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Nos lecteurs ont la parole - Mounir El-Khoury (Ul)

Lettre ouverte au président François Hollande

Le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive,
sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse,
et qu'il faudrait un sursaut, d'urgence, pour éviter le naufrage.
Amin Maalouf

Monsieur le Président,
Depuis des siècles, la France et le Liban entretiennent des liens puissants de confiance et d'amitié, des liens culturels et financiers, forgés au long de l'histoire. Bien avant la proclamation solennelle de l'État du Grand-Liban, le 1er septembre 1920, au Palais des Pins, par le général Gouraud, c'est du XVIIe au XIXe siècle que, orientalistes, poètes, pèlerins, commerçants, sériciculteurs, voyageurs affluaient au Liban. Les uns, épris par la beauté du paysage et voyant la réalisation d'un rêve biblique familier, les autres, attirés par une impression spiritualiste, se trouvaient touchés dans leur sens et leur esprit ! Un Volney, un Nerval, un Lamartine, un Portalis témoignent ce propos. Il y a cinquante ans, le général de Gaulle, recevant à l'Élysée le président Charles Hélou, disait : « Depuis toujours, le Liban apparaît aux Français comme la porte de l'Orient, et depuis beaucoup des siècles, la voix de l'Occident est, pour les Libanais, avant tout celle de la France. » Et depuis vingt ans, en avril 1996, jour pour jour, le président Chirac se félicite d'être le premier chef d'État français à effectuer une visite officielle au Liban. « Je me félicite, disait-il, d'être le premier chef d'État étranger à venir à Beyrouth et à résider dans ce palais de Baabda. »

Monsieur le Président,
Votre visite survient au moment où le Liban se trouve, depuis plus de deux ans, sans président. Le palais de Baabda et son locataire devraient vous accueillir, comme il se doit, avec tous les honneurs et les cérémonies officielles sans précédent, réservés à un hôte exceptionnel pour une visite historique. Depuis l'indépendance en 1943, le Liban n'a pas connu une situation similaire ! Structures intérieures, conjonctures régionales ou internationales seront-elles les causes de ce handicap ? Les Libanais, notamment les chrétiens, sont ébahis de cette triste situation. Ils se sentent même humiliés dans leur amour-propre et leur dignité nationale. Des craintes et des angoisses existentielles ne sont pas l'apanage d'une seule communauté, mais au niveau de toute une population. Oui, Monsieur le Président, le Liban est « sans boussole », il navigue « sur une mer houleuse » !
Et s'il évite habilement les obstacles et les dangers, à quand naviguera-t-il entre les écueils ?
Élire un président, c'est la responsabilité des Libanais, dira-t-on ? Oui, mais aussi, mais surtout conjonctures régionales et internationales, et par conséquent influences et ingérences !?

Monsieur le Président,
Devant les hostilités qui menacent le Liban depuis plus de cinq ans, l'armée, colonne vertébrale de l'État libanais, affronte vaillamment les actes de violence et les agressions. Attentats, attaques, kidnapping de soldats – toujours en détention –, minage, et l'armée, avec son peu de potentiel en armement, se heurte hardiment, avec tant de sacrifices, tant de fidélité pour la sauvegarde de l'honneur et de la patrie ! Les Libanais dans leurs composantes sociales et confessionnelles sont fiers de leur armée et lui reconnaissent gré et gratitude. Ils sont conscients de ses sacrifices dans sa lutte antiterroriste. Les États-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne ont affiché leur soutien au Liban et en particulier à son armée dans la lutte qu'elle mène contre le terrorisme. Le chargé d'affaires de l'ambassade des USA à Beyrouth, Richard Jones, a exprimé récemment la « confiance » des USA en « l'engagement, la détermination et la capacité de l'armée à défendre le Liban et son peuple ». De même, le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, lors de sa visite au Liban, déclare : « Nous sommes heureux que l'armée libanaise puisse traduire ce soutien en une sécurisation des frontières et une lutte efficace contre Daech en vue de protéger le Liban. » Et comment décide-t-on, Monsieur le Président, de priver cette armée vaillante du dispositif militaire qu'on lui avait promis ?

