Nasreen Mohamedi, Untitled, ca. 1975.
Entièrement rénové et rafraîchi, le Met Breuer, consacré à l'art moderne et contemporain, prend racine avec deux expositions inaugurales. Unfinished: Thoughts Left Visible présente une magnifique enquête thématique rassemblant les grandes œuvres non finito ou inachevées, allant de l'art de la Renaissance à nos jours. La deuxième exposition met la lumière sur l'œuvre de l'artiste indienne d'avant-garde Nasreen Mohamedi (1937-1990). Une performance du musicien Vijay Lyer, lauréat du prix Pulitzer John Luther Adams, anime l'événement. Réalisées par Andrea Bayer, conservatrice de la peinture européenne, Jayne Wrightsman du Met, Nicholas Cullinam, directeur de la National Portrait Gallery à Londres, et par Kelly Baum, conservatrice du département d'art moderne et contemporain du Met, ces expositions resteront à l'affiche jusqu'au 4 septembre prochain.
Nouvelle approche
«Ces événements phares reflètent la philosophie générale du musée. Ils montrent au monde ce que le Met peut faire. Les deux projets incarnent ce côté distinctif et singulier, marquant une nouvelle direction de notre musée pour l'art moderne et contemporain », indique la conservatrice Kelly Baum, dans un entretien à L'Orient Le Jour. « Le choix de Nasreen Mohamedi signale aussi une nouvelle approche globale de l'art moderne et contemporain. C'est dans cet objectif que le musée a fait appel à de nombreux nouveaux conservateurs spécialisés dans différentes régions géographiques d'Amérique latine, du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord, de Turquie et d'Asie du Sud, ainsi que des conservateurs dans la conception de l'architecture et des arts décoratifs », relève Mme Baum.
« Cette nouvelle vision se manifeste aussi par l'importante exposition inaugurale, Unfinished: Thoughts Left Visible, répartie sur deux étages, qui comporte 190 œuvres dont 80 font partie de la collection du Met. Elle reflète la contribution des conservateurs du musée pour tