Liban

Retrait russe de Syrie : Poutine garde la main

Décryptage
18/03/2016

La soudaine annonce par le président russe du retrait du gros de ses troupes de Syrie continue de dominer les analyses et les spéculations politiques au Liban. En dépit des déclarations qui prétendent le contraire, la décision de Vladimir Poutine a pris tout le monde de court, les alliés comme les adversaires, et le commandement syrien n'en a été informé que très peu de temps à l'avance et alors que les préparatifs militaires de départ étaient sur le point de commencer.

Il faut rappeler que la décision d'intervenir militairement en Syrie, exécutée à partir du 30 septembre 2015, avait aussi pris de court les Américains, qui avaient été contraints de donner par la suite leur aval et d'affirmer avoir donné leur feu vert... après le début de l'opération. M. Poutine utilise donc la surprise comme tactique politique et à chaque fois, il réussit à semer le trouble et la confusion chez ses partenaires et chez les autres acteurs sur la scène régionale et internationale.
Cette décision russe a été d'autant plus surprenante qu'avec l'aide de l'aviation russe, l'armée syrienne et ses alliés étaient en train d'enregistrer des victoires décisives sur le terrain. Des milliers de soldats et de combattants sont ainsi déployés sur plusieurs fronts en Syrie et risquent de se retrouver en difficulté s'ils ne bénéficient plus d'une couverture aérienne. Les Russes assurent que ce ne sera pas le cas puisque d'une part, ils ont maintenu des forces aériennes dans la base de Hmeimim, au sud de Lattaquié, alors que des missiles S400 (antiaériens ultrasophistiqués) ont été déployés en Syrie, et d'autre part, ils ont renforcé l'aviation syrienne ainsi que l'armée en général.
En dépit de toutes les déclarations destinées à calmer les appréhensions des alliés, la décision russe a été perçue comme un coup de frein à la dynamique de victoire enclenchée à partir du 30 septembre 2015, surtout que l'accord conclu le 26 août dernier entre les commandements militaires syrien et russe en préparation de l'intervention de Moscou n'avait pas fixé de limite dans le temps. D'ailleurs, les responsables russes n'ont cessé de dire au cours des cinq derniers mois que la mission russe ne prendra fin que lorsque les objectifs pour lesquels elle a été menée seront atteints.
C'est justement sur ce dernier point que l'ambiguïté a plané. Comme l'a souligné le leader druze Walid Joumblatt hier sur Twitter, l'objectif déclaré était d'éradiquer l'organisation terroriste État islamique. Certaines parties avaient interprété cette phrase à la lettre alors que les Russes disent aujourd'hui que leur intervention en Syrie leur a permis de tuer 2 000 terroristes russes qui avaient rallié les rangs de l'EI. En annonçant cette information, les dirigeants russes adressent un message fort à destination de la scène intérieure russe. Parallèlement, l'intervention militaire russe en Syrie a consolidé le régime et ses institutions et lui ont permis de reprendre l'initiative sur plusieurs fronts tout en assurant la superficie de ce qu'on appelle désormais « la Syrie économiquement utile ». Mais cela n'a jamais signifié pour les Russes qu'ils allaient procéder à la reconquête de tout le territoire syrien pour le compte du régime. D'une part parce que ce serait une opération longue et coûteuse qui comporterait le risque de se transformer en sables mouvants comme le fut l'Afghanistan pour les Soviétiques, une expérience que les Russes ne veulent absolument pas rééditer. D'autre part parce que Vladimir Poutine a déclaré depuis le début que son souci était de relancer le processus politique et il est certain que l'annonce du retrait de la plupart des forces russes de Syrie est de nature à apaiser l'opposition et ses parrains régionaux, en particulier l'Arabie saoudite.
Selon une source diplomatique arabe en poste à Beyrouth, M. Poutine a donc fait le job qui lui était assigné : empêcher la chute du régime syrien et faire de lui un partenaire incontournable dans la recherche d'une solution politique. Mais cela ne signifie pas que le président syrien doit se comporter en vainqueur en plaçant le plafond haut comme l'a fait le ministre des Affaires étrangères, Walid Moallem, au cours de sa dernière conférence de presse à l'ouverture de la troisième session des pourparlers de Genève. Selon la source précitée, l'attitude de M. Moallem aurait déplu aux Russes qui se sont empressés d'annoncer leur retrait dans une volonté de pousser le régime à être plus malléable dans les négociations.
De même, les Russes n'auraient pas apprécié l'annonce par le régime de l'organisation d'élections législatives en avril, au lieu d'attendre la fin de la période transitoire... En annonçant le retrait du gros de ses troupes de Syrie, Vladimir Poutine a donc visé plusieurs objectifs, politiques et économiques, internes, régionaux et internationaux.
Selon la source diplomatique arabe précitée, les Russes et les Américains se sont donc en quelque sorte partagé les rôles et si M. Poutine s'est chargé du régime syrien et de ses alliés, c'est désormais aux Américains de remplir leur part de « l'accord », en faisant pression sur les Saoudiens pour qu'ils cessent d'exiger un gouvernement de transition, alors que le communiqué de Vienne avait parlé d'un gouvernement d'union nationale avec des prérogatives élargies. Il faut aussi que les Saoudiens, par le biais de la délégation de l'opposition dite de Riyad, cessent d'exiger le départ de Bachar el-Assad au début de la période transitoire qui devrait s'achever par l'adoption d'amendements constitutionnels et l'organisation d'élections législatives et présidentielle.
Le processus est encore long et difficile, mais selon la même source diplomatique arabe, il est sur les rails. Et Vladimir Poutine garde la main...

