Une performance chatoyante, voire envoûtante.
Plusieurs performances combinées ont été interprétées hier soir sur les planches du théâtre Tournesol dans le cadre du Spring Festival 2016. Mais, avant l'entrée en scène, les artistes se sont bien chargés d'expliquer la démarche et l'approche artistiques. Quelques instants auparavant, les curieux pouvaient monter sur les planches et voir de près la confection d'un masque. Ils pouvaient comprendre donc cet alphabet artistique qui nous vient de l'Inde, avec la troupe du Kerala Kathakali Center.
Ce que le maître Kathakali a dit...
Le Kathakali est une des formes les plus anciennes du théâtre, issu des rituels et des danses des temples, et originaire du Sud-Ouest de l'Inde, une région connue aujourd'hui sous le nom de l'État de Kerala. Cet art qui date du XVIIe siècle est l'expression scénique des épopées indiennes du Ramyana et du Mahabharata. Cette expression s'apparenterait à un mélange de pantomime et de ballet en Europe. Ainsi, c'est un extrait d'une épopée du Mahabharata qui a été interprété hier soir au Tournesol. Comment résumer donc cet art qui allie mime, danse et performance théâtrale et musicale ? En comprenant ce que le maître kathakali dit à son élève : « Où va la main va le regard ; où va le regard va l'esprit ; où va l'esprit va l'âme ; où va l'âme, là est l'émotion. »
(Lire aussi : Se recueillir sur leurs tombes et écouter la terre chuchoter)
Couleurs bavardes
Pour pénétrer ce monde fabuleux, ésotérique et chargé de symboles, le narrateur s'est chargé de présenter ce vocabulaire assez complexe au début du spectacle. Un vocabulaire composé de signes, de mimiques du visage, de gesticulations... Le spectateur était forcé d'écouter le narrateur expliquer le processus afin de ne pas s'arrêter uniquement au visuel, mais comprendre qu'il y a bien une action qui a lieu. On dénombre ainsi à peu près neuf mouvements de la tête, onze façons de regarder qui expriment la joie, la peine ou la colère, mais aussi quatre positions du cou et six mouvements de sourcils. Dans le Kathakali, les yeux de l'acteur vont de gauche à droite, de haut en bas, et tournent à une vitesse vertigineuse, rythmée par différents genres de percussions. Les joues se gonflent et, avec la bouche, deviennent un simple muscle. Les couleurs aussi sont bavardes. Chaque teinte a son langage, et tout dans cette performance est chatoyant, voire envoûtant.
(Lire aussi : Hanane Hajj Ali : Ce qui nous manque au Liban, c'est la culture de la culture)
Les orteils et les mains
Ce n'est pas seulement la figure qui s'exprime tous azimuts, mais également tous les membres. Le spectateur pouvait ainsi s'attarder à observer les 64 mouvements de la taille, des hanches, mais aussi des talons, des chevilles et des orteils, dont la flexibilité était impressionnante. Les mains, qui ont une fonction narrative, dessinent des volutes dans l'air et déterminent l'espace. La forme corporelle devient géométrique : trapézoïdale, triangulaire ou autre. Le visage Kathakali est un miroir émotionnel dont les réactions ne sont pas conditionnées par les actions d'un autre acteur, mais par l'histoire décrite par les mains de l'acteur lui-même.
Un miroir où s'est projeté ce public libanais envoûté par un théâtre jamais présenté auparavant.
Lire aussi
Sulayman al-Bassam a le théâtre dans le sang
L’homme est-il encore un miracle sur terre ?
Ce que le maître Kathakali a dit...Le Kathakali est une des formes les plus anciennes du théâtre, issu des rituels et des danses des temples, et originaire du Sud-Ouest de l'Inde, une région connue aujourd'hui sous le nom de l'État de Kerala. Cet art qui date du XVIIe siècle est l'expression scénique des épopées indiennes du...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine