l'issue incertaine entre le bien en blanc et le mal en rouge. L'artiste a en effet donné aux mots les mêmes attributs et le même objectif, il les a aussi codés génétiquement pour qu'ils réagissent comme des cellules cancérigènes ou des bactéries, et donc s'attaquent mutuellement pour leur survie. Nous les voyons...
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