Tout a commencé avec un film, Chef, de John Favreau, sorti en 2014, et qui raconte l'histoire d'un cuisinier renommé dont la carrière est brisée net par un critique. Le chef qui se retrouve au chômage décide de sillonner les États-Unis à bord d'une caravane mobile en vendant des sandwichs cubains.
Au Liban, le film a inspiré Michel Harika, un jeune architecte d'intérieur. « Depuis que j'étais adolescent, j'aimais faire des sandwichs, mariant charcuterie et fromages avec diverses saveurs. Mes cousins et cousines venaient tout le temps manger chez moi pour les essayer. Le film a été une véritable révélation. J'ai voulu faire comme le héros de l'histoire : vendre des sandwichs cubains dans la rue », raconte-t-il.
L'autodidacte qu'il est fait alors des recherches sur Google, essaie des recettes, en quête gourmande de la saveur et de l'assaisonnement parfaits. Mais l'histoire ne s'arrête pas là ! Michel, architecte d'intérieur free-lancer, 25 ans, retrouve Nour, 21 ans, étudiante en mathématiques appliquées, une amie du « temps du scoutisme » qu'il avait perdue de vue. Il vit à Byblos, elle à Bouar. Ils se retrouvent sur Facebook et tombent en amour l'un pour l'autre il y a un peu plus d'un an. C'est ensemble qu'ils réfléchissent à trouver les moyens de commercialiser le fameux sandwich cubain. Pendant qu'il s'essaie en cuisine, Nour Haddad part en vacances aux États-Unis et se charge de jouer à la goûteuse-espionne, de découvrir la variété de sandwichs cubains et de les comparer avec ce que lui-même prépare. Lorsqu'elle rentre, le duo réussit à composer sa recette, plus ou moins basée sur la traditionnelle : filet de porc mariné, jambon grillé, fromage fondu, accompagnés d'une sauce mojo, de moutarde et de cornichons. Le tout baignant dans un panini badigeonné de beurre délicieusement doré sur un grill.
Il restait à trouver l'endroit où vendre l'objet de tous les désirs. À la fin de 2015, ils le trouvent. Le jeune couple raconte à deux voix l'aventure : « C'était avant Noël, nous étions à Souk el-Akl. Sur le chemin du retour, alors que Michel était au volant, je lui demande pourquoi nous ne tentons pas notre chance là-bas », dit Nour. « Nous sommes rapidement entrés en contact avec Anthony Rahayel, le fameux blogueur de No Garlic No Onion, qui organise l'événement chaque semaine à Beyrouth et qui nous a beaucoup encouragés et aidés », renchérit Michel.
Le jeune couple ne possède ni matériel ni ustensiles. À Souk el-Akl, pour leur premier stand, qu'ils baptisent Cubanos, ils ramènent le kit indispensable pour le parfait sandwich cubain : fourchettes, tupperware, deux Seb pour griller les sandwichs... Michel confie d'ailleurs qu'il refuse les commandes privées faute de matériel.
« Nos parents nous aident. Ils s'amusent à Souk el-Akl. Mon père tient le stand avec nous et ma mère vient de créer son propre stand où elle propose une recette bien spéciale : des gaufres fourrées de achta et décorées de miel et de fraises. La famille de Michel qui se trouve au Bénin nous encourage beaucoup aussi », poursuit la jeune femme. À Souk el-Akl, qui porte bien son nom, le couple vend le Cubano au porc ou au poulet et l'Elena Ruz, un mélange sucré-salé de dinde et confiture. Et pour Michel Harika, le Cubano est une aventure qui se poursuivra. Il rêve d'en faire une marque qu'il pourrait même franchiser.
Mais, pour le moment, il a d'autres plans qui lui permettent de garder les pieds sur terre. Il vient de trouver un emploi d'architecte d'intérieur aux Émirats arabes unis. Nour, elle, compte se spécialiser dans la gestion des risques en génie civil. En attendant de se mettre à l'heure cubaine...
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