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Économie - Focus

L’envolée du prix du minerai de fer en Chine, une bulle spéculative ?

Au sein d’une économie chinoise morose, les investisseurs sont tentés de se reporter sur les marchés de matières premières, plus rémunérateurs en apparence, ce qui laisse craindre une bulle. STR/AFP

En dépit de surplus colossaux et d'une conjoncture maussade, le prix du minerai de fer connaît de spectaculaires envolées en Chine, porté à incandescence par des investisseurs spéculatifs à contre-courant de l'économie réelle – au risque de voir émerger une nouvelle bulle.
À la Bourse des matières premières de Dalian (Nord-Est), le cours du minerai de fer sur le marché au comptant a bondi de 20 % sur la seule journée du 7 mars. À quelque 57 dollars par tonne, il s'affichait vendredi dernier en hausse de 33 % depuis début janvier.
Cette récente fièvre, concernant un ingrédient crucial pour la production d'acier, peut surprendre étant donné les déboires de l'industrie chinoise et le vif déclin de la demande. Les exportations chinoises s'effondrent, les investissements immobiliers stagnent et l'essoufflement de ces deux piliers de croissance du géant asiatique entraînent des surcapacités de production massives dans l'industrie sidérurgique. De quoi plomber le cours du minerai de fer, qui a effectivement sombré en décembre sous 37 dollars la tonne... avant de rebondir.

Déconnexion du réel
Certes, l'essentiel des transactions à Dalian ne correspond aucunement à des échanges physiques : sur le marché des contrats à terme, le volume des échanges représentait mercredi l'équivalent de 978 millions de tonnes de minerai de fer... Davantage que la totalité des importations chinoises en 2015. « La situation est extravagante. Tout le monde se laisse emporter par ses impulsions et la hausse des cours devient la norme », commente pour l'AFP Chen Bingkun, analyste du courtier Minmetals Jingyi Futures, pointant le rôle de la « spéculation ».
Dalian et Singapour, l'autre grande place où se négocient des contrats à terme sur le minerai de fer, ne représentent qu'une partie seulement des transactions à travers le monde.
En pratique, le commerce reste dominé par quelques mastodontes du secteur minier, qui rivalisent pour s'assurer les faveurs des aciéristes de Chine – premier pays consommateur de minerai de fer – à travers des contrats d'approvisionnement. D'où une liquidité limitée sur les marchés à terme et donc une propension accrue à la volatilité, alimentée par des acteurs non industriels.
Le récent regain d'appétit à Dalian pour le minerai de fer peut s'expliquer en partie par la détermination du gouvernement à accroître les dépenses publiques dans des travaux d'infrastructure – très gourmands en acier – afin de stimuler une économie en panne. On a également évoqué la tenue d'une exposition à Tangshan – capitale chinoise de l'acier – qui aurait conduit à une suspension de la production locale... avant un rebond des cadences.

Miné par des « risques cachés »
Le véritable moteur des cours à Dalian, de l'avis général, est largement spéculatif. Les effondrements de la Bourse de Shanghai ont réduit l'attractivité des marchés d'actions, le rendement des obligations d'État reste bas, les prix immobiliers sont prohibitifs (et tendent à stagner, ce qui n'est guère attrayant), et de stricts contrôles restreignent les placements à l'étranger. Des investisseurs chinois sont donc tentés de se reporter sur les marchés de matières premières, plus rémunérateurs en apparence.
Les particuliers sont même rejoints par des groupes sidérurgiques : « Certains aciéristes commencent à participer à ces échanges à terme, réalisant que c'est un moyen de faire de l'argent », assure l'analyste Chen.
Mais la folle embellie pourrait s'avérer éphémère, prévient Zhu Limin, du courtier Shanghai Securities. « On entame le nouveau plan quinquennal (2016-2020), qui porte les gens à anticiper de larges investissements d'infrastructure. Mais difficile de savoir combien des grands chantiers promis par le gouvernement verront le jour et quelles sommes seront véritablement investies », indique-t-il à l'AFP.
La perplexité pointe : les investisseurs s'efforcent « de trouver un havre où engranger durablement des profits » et « tentent de comprendre la logique d'un marché qui était (encore récemment) terriblement baissier », abonde Kelly Teoh, du courtier Clarksons Platou à Singapour. De son côté, l'opérateur boursier de Dalian, soucieux d'endiguer ce qui ressemble à une bulle, a relevé depuis lundi ses frais de transaction et le dépôt minimal exigé pour négocier des contrats, afin d'« empêcher toute surchauffe du marché et les risques cachés ».

Bill SAVADOVE/AFP

En dépit de surplus colossaux et d'une conjoncture maussade, le prix du minerai de fer connaît de spectaculaires envolées en Chine, porté à incandescence par des investisseurs spéculatifs à contre-courant de l'économie réelle – au risque de voir émerger une nouvelle bulle.À la Bourse des matières premières de Dalian (Nord-Est), le cours du minerai de fer sur le marché au comptant a bondi de 20 % sur la seule journée du 7 mars. À quelque 57 dollars par tonne, il s'affichait vendredi dernier en hausse de 33 % depuis début janvier.Cette récente fièvre, concernant un ingrédient crucial pour la production d'acier, peut surprendre étant donné les déboires de l'industrie chinoise et le vif déclin de la demande. Les exportations chinoises s'effondrent, les investissements immobiliers stagnent et l'essoufflement de ces...
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