Les ministres Alain Hakim, Akram Chehayeb et Waël Bou Faour ont donné hier une conférence de presse conjointe. Photo ANI
Passé la polémique interministérielle autour des compétences des différents départements officiels et du bien-fondé des tests effectués sur des échantillons de blé, les ministres de l'Agriculture, Akram Chehayeb, de la Santé, Waël Bou Faour, et de l'Économie, Alain Hakim, ont décidé de mettre en place une équipe de travail commune qui aura pour mission de régler la répartition des compétences entre les organismes chargés de surveiller l'hygiène alimentaire.
Les trois ministres ont tenu hier une conférence de presse conjointe au cours de laquelle M. Chehayeb a d'emblée annoncé que décision a été prise, avec ses deux collègues, de continuer à faire preuve de fermeté dans les mesures adoptées pour s'assurer que le blé importé ne comporte aucun risque pour la santé, à travers la multiplication des tests, notamment pour traquer les mycotoxines, notamment les aflatoxines et les ochratoxines.
Rappelons que, mercredi dernier, son collègue, Waël Bou Faour, avait révélé la présence de taux anormalement élevés d'ochratoxines, un parasite fongique cancérigène, dans le blé, en exposant les résultats de tests effectués sur du blé importé de Russie.
L'équipe de travail constituée regroupe des représentants des trois ministères et des spécialistes universitaires. Elle aura pour mission de mettre en place un plan d'action afin de régler à court, moyen et long terme le problème de contamination du blé par des matières potentiellement toxiques. « Décision a été également prise à court terme de faire preuve de rigueur dans la stérilisation périodique des silos et des entrepôts pour garantir la qualité du blé », a insisté Akram Chehayeb avant d'ajouter : « Les trois ministères suivent le dossier de près. Nous ne permettrons pas la présence de matières cancérigènes à la table des Libanais. » Il a expliqué que son département adopte les normes de contrôle définies par l'Union européenne et la Fao, et qu'il est question actuellement de les introduire à Libnor.
Résultats homogènes
Se voulant rassurant comme son collègue, le ministre de la Santé a expliqué que les tests menés par son ministère ne sont pas « en contradiction avec ceux effectués par le ministère de l'Économie ». « Ce qui s'est passé, c'est que des échantillons ont été prélevés à des périodes différentes, ce qui a donné des résultats différents. Mais, dans le même temps, cela prouve que tout le blé ne contient pas de matières cancérigènes », a-t-il insisté. S'il a fait cette mise au point, c'est parce qu'après sa conférence de presse de mercrediو le ministère de l'Économie avait brandi des résultats contradictoires pour assurer que le blé était sain.
Waël Bou Faour s'est arrêté sur le problème des compétences ministérielles, en rappelant qu'en vertu d'un arrêté qui porte le numéro 57, c'est le ministère de l'Agriculture qui examine les cargos de blé avant leur déchargement. Selon ses explications, le texte a été amendé par les trois ministères, mais les commerçants s'y étaient opposés. « Nous œuvrons aujourd'hui pour l'amender de nouveau. Nous avons besoin de règlements communs que l'équipe de travail va essayer de dégager en coordination avec le ministère de l'Industrie et Libnor », l'Institut libanais de normalisation, a encore dit le ministre qui a insisté sur « le besoin de solutions rapides ».
M. Bou Faour a anticipé les protestations de ceux qui pourraient être lésés par les nouvelles mesures officielles restrictives, en invitant ceux « à qui nos décisions ne plairont pas à se référer au Conseil d'État ». Il a en outre souligné le besoin d'améliorer l'état des silos au port de Beyrouth, une opération dont le coût a été évalué à 10 millions de dollars, ainsi que les entrepôts de blé dans la Békaa « parce qu'en juillet le blé ne peut plus être entreposé dans les silos ». Il a demandé que ces fonds soient débloqués sans tarder.
Hakim : Surveiller la chaîne alimentaire
Le ministre de l'Économie a souligné à son tour la nécessité d'amender les mécanismes de contrôle, en insistant sur le fait que le problème de la répartition des compétences ne se limite pas au contrôle du blé. « Nous essayons de mettre en place un mécanisme pour surveiller la chaîne alimentaire du début à la fin », a-t-il dit, avant d'exposer, en réponse à une question, tout le circuit par lequel passe le blé depuis son déchargement des cargos jusqu'à sa distribution sur le marché. Il a expliqué que son département soumet le blé à des analyses mensuelles avant d'autoriser sa distribution sur le marché.
Parallèlement, le ministère de l'Économie a fait paraître un communiqué dans lequel il précise que ses entrepôts à Tal Amara, près de Rayyak, dans la Békaa, servent à emmagasiner le blé local délivré par les agriculteurs. Ils sont actuellement vides, le ministère n'ayant pas reçu la récolte de 2015, selon le texte qui ajoute que, suite à deux notes écrites qu'il lui avait adressées en novembre 2014, puis en janvier 2015, pour réclamer le réaménagement et la restauration de ces entrepôts, le gouvernement a chargé en février dernier le Conseil du développement et de la reconstruction d'effectuer une première étude d'évaluation des coûts, actuellement en cours d'élaboration.
Au cours de sa réunion hebdomadaire, hier, le bureau politique Kataëb s'est félicité des explications fournies par Alain Hakim au sujet de l'hygiène alimentaire.

