Rayonnant de satisfaction après son acquittement, Vojislav Seselj a salué hier « l’honneur » de ses juges, lors d’une conférence de presse à Belgrade. Alexa Stankovic/AFP
L'acquittement hier de l'ultranationaliste serbe Vojislav Seselj par le TPIY, accueilli triomphalement par l'intéressé, a ranimé les divisions parmi les ex-républiques yougoslaves, vingt ans après les conflits sanglants qui ont marqué le démantèlement de l'ancienne fédération.
Aux yeux de ses ennemis, Vojislav Seselj, âgé de 61 ans, personnifiait le nationalisme serbe dans les conflits en Croatie (1991-1995) et en Bosnie (1992-1995), qu'il a alimentés par ses discours enflammés. Les conflits ont fait 20 000 morts en Croatie et 100 000 morts en Bosnie. Son acquittement a semé le trouble dans la région, les ex-républiques yougoslaves ayant une lecture totalement opposée des événements qui ont conduit au démantèlement de la fédération.
À Vukovar, ville de l'est de la Croatie qui fut pratiquement rasée par l'artillerie serbe au début du conflit, le Premier ministre croate Tihomir Oreskovic a dénoncé un « jugement honteux ». « C'est une défaite du tribunal de La Haye et du parquet (...). Il est l'homme (...) qui est l'auteur du mal et qui n'a montré aucun remords », a déclaré à la presse M. Oreskovic. Ce verdict « ne contribue pas à la réconciliation », a déclaré le président d'une association d'anciens prisonniers de guerre croates, Danijel Rehak, faisant part de sa « profonde déception ». À Sarajevo, le Premier ministre bosnien, Denis Zvizdic, s'est montré incrédule. « Je ne peux pas comprendre que quelqu'un qui a participé de façon prouvée (...) à tout ce qui s'est passé en Bosnie soit libéré », a déclaré ce dirigeant musulman.
Vojislav Seselj était accusé de neuf crimes contre l'humanité et crimes de guerre, mais les juges ont estimé qu'il n'était pas « le chef hiérarchique » des milices de son parti politique, et ne pouvait donc être tenu pénalement responsable des crimes commis. « La propagande d'une idéologie nationaliste n'est pas en soi criminelle », ont-ils affirmé.
« Il manquait seulement que les juges concluent que les formations paramilitaires de Seselj avaient en fait été en mission de paix en Bosnie », a ironisé Fikret Grabovica, président de l'association des parents d'enfants tués à Sarajevo pendant la guerre intercommunautaire. « Justice n'a pas été rendue aux victimes des persécutions motivées par le nationalisme », a estimé l'analyste politique serbe Aleksandar Popov, pour qui le verdict du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) est une « énorme injustice ».
Rayonnant de satisfaction
A contrario, en Republika srpska (RS), l'entité serbe de Bosnie, le verdict concernant M. Seselj a été accueilli avec fierté, une semaine après la condamnation à 40 ans de prison de Radovan Karadzic, le premier président de la RS, déclaré coupable de génocide par le TPIY. Pour Milorad Dodik, président de la RS, Vojislav Seselj a « vaincu » le TPIY. « Le verdict confirme l'absurdité de la justice internationale. Comment expliquer autrement qu'un procès marathon (...) comme celui-ci s'achève ainsi », a-t-il dit.
M. Seselj n'a pas entendu son verdict au tribunal, les juges du TPIY ayant accepté son absence pour « raisons de santé ». Rayonnant de satisfaction, M. Seselj a salué « l'honneur » de ses juges, à Belgrade, lors d'une conférence de presse au siège de son parti radical (SRS). « Ils ont montré que le professionnalisme et l'honneur sont au-dessus de toute pression politique et ont pris, du point de vue juridique, la seule décision possible », a-t-il dit. Celui qui s'était rendu volontairement en 2003 au TPIY, qu'il a toujours qualifié de tribunal « antiserbe », a affirmé que son opinion sur cette juridiction n'avait aucunement changé.
Rusmir SMAJILHODZIC et Jovan MATIC/AFP


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