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Moyen Orient et Monde

Face à l’EI, il ne faut pas crier victoire trop vite...

Éclairage

Avec la perte, hier, de son principal point de passage vers la Turquie, le groupe jihadiste subit un nouveau revers, parmi d'autres...

08/04/2016

Serait-ce le début de la fin pour le groupe État islamique (EI) en Syrie ? Après avoir perdu la ville de Palmyre le 27 mars dernier, l'organisation jihadiste recule de manière significative à la frontière syro-turque, notamment grâce à l'avancée des rebelles. Forte de la reconquête de Palmyre, l'armée syrienne menace de chasser l'EI de Raqqa et de Deir ez-Zor. D'autre part, les frappes de la coalition ont permis d'éliminer plusieurs figures du groupe jihadiste et ont amenuisé ses ressources pétrolières. Autant de revers qui pourraient mettre en péril ses ambitions sur le territoire syrien, sans pour autant parvenir à l'éradiquer totalement.


Après avoir conquis tambour battant la cité antique de Palmyre en mai 2015, et savamment orchestré sa destruction partielle et son pillage, renforçant, par la même occasion, son image auprès de ses admirateurs et potentielles recrues, mais également en renflouant ses caisses, le groupe jihadiste a profité de cette pente ascendante pour augmenter peu à peu son territoire. Mais l'offensive, dix mois plus tard, des forces gouvernementales syriennes et de leurs alliés russes, iraniens et libanais, qui a permis la reprise de la ville, a porté un coup à l'EI, le privant d'une position stratégique reliant Deir ez-Zor à Damas et Homs. En perdant Palmyre, l'EI a notamment perdu la main sur les champs gaziers avoisinants, à Arak et Haïl, qui, avant leur conquête par l'EI, alimentaient les centrales électriques de Damas et de Homs.

 

Perte d'al-Raï
Au nord du pays, les jihadistes de l'EI font face à une triple menace, l'armée syrienne d'une part, les rebelles « modérés » et les Kurdes de l'autre. En novembre dernier, les forces du régime ont repris l'aéroport de Kweires, au nord d'Alep, encerclé depuis deux ans par l'EI, barrant la route empruntée par les jihadistes pour rejoindre les fronts d'Alep depuis leur fief de Raqqa. Hier, les rebelles syriens se sont emparés du principal point de passage avec la Turquie utilisé par l'EI. « Des factions rebelles et islamistes ont pris le contrôle du nord-est d'al-Raï », localité sur la frontière avec la Turquie dans la province d'Alep, a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, précisant qu' « il s'agit du principal et de l'un des derniers passages de et vers la Turquie ».


Plus au Nord, vers Jarablous, ville également proche de la frontière turque, sous contrôle de l'EI depuis janvier 2014, les forces kurdes syriennes des Unités de protection du peuple (YPG) n'attendent plus que le feu vert des Américains pour franchir l'Euphrate, considéré comme la « ligne rouge » par les Turcs, qui craignent la proclamation d'un territoire kurde unifié et autonome. En revanche, Ankara aiderait les rebelles à repousser l'EI, notamment à l'ouest de l'Euphrate, vers Dabiq. Après avoir pris hier al-Raï, à moins de 10 kilomètres, les rebelles seraient en marche pour tenter de conquérir Dabiq, village hautement symbolique pour les jihadistes de l'EI, tombé entre leurs mains en 2014. Si cette bourgade n'a pas de valeur stratégique, elle est mentionnée dans un hadith du Prophète, comme étant le lieu de la bataille de la fin des temps, où s'affronteront les armées de l'islam et les « roums », autrement dit les musulmans et les Occidentaux. L'EI a également donné le nom Dabiq à son magazine de propagande en ligne.

 

Responsables tués
Après ces défaites sur le terrain, la fermeture des frontières avec la Turquie a porté un coup sérieux aux arrivées de nouvelles recrues de l'EI, alors même que les pertes s'alourdissaient dans ses rangs, comme à Palmyre le mois dernier, où près de 400 jihadistes auraient été tués, selon l'armée syrienne. De nombreuses figures et hauts cadres de l'organisation terroriste ont également été éliminés lors de frappes ciblées de l'aviation américaine. Après Omar le Tchétchène, l'un des chefs militaires les plus populaires de l'organisation, visé par un bombardement de la coalition internationale le 4 mars dernier, Abdel Rahmane el-Qadouli, considéré comme le numéro 2 de l'EI, a été abattu le 25 mars.


