Le Liban commémorait hier les 41 ans du déclenchement de la guerre civile en 1975. Alors qu' on reproche aux instances étatiques de ne fournir aucun effort pour maintenir le souvenir des victimes de ce conflit qui a vu naître le dossier problématique des disparus, des organisations non gouvernementales mènent des actions dans ce cadre en vue « d'essayer de combler les failles de l'État ».
À titre d'exemple, l'ONG « Act For Disappeared », fondée en 2010 par un groupe de jeunes activistes impliqués dans les affaires des disparus, « organise des activités visant essentiellement à mobiliser la nouvelle génération et soutenir les demandes des familles des disparus », qui veulent connaître le sort de leurs proches, explique à L'Orient-Le Jour Justine Di Mayo, directrice de l'association.
« Plusieurs de nos projets s'inscrivent dans le cadre de la mémoire de la guerre, dont "Fus'hat amal", une plate-forme interactive pour garder vivante la mémoire des disparus », note-t-elle, avant de poursuivre : « Un deuxième projet de "Act for Disappeared" est celui de la collecte d'informations pour pouvoir localiser les fosses communes », précise Mme Di Mayo avant de souligner que « dans le cadre de cette initiative, nous collaborons avec d'anciens miliciens qui pourraient nous informer sur des lieux de détention d'anciens combattants, ou encore sur les check-points qui pourraient peut-être nous guider vers des fosses communes ».
La troisième activité concernant la mémoire de la guerre est celle de la « thérapie par l'art » destinée en particulier aux parents des disparus. « Sur ce plan, nous permettons aux parents de se rappeler des disparus par des œuvres artistiques comme les graffitis et les mosaïques », explique Mme Di Mayo avant de signaler que « l'année dernière, des mosaïques ont été installées dans le jardin public de Jbeil, et des graffitis ont été tracés à Tripoli pour dire que les parents se rappellent toujours de leurs fils et proches ».
La directrice de « Act for the Disappeared » n'a pas manqué de faire état d'une collaboration entre l'association et plusieurs autres ONG, parmi lesquelles, entre autres, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), « l'Association des disparus libanais » et « Solide » (ces dernières focalisant principalement leur action sur les disparus et détenus libanais en Syrie). « Nous soutenons la demande de ces associations de créer une commission d'enquête, mais nous ne pouvons pas l'attendre, ainsi nous remplissons les failles de l'État, en agissant à sa place, mais nous ne collaborons pas avec lui », note-t-elle.
Sensibiliser les jeunes
Aux côtés de « Act for Disappeared » figure le « Centre des études du monde arabe moderne » (Cemam). Fondé dans les années 70 du siècle dernier, ce centre qui s'intéresse principalement à la recherche a lui aussi mené des actions commémorant « les événements du Liban ». « Depuis quelques années, nous avons collaboré avec plusieurs ONG, dont le Centre international de la justice transitionnelle (ICTJ), pour permettre aux écoliers d'avoir une certaine idée de la guerre civile », explique à L'OLJ Liliane Kfoury, une responsable du Cemam.
Commentant les critiques adressées à l'État et l'accusant de passivité à l'égard de ce sujet, Mme Kfoury s'est contentée de constater que « la société civile comble les failles de l'État, mais ne le remplace pas ».
À son tour, le Centre international de la justice transitionnelle (ICTJ) a tenté d'informer la jeunesse libanaise de cette phase importante de l'histoire moderne du pays du Cèdre en dépit de l'absence d'une action étatique dans ce domaine. À travers son initiative « Badna Naaref » (nous voulons savoir), le centre a réuni en 2012 des témoins de la guerre venus communiquer leurs témoignages à leurs enfants.
Yara ABI AKL