Monsieur le Président,
Le Liban est aussi exposé à un autre genre de menace, cette fois économique. Il est en quête d'une stratégie pour défendre ses droits pétroliers. Pour contrer tout empiètement sur sa « zone économique exclusive » et défendre ses droits sur les gisements gaziers en Méditerranée, il mène une bataille diplomatique, politique, médiatique et officielle. La délimitation des frontières maritimes risque qu'Israël fasse de la ZEE une zone de conflits. C'est pourquoi le Liban s'est mobilisé en direction des Nations unies, par le biais du secrétaire général Ban Ki-moon, réclamant la prise des mesures adéquates afin d'éviter tout conflit qui menacera la paix et la sécurité internationales. Il s'agit là d'une zone frontalière maritime, des plus importantes richesses sous-marines en hydrocarbures découvertes dans le monde depuis dix ans. Faudra-t-il, Monsieur le Président, que le Liban demeure toujours sur ses gardes avec des « voisins difficiles » ? Ne lui suffit pas le lourd fardeau de deux millions de réfugiés ?
Et par similitude, un pays européen de 60 millions d'habitants pourra-t-il accueillir 30 millions de réfugiés ? Ou aussi un million et demi de réfugiés sur une superficie de 10452 km2, soit, par analogie, 100 millions de réfugiés pour l'Europe ?!

Monsieur le Président,
Alors que vous visitez le Liban, notre pays connaît l'une des phases les plus difficiles et les plus sombres de son histoire. Cependant, il mène un combat de défense de son territoire, de ses richesses, de son identité et de son fondement. La collaboration des chrétiens et des musulmans, pierre angulaire du fonctionnement institutionnel du Liban, se trouve menacée. La mission du Liban ne réside-t-elle pas à apprendre aux gens à vivre ensemble, en dépit de leurs différences ? Ce mode ne présente-t-il pas le principal défi de ce siècle ? « Et s'il y a un défi que les Libanais comprennent mieux que d'autres et où ils pourraient apporter une expérience historique précieuse, c'est celui-là. » Alors, le « vivre-ensemble », ou la convivialité, à laquelle le Liban tient ne fait-t-elle pas face à la violence et à l'intégrisme ? Mieux encore, le Liban ne forme-t-il pas un phare de culture francophone sur les côtes orientales de la Méditerranée ? Et puisque celle-ci porte sur les stratégies de diffusion du français et des langues partenaires, sur la maîtrise des nouvelles technologies de l'information, sur le développement de la promotion de l'État de droit, le Liban ne joue-t-il pas volontiers son rôle prescrit dans ce coin du monde afin de bâtir la paix dans les esprits des hommes ?
C'est d'ici, sur notre terre, où Nadia Tuéni, Amin Maalouf, Andrée Chédid, Georges Schéhadé, Salah Stétié exprimèrent en français toute la poésie de l'Orient, que l'histoire a voulu que des liens particuliers s'établissent entre la France et le Liban, et, par-delà, entre l'Europe et l'ensemble du monde arabe. N'incombe-t-il pas à la France et par conséquent à l'Europe d'appuyer le pays du Cèdre afin qu'il puisse sortir de la « dérive » et éviter le « naufrage » pour commémorer, en 2020, son centenaire et promouvoir tout ce qui est juste, vrai et beau ?

Mounir El-KHOURY (UL)

Le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive,sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse,et qu'il faudrait un sursaut, d'urgence, pour éviter le naufrage.Amin Maalouf
Monsieur le Président,Depuis des siècles, la France et le Liban entretiennent des liens puissants de confiance et d'amitié, des liens culturels et financiers, forgés au long de l'histoire. Bien avant la proclamation solennelle de l'État du Grand-Liban, le 1er septembre 1920, au Palais des Pins, par le général Gouraud, c'est du XVIIe au XIXe siècle que, orientalistes, poètes, pèlerins, commerçants, sériciculteurs, voyageurs affluaient au Liban. Les uns, épris par la beauté du paysage et voyant la réalisation d'un rêve biblique familier, les autres, attirés par une impression spiritualiste,...
commentaires (1)

Je ne peux rien ajouter à ce beau témoignage. Cependant, je me permets d'ajouter ce que le patriarche Antoun Arida avait déclaré à la revue "al-Maarad" en janvier 1932 : ' Les Français étaient et sont toujours nos amis, ils ont rendu au Liban des services éminents et nous ont fait un bien considérable."

Annie

14 h 53, le 17 avril 2016

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Commentaires (1)

  • Je ne peux rien ajouter à ce beau témoignage. Cependant, je me permets d'ajouter ce que le patriarche Antoun Arida avait déclaré à la revue "al-Maarad" en janvier 1932 : ' Les Français étaient et sont toujours nos amis, ils ont rendu au Liban des services éminents et nous ont fait un bien considérable."

    Annie

    14 h 53, le 17 avril 2016

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