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Culture

Sulayman al-Bassam a le théâtre dans le sang

Rencontre

Un profil d'aristocrate anglais et une allure d'émir oriental. Il sera demain au Tournesol, dans le cadre du Spring Festival 2016, pour une pièce écrite et mise en scène par ses soins.

06/05/2016

Dans le spectacle de Sulayman al-Bassam intitulé Fi maquam al ghalayan (En mode éruptif) – à voir demain samedi 7 mai au Tournesol dans le cadre du Spring Festival –, deux actrices parleront du monde arabe et des transformations de leur vie. Rencontre avec le metteur en scène en coulisses.
Les cheveux sel et poivre coupés à la brosse, jeans et chemisette grise sur pieds nus en tong, alternant lunettes de soleil et de myopie pour des cigarettes allumées ou éteintes en main. Homme de deux continents, Sulayman al-Bassam, 43 ans, est de père koweïtien et de mère anglaise.

Diplômé en littérature anglaise et européenne d'Edimbourg, parfaitement fluide entre français, anglais et arabe (avec un léger accent britannique quand il utilise la langue de Molière !) il n'en est guère à son premier passage à Beyrouth où son grand-père a vécu un bout de temps. D'ailleurs, s'il a la lucidité et la distance d'un Occidental, l'émotion et l'enthousiasme levantins gagnent vite du terrain.
Tout comme dans son théâtre (15 œuvres déjà à son actif) lui qui a introduit Saaddallah Wannous (Rituel pour une métamorphose) dans l'illustre Comédie-Française et qui est empreint, par ailleurs, de l'esprit de Shakespeare. « Shakespeare pour traiter sur scène les guerres après le 11 Septembre », dit-il... Un théâtre qui fait confronter le spectateur avec la solitude intérieure, un espace de rêve...

Troisième séjour à Beyrouth dont il parle avec lyrisme et discernement. Si son Tartuffe de Molière au Madina, en version arabe criarde et gesticulatoire, fut un bide total, The speaker's progress, travail à l'ombre d'une révolution, fut accueilli avec de meilleurs sentiments.
« Toujours heureux d'être à Beyrouth, lance-t-il, comme un cri du cœur. J'aime la résilience qu'il y a pour la vie. Beyrouth est toujours confrontée avec la refragmentation de l'existence. Il y a surtout cet attachement irrépressible, cette volonté de vie. Mais Beyrouth est aussi otage de ses vices. Vices mondains, de lucre, de corruption, de décadence, d'amoralité. Toutes ces tours, ces monolithes insolents sont l'aspect changeant d'une défiguration d'identité. Mais Beyrouth n'est pas seule dans le monde arabe dans cette dégringolade... »

Pour cet auteur de textes dramaturgiques féru de Rabelais, Racine, Koltès, Marlowe, Howard Parker et Sarah Kane, pour ce metteur en scène (il a fondé deux troupes Zaoum –
d'un mot russe signifiant transmental, pour exprimer les émotions et les sensations primordiales, et Sabab) qui voue admiration à Roméo Castellucci, Robert Wilson, Peter Brook et Kantor, le monde des planches a ses phosphorescences, ses servitudes, ses libertés, ses codes, ses normes, ses expressions. Un théâtre surtout critique et de questionnement. Pour un artiste-écrivain « férocement indépendant », souligne-t-il, sans l'ombre d'une plaisanterie...


(Lire aussi : Hanane Hajj Ali : Ce qui nous manque au Liban, c'est la culture de la culture)

 

Une terre de poésie
« Je travaille toujours par rapport à une contemporanéité, enchaîne-t-il. J'utilise des périodes de l'histoire... En un monde altéré, bouleversé. Ma définition du théâtre ? J'aime le théâtre qui fait confronter le spectateur avec la solitude intérieure, un espace de rêve. Une terre de poésie. Le théâtre est un art pauvre. Il doit dépendre de ses éléments humains. Et ce théâtre est quasi impossible dans nos villes de l'Orient. Ma motivation c'est l'écriture scénique. Et je suis préoccupé par l'identité arabe. Tentation du roman ? Non. Mais j'aimerais explorer le domaine du cinéma. »

Et pour sa dernière création Fi Maquam al ghalayan (En mode éruptif), donnée déjà à Koweït, à Tunis et maintenant pour un seul soir à Beyrouth, texte et mise en scène (déjà visionnée par la censure et amputée de quelques phrases !)
Sulayman al-Bassam la décrit en ces termes : « C'est une série de six monologues pour six personnages incarnés par deux femmes. L'une parle en arabe syrien et un monologue blanc (comprendre arabe littéraire), et l'autre en anglais. Je donne la voix à Marie Colvyn, journaliste au Sunday Times, décédée en 2012 à Alep. Ce sont des paroles violentes, poétiques, condensées. Pour des êtres en transformation. Dans leur vie, leur traversée humaine. Dans un monde altéré, bouleversé par une guerre civile... Et sur scène, pour accompagner ce verbe, un piano avec la compositrice Britanny Anjou. »
Le théâtre, espace et langage pour tous les citoyens de la terre, loin de tout divertissement facile, est ici pour une cause, une sensibilisation, une pause réflexion, une humanité souffrante, une émotion vive.

 

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