Veuillez patienter dans la salle d'attente. C'est clair, quand la secrétaire qui n'a rien compris au système vous demande de patienter, ça veut dire qu'on est mal barrés. Et on est loin d'être number 2 in the queue comme quand on fait une commande de burgers chez Roadster. La salle d'attente. Dit comme ça, ça fout les boules. Ça fait un peu titre de film d'horreur. Genre : vous ne saurez pas quand se terminera votre calvaire. Une, deux, six, douze personnes sont avant vous. Et Doris, la secrétaire du hakim, n'a pas eu la présence d'esprit de vous avertir que ça ne servait à rien d'arriver à 18h30, parce que vous n'entrerez pas dans la cour des miracles avant 20h30. Au moins. Non, ça, Doris ne l'a pas saisi. Elle préfère voir les sièges se remplir et les patients râler plutôt que de faire son boulot. D'abord, ne pas donner des rendez-vous chaque quart d'heure – on connaît la ponctualité libanaise –, ensuite, ne pas vous faire perdre votre temps. Elles s'ennuient peut-être la Doris, la Liliane ou la Madona (avec un seul n), elles ont donc envie qu'on s'ennuie avec elles en feuilletant un Voici datant du 12 juillet 1997 et où Diana se la coulait encore douce avec Dodi. Ou un Femme Actuelle qui raconte que Brad vient de larguer Jennifer pour Angelina. Ça fait 20 ans qu'ils sont là, alors on ne va pas chipoter pour 25 minutes de retard. Oh, c'est donc pour ça que Voici 1997 et Mondanité 2003 se font du coude sur la table du dentiste ?
Ainsi, entre deux lectures totalement désuètes et qui ont le don de vous déprimer encore plus (qui a envie de se faire arracher une dent un mercredi à 18h45...), Doris, Liliane et leurs copines vous foutent la honte. En faisant semblant de s'affairer sur votre dossier, elles vous demandent tout sourire (chou ya 3ayné) si vos mycoses vaginales ont disparu. Bonjour la discrétion. La salle des horreurs, on vous disait... Avec une véritable torture : le chewing-gum de l'assistante qui claque entre les dents (ta2ché la ellik) et les vrais démons: les enfants. Ceux-là qui traînent tous les microbes du monde et qui les collent sur le château Playmobil – 1985 celui-ci, parce que votre rhumatologue a eu la bonne idée de partager son cabinet avec un pédiatre. Sans compter tous ces gens qui toussent : la crise des poubelles n'ayant épargné personne et, alors que vous veniez pour un ongle incarné, vous enchaînez avec H1N1 le jour d'après.
C'est terrible, une salle d'attente. Surtout après 30 minutes, 30 longues minutes, quand vous avez épuisé les archives people de la planète, bien regardé le poster du poumon d'un fumeur et que vous ne savez plus quoi faire dans cette salle qui n'a aucune fenêtre. La crise de claustrophobie pointe le bout de son nez, surtout que vous voilà coincé(e) entre deux implants mammaires (95E) – oui, on est dans la salle d'attente d'un plasticien parce qu'on s'est cassé le nez (si, si, c'est vrai...).
Mais il n'y a pas que chez les médecins que l'attente est longue. Il y a le même genre d'angoisse dans tous les bureaux de l'administration libanaise. Cette interminable heure qui n'en finit pas et qui se termine par : Ah, mais on ne voit pas vos oreilles dans la photo. Faut revenir. Merci la Sûreté générale. Cette interminable heure qui vous fait repartir bredouille, tout simplement parce qu'il fallait aller dans un autre bâtiment. Dans une autre région. Merci l'organisation. Merci aussi parce que vous aviez oublié de nous dire qu'il fallait un acte de naissance de moins de 3 mois (au cas où on serait né ailleurs et à un autre moment entre-temps) pour pouvoir renouveler le passeport de notre fils (en présence du père bien évidemment). Au bout de 84 minutes, le gamin de 7 ans commence à s'énerver, le père s'impatiente, le type derrière vous fend la queue (wasta oblige) et le daraké/fonctionnaire/whatever préfère jouer à Angry Birds, la clope au bec, plutôt que de s'occuper de vous. Ce passeport, on aimerait bien l'avoir, surtout qu'on ne sait pas si on peut le renouveler, le tamponner, s'il est biométrique, si on peut voyager avec et si on ne va pas nous l'agrafer avec l'ancien.
Parfois, on se demande vraiment ce qu'on fout là.


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C'est si vrai tout ce que vous dîtes, et je trouve que vous êtes indulgente envers ces secrétaires qui te traite comme une mendiante, avec ces mots " Habibété"....mais pour quoi ??? et puis comme si nous n'avons rien à faire qu'attendre, des heures. Mieux vaut revenir au système de nos parents. ( sans rendez-vous ) par tour de rôle. Ainsi tu sais ce qui t'attends. Et on accepte. Effectivement, j'ai eu affaire à ce genre de médecin de campagne, depuis un mois. C'est super .... En plus le médecin, ne daigne même pas s'excuser de son retard car il se croit plus supérieur. Merci Médéa pour avoir dénoncer ce système de non respect de la personne.
21 h 20, le 26 mars 2016