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Banque du Liban / Patrimoine

Quand rayonnent enfin les collections de la Dame austère...

Nous connaissons tous le billet de banque. Il passe de main en main, d'un portefeuille à un autre ou encore directement sur notre compte en banque. Mais nous savons très peu de choses de lui. Pourtant, son histoire se confond avec celle du pays.

C'est à la découverte d'une collection numismatique remontant au Ve siècle avant J.-C., et à travers un panorama des premiers billets libanais réalisés après la chute de l'Empire ottoman jusqu'aux coupures actuelles, que le Musée de la Banque du Liban emmène le public. Des collections d'exception sur lesquelles veille Sonia Harb, directrice des lieux.
Derrière la façade de ce temple de l'argent se cache un magnifique musée offrant un panorama de l'histoire de la monnaie au Liban. Une salle de 500 m², conçue par la firme canadienne Lord, abrite une sélection rare et précieuse de billets nationaux et internationaux de diverses périodes historiques et un trésor numismatique de 579 pièces, battues en argent, bronze ou or, datant des époques perse, séleucide, romaine, byzantine, mamelouke et croisée. Un nombre de figures importantes et reconnues sont représentées sur ces monnaies, pour ne citer qu'Alexandre et ses généraux, Héraclès vénéré comme l'ancêtre de la dynastie des rois, Antiochos VI, mais aussi Apollon, Zeus et autres dieux. Reflet de son temps, la collection expose également les effigies de Cléopâtre et de Marc Antoine, le portrait d'Élissa reine de Carthage, une pièce montrant la délimitation de la colonie de Berytus, et une autre, le temple de Jupiter.

Le premier papier avec la mention « Liban »
Par ailleurs, 280 billets ottomans et libanais, originaux bien sûr, illustrent les différentes étapes de notre monnaie dans une aventure qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui. À travers le cheminement historique, le visiteur découvre la richesse des documents présentés et leurs aspects artistiques : taille, design, choix des thèmes et des couleurs pour les illustrer, et avec le temps le progrès des techniques et la volonté permanente de décourager la contrefaçon se retrouvent dans l'apparition des signes de sécurité. Car cet objet de valeur doit être aussi sûr, fiable, difficile à imiter. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, la livre ottomane en circulation se présente sous la forme d'un véritable petit tableau polychrome. En 1918, après la chute de l'Empire ottoman, le pays, temporairement soumis au contrôle de la Grande-Bretagne, utilise la livre égyptienne comme monnaie. Prenant le relais en 1919, la France établit la Banque de Syrie et lui confère le droit d'émettre une monnaie commune pour le Liban et la Syrie : la livre syrienne, rattachée au franc français par un taux de change fixe. Et toujours le français au recto et l'arabe au verso, pour dénoter le bilinguisme des deux pays.
En 1924, la Banque de Syrie est rebaptisée Banque de Syrie et du Grand Liban. Elle émet deux séries de billets : l'une portant l'inscription Grand Liban et l'autre l'inscription Syrie. Les deux séries sont utilisées dans les deux territoires à la fois. Ce n'est qu'en 1940 que la séparation des deux devises devient réalité. Pour la première fois, un papier portant la mention Liban est imprimé. Il devient la monnaie légale du pays, bien qu'il soit toujours rattaché au franc français et interchangeable avec la monnaie syrienne. La mention « Livre libanaise » n'apparaîtra qu'en 1945. En 1947, lorsque le Liban devient membre de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la livre libanaise (LL) sera rattachée à l'étalon-or ou au dollar américain, au lieu du FF. Un an plus tard, suite à un accord monétaire franco-libanais, auquel la Syrie refuse d'adhérer, elle devient totalement indépendante de la livre syrienne. Le 1er août 1963, la Banque du Liban (BDL) est créée. La promulgation du code de la monnaie et du crédit lui octroie le droit exclusif d'émettre la monnaie nationale. Ses premiers pièces et billets-papiers datent de 1964 et sont principalement illustrés par les sites historiques. En bref, ici vous trouverez les coupures de chaque série émise jusqu'à ce jour. Chaque billet représente une partie du Liban, une partie de son histoire, une partie de son identité.

Les réserves en or
Un documentaire de dix minutes, réalisé par Philippe Aractingi, relate l'histoire de la banque et son rôle dans l'économie libanaise. Garante de la livre libanaise, cette Dame austère a de la branche. Elle veille depuis plus d'un demi-siècle à la stabilité de la livre, et du système bancaire et financier. Sous la direction du premier gouverneur Philippe Takla et de son successeur Élias Sarkis en 1968, la BDL va réglementer le secteur bancaire. Trois organismes sont créés en 1967: la Commission de contrôle des banques ; la Commission bancaire supérieure et la Commission bancaire spéciale. En 1975, la guerre surprend les banques en plein essor.
Le gouverneur Michel el-Khoury en 1978 puis Edmond Naïm en 1985 résisteront à toutes les tempêtes, et pour éviter l'effondrement de la monnaie nationale, le Parlement adopte la loi interdisant la vente des réserves en or de la BDL. En 1993, Riad Salamé est nommé nouveau gouverneur, et malgré la crise financière mondiale, la spéculation, les obstacles politiques et sécuritaires, il a réussi à garder la stabilité de la livre libanaise. Ses réserves en or sont gardées secrètement au Liban et aux USA, protégées par des mesures de sécurité drastiques. Pour rappeler au visiteur que ce précieux métal est élevé au rang d'étalon monétaire unique au niveau international, une pièce d'un lingot d'or de trois kilos trône au milieu de la salle.

Comment détecter un faux billet ?
En parallèle, sont exposées des pièces commémoratives à l'occasion de certains évènements comme Cana et les Jeux olympiques d'hiver de Lake Placid en 1980, ou encore pour célébrer des personnalités, comme Rafic Hariri et l'écrivain académicien Amin Maalouf.
De même, une zone est consacrée aux monnaies du reste du monde : elle comprend 1 113 coupures de banque provenant de 246 pays d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Sachant que certains de ces pays ont disparu de la carte (mais pas de la mémoire), comme la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, l'Indochine, le Zanzibar et d'autres pays du continent africain dont les billets, sur le thème de l'artisanat, de la chasse, de la beauté féminine et de la famille sont à couper le souffle.
Et ce n'est pas tout. Des jeux interactifs, des écrans tactiles et des vidéos sont mis à la disposition du public, qui peut s'amuser à apprendre comment détecter un faux billet ou à découvrir les différentes étapes de son impression, la transparence des filigranes, le travail du graveur et les divers signes de sécurité identifiables. Des astuces lui sont données pour reconnaître les billets contrefaits à l'œil nu.
Restituer le passé, affirmer le présent et se projeter sur l'avenir est le triple objectif de ce musée dont les collections forment un tout remarquable. Il est ouvert tous les jours de 8h30 à 13h sauf les dimanches et les jours fériés.
Pour la Nuit des musées, prévue vendredi prochain 8 avril, il sera ouvert de 17h à 23h.

 

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commentaires (1)

Bravo pour ce beau Musée de la Banque du Liban moi j' en ai une mini collection du Grand Liban bien intacte . Merci

Sabbagha Antoine

08 h 03, le 02 avril 2016

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Commentaires (1)

  • Bravo pour ce beau Musée de la Banque du Liban moi j' en ai une mini collection du Grand Liban bien intacte . Merci

    Sabbagha Antoine

    08 h 03, le 02 avril 2016