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Elle le prend carrément pour un surhomme, à ce Nabot Gnome !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POUTINE ME RAPPELLE AUSSI... TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... LOU CASTELLO QUI ETAIT LE PLUS FORT HOMME DES RINGS HOLLYWOODIENS DES ANNEES QUARANTE...

PAUL TRONC

Le constat mondial est simple , Poutine est l'Homme de la situation . Elu pour la 3eme année consécutive Homme le plus puissant de la planète par Forbes .

Ces qualités ne s'obtiennent pas en décisions ratées ou en esbrouffe politique , mais bel et bien par des actions concluantes et précises .
L'avantage qu'a eu Poutine sur les autres comploteurs , c'est qu'il avait un appui local solide et uni, efficace et fort , et des objectifs clairs et ciblés .

Il disait hier à ses combattants sur le retour , qu'il n'était pas bien loin et qu'en quelques heures il pouvait remettre ça .
LA SURPRISE COMME STRATEGIE a le mérite de faire délier les langues de certains journalistes qui n'ont pas hésité à parler de débandade , alors que les effets ont été d'une grande efficacité .
Aussi bien ses adversaires ( turcs , bensaouds et yanky ) qui ne parlent même plus d'un départ de son Héros Bashar , que ses alliés ( Syrie , Iran Hezb résistant ) qui peuvent sereinement discuter à Genève avec toutes sortes de terroristes en les regardant de haut .

Et le peuple syrien me dirait vous Scarlett ?
Il écrira son histoire après toute cette terrible souffrance , mais l'histoire que les vainqueurs écrivent qui est du camp duquel se trouve Poutine et ses alliés .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PARFOIS ON POND UN ARTICLE OBJECTIF MAIS ON NE PEUT ETRE OBJECTIF A 100%... LES RUSSES ET LES AMERICAINS SE SONT EN QUELQUE SORTE PARTAGES LES ROLES... L,ENTENDEMENT OU -LA CONNIVENCE-... TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... AVAIT ETE AGREE BIEN AVANT L,INTERVENTION RUSSE ET LES ROLES PARTAGES DEJA... ET DEUX VOIX LE REPETAIENT TOUJOURS DANS CE FORUM... ET LES FRAIS PARTAGES SINON LE RUSSE NE POUVAIT POINT ENTREPRENDRE CETTE ACTION N,ETANT PAS UNE PUISSANCE ECONOMIQUE POUR ENCOURIR SEUL LE COUT... IL Y A BIEN D,AUTRES FAILLES DANS VOTRE ARTICLE MAIS J,EN PASSE... VOUS OUBLIEZ TOUJOURS DE MENTIONNER QUE TOUT CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION ET TOUTE REFORME SONT DE LA SEULE VICTOIRE DU PEUPLE SYRIEN QUI A ETE MASSACRE POUR RIEN CAR LE REGIME POUVAIT S,IL N,ETAIT PAS SANGUINAIRE FAIRE CES CHANGEMENTS DES LE DEBUT AU LIEU DE MASSACRER SON PEUPLE ET DE DETRUIRE COMPLETEMENT LE PAYS...
L,INIQUITE DES REGIMES ET ORGANISATIONS TERRORISTES RIT AU DEBUT... LE DROIT DES PEUPLES RIT A LA FIN...
LA RAISON DU PEUPLE EST TOUJOURS LA MEILLEURE... HIER AILLEURS... AUJOURD,HUI CHEZ NOS VOISINS... DEMAIN EN NOTRE DEMEURE !!!

Massabki Alice

Il est vrai que ce retrait enlève la pression pour tout le monde. une vraie détente à l'échelle international, pavant la voie à des solutions pacifiques mais complexes et longues.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Le processus est encore long et difficile, mais Bottine.... garde la main." !
"Sacrée" Sacarlett !
Malgré toutes les bêtises de ce Nain poutinien, elle insiste encore pour affirmer qu'il garde toujours la main !
Elle est irrésistible.... et impossible !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"En annonçant le retrait du gros de ses troupes de Syrie, Bottine a donc visé plusieurs objectifs, politiques et économiques, internes, régionaux et internationaux." !
Dâââë, il est perdu yâ harâââm !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Il est certain que l'annonce du retrait de la plupart des forces russes de Syrie est de nature à apaiser en particulier l'Arabie saoudite." !
Enfin, elle a compris !
Mais oui, il supplie ainsi l'Heureuse Arabie ; ce zakéh bottine ; pour qu'elle baisse ne fut-ce qu'un peu son pompage de Brut sinon le zakéh Gnome allait étouffer, yâ hassértéééh !

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