Isabelle Joschke à bord de son tout nouveau voilier Class40 avec lequel elle dispute la Transat anglaise. Vincent Curutchet/OC Sport/Lloyd Images/AFP
C'est le « reflet » d'une société « qui ne bouge pas si vite que ça » : Isabelle Joschke n'est que l'une des deux femmes skippers à s'être lancées lundi dans la Transat anglaise entre Plymouth (sud-ouest de l'Angleterre) et New York, course pour laquelle elle a réalisé un rêve en changeant de catégorie. Joschke, navigatrice franco-allemande, est passée de la catégorie Figaro (10,10 m) au Class40 (12,19 m), et a en ligne de mire le Vendée Globe avec les Imoca (18,28 m). Elle est la seule femme avec l'Allemande Anna-Maria Renken, également en Classe40, à tenter de rejoindre New York, sur un total de 25 concurrents.
« C'est malheureusement le reflet de la société et la société ne bouge pas si vite que ça, déplore-t-elle. Et non seulement ça ne bouge pas, mais ça se dégrade. Je connais des jeunes (femmes) qui rêvent de faire de la course au large, mais qui n'ont pas de budget, explique Joschke. On voit ce métier comme un truc de mec, on associe la performance sportive à la virilité. Beaucoup de gens pensent que la femme est génétiquement moins apte à prendre des risques qu'un homme, observe-t-elle encore. Et une femme qui fait du sport, elle, est jugée moins féminine. »
Avec cette course de 3 050 milles (5 650 km), née en 1960 et matrice de toutes les transats, Isabelle Joschke attaque pour la première fois la compétition en Class40, après avoir animé pendant plusieurs années la classe Figaro. « Ce passage du Figaro au Class40, plus gros, n'était pas prévu, mais je l'espérais depuis de nombreuses années, j'en rêvais, confie-t-elle. Quand l'opportunité s'est présentée, j'étais super contente. »
Rêve de Vendée
« Le projet s'est mis en place tardivement, on a eu le bateau fin février, poursuit-elle. C'était un peu précipité, une transition vachement courte pour préparer cette course, qui est la solitaire de l'année. Je n'ai pas forcément le bateau le plus rapide de la flotte, mais il est costaud et ergonomique. J'ai fait deux stages d'entraînement avec d'autres Class40 à Lorient, indique la jeune femme. Physiquement, je vois une sacrée différence (avec le Figaro), par exemple pour les changements de voiles. La plus lourde, c'est le gennaker : elle fait plus de 40 kg, soit presque mon poids ! Ça demande beaucoup, beaucoup d'anticipation et de la gestion de la forme physique sur le long terme. » Les Class40 – ils étaient 10 au départ de la course – « sont des bateaux où on peut casser des choses. Il faut connaître les manœuvres, bien assimiler leur déroulement et ne pas être trop fatigué dans sa tête ».
À quelques heures du départ lundi, la navigatrice admettait ressentir un certain stress, mais avouait penser parfois à l'étape suivante, le passage aux Imoca, ces luges océaniques de 18,28 m qui disputent le Vendée Globe. « Oui, j'en rêve, c'est sûr, affirme-t-elle. Mais je suis déjà super contente de courir cette course de légende. C'est une transat spéciale car on n'a pas souvent l'occasion de traverser l'Atlantique par la route Nord, et le jeu est très ouvert au niveau de la navigation. »
Hervé GUILBAUD/AFP

