Le 4 octobre 2008, quelques amis étaient réunis pour fêter en chanson l'anniversaire de celui qui revenait après tant d'années et pour qui ils s'écriaient : « Arriva Edgar de Picciotto, croqueur d'amour, œil de velours comme une caresse, Edgar l'amoroso, toujours vainqueur, jamais sans cœur et surtout plein de tendresse, partout c'était le top quand il parlait : finances, peintures, sculptures et tutti quanti. » Ceci se passait à l'Albergo de Beyrouth où notre hôte s'était installé avec ses meubles afin de mieux vivre au quotidien son amour pour Danielle qui l'avait ramené au pays et qu'il épousait un an plus tard, jour pour jour, le 4 octobre 2009 à Genève. Ce fut, comme il le dit, son plus beau cadeau d'anniversaire. Une relation privilégiée s'était très vite établie entre nous deux : elle comprenait un mélange unique composé de complicité malicieuse et d'une profonde tendresse. Les origines alépines de nos deux familles nous poussaient tantôt à nous remémorer des noms de plats typiques propres à sa plus tendre enfance dont il voulait retrouver la saveur, tantôt à ressortir d'anciens us et coutumes totalement désuets pour mieux en rire. Hormis l'admiration que je lui portais comme tout un chacun pour sa réussite professionnelle décrite aussi bien par ses collègues banquiers, qui considéraient « qu'il avait toujours une longueur d'avance », que dans nombre de revues internationales en plus d'un terme tel « le bâtisseur de l'empire UBP », « le visionnaire des hedge funds », « le ténor de la place bancaire genevoise »... ce sont surtout ses qualités profondément humaines qui me fascinaient. Nonobstant le fait de côtoyer les plus grands de ce monde et d'être à la tête d'un empire financier, Edgar avait la modestie, la simplicité et l'humilité que seul un vrai grand sait avoir. Pour cela, point besoin de convois de voitures, de garde du corps ou de béni-oui-oui dans son entourage pour s'imposer. Sa bonté et sa générosité se manifestaient au niveau du financement de centres de recherche médicale et technologique, de bourses d'études et de foyers d'étudiants, et cela dans plus d'un pays, permettant aux murs de mieux tomber pour que plus vite puissent se créer des ponts de communication humaine garantissant de meilleures conditions de vie dans le respect de la dignité de l'homme, des croyances et l'acceptation des différences de l'autre. Dans une des rares interviews qu'il avait accepté d'accorder, Edgar déclarait il y a 25 ans déjà au journal Bilan : « La création est mon moteur permanent. J'aime cela tout comme l'artiste qui continue à peindre jusqu'à sa mort. Avec de la foi en soi, on ne peut que réussir. » Sa dernière création, c'est pour Danielle et le Liban qu'il l'a voulue : une tour résidentielle portant le nom de « Sky Gate », lui pour qui « The sky is the limit » au point de s'y investir tel un maître d'œuvre et de vouloir y résider. Edgar est une école et un maître à penser : décidé et déterminé dans ses options architecturales, esthète dans le choix des volumes et matériaux, visionnaire dans ses collections de peinture et sculpture, précurseur dans la découverte des artistes prometteurs... De plus, la considération qu'il portait aux divers professionnels qui collaboraient avec lui n'avait rien à envier à celle que lui témoignaient les galeristes et les commissaires priseurs à travers le monde pour ses connaissances dans le domaine de l'art. Edgar ! Tu nous quittes sans crier gare à notre plus grande consternation et notre profonde tristesse. De là-haut, tu continueras à veiller sur Danielle et Jasmine, Anne, Daniel, Guy, Marc et leurs familles, sans oublier l'UBP, œuvre de ta vie, et tes autres institutions. Quant à nous, tes amis, je reste persuadé que tu sauras vite établir des ponts à partir du ciel pour nous faire parvenir tes analyses percutantes du monde et tes bons conseils, et cela comme tu l'as toujours fait afin de nous aider à mieux nous y adapter. Edgar ! Tu ne nous quitteras jamais...
Jean-Marie MÉGARBANÉ
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Le Liban, à son tour, pleure aujourd'hui Edgar de Picciotto. Le pays d'origine du « Monument » qu'était Edgar présente ses condoléances les plus émues à son épouse Danièle Bassoul et sa fille Jasmine Busson, ainsi qu'à Jacqueline, Albert et Mia Bassoul. Avec une pensée particulièrement profonde à ses enfants, Daniel, Guy, Anne et Marc, et leurs familles. Avec votre éternelle « longueur d'avance » Edgar, vous étiez trop pressé cette fois.
Marie-Claude et Gabriel BOUSTANY


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