Ces campagnes de bombardements auront également permis de réduire les capacités de production de pétrole de l'EI, en Syrie et en Irak. Selon des analystes français cités par l'AFP, la capacité de production de l'EI ne serait plus que de 10 000 à 30 000 barils par jour, contre près du double à l'été 2014.

 

(Pour mémoire : Les capacités de production de pétrole de l'EI considérablement réduites)

 

Progression en Afrique
Si l'EI ne cesse de reculer sur tous les fronts en Syrie, et que ses principaux centres vitaux sont menacés, rien ne présage pour autant une victoire rapide pour tous ceux qui le combattent. Tout d'abord, les divergences constantes entre les différents acteurs du conflit syrien continuent de profiter à l'EI, qui prospère dans un théâtre où se jouent des guerres multiples. Certes, l'intervention russe a permis de mettre en place une nouvelle coalition contre l'EI. Les attentats de Paris, en novembre 2015, puis ceux de Bruxelles le mois dernier ont fini de mettre d'accord les dirigeants européens et américains de faire de la lutte contre l'EI leur priorité. Les frappes coordonnées ont permis de reprendre du terrain à l'EI, mais les divergences de points de vue entre la Russie et les États-Unis concernant le sort du président syrien Bachar el-Assad persistent.


Malgré la reprise de Palmyre et d'el-Raï, l'EI n'a perdu que des avant-postes et conserve ses villes principales et son emprise sur plus de 6 millions de personnes. Et sa capacité à déployer ses actions terroristes hors de son territoire n'est plus à prouver. Sa progression en Libye et dans le Nord malien menace un peu plus chaque jour l'équilibre de ces deux pays, déjà fragilisés. En Libye, rien ne laisse présager pour l'heure une intervention occidentale contre le groupe islamiste qui continue de gagner du terrain.


D'autre part, si les éliminations ciblées vont très probablement avoir pour effet de porter « un coup de frein aux capacités de l'EI à conduire des opérations en Irak et en Syrie, et à l'étranger », comme l'a rappelé le secrétaire à la Défense américain Ashton Carter, le 25 mars dernier, l'organisation continue de séduire et d'attirer dans ses filets de nouvelles recrues. Comme le rappelle le professeur d'islamologie à l'Université Toulouse-Jean Jaurès, Mathieu Guidère, dans son ouvrage L'Etat islamique en 100 questions, « dans sa propagande, l'EI exploite l'image romantique du combattant révolutionnaire... » Et, même si les chefs meurent, l'idéologie de l'EI, elle, reste bien vivante.

 

 

Lire aussi
Moscou-Washington, les enjeux eurasiatiques de la crise syrienne

Comment comprendre la présence de l'EI dans le sud de la Syrie

 

Pour mémoire
Les avancées militaires du régime syrien depuis l'intervention russe

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES FORCES SPECIALES RUSSES ET LEUR AVIATION NETTOIENT ET LES AUTRES QUI CUMULAIENT DEBANDADE SUR DEBANDADE ENTRENT POUR SE FAIRE PHOTOGRAPHIER !

ACQUIS À QUI

Une des rares fois où un article parle d'alliés syriens ,iraniens et LIBANAIS, des russes , contre les bactéries salafowahabites importées de bensaoudie.

Si les européens "hésitent " à intervenir en Lybie, et laissent les francais bien seuls en Afrique c'est pour une raison simple, la trouille d'affronter leur création par omission.

daech n'est rien qu'une organisation créée de toute pièce par des apprentis sorciers qui ne comprenaient rien à la région mais qui ont voulu croire qu'on pouvait y apporter son grain de sel , comme la fait un pdt us alcoolique et débile mental.

Caroline Hayek vous auriez pu tout autant intituler votre bel article par :

FACE À LA RÉSISTANCE IL N'AURAIT JAMAIS FALLU CRIER VICTOIRE TROP VITE .

5 ANS QU'ILS RÉSISTENT ET CERTAINS VEULENT LES VOIR DISPARAÎTRE COMME PAR ENCHANTEMENT. C'EST FOU NON ?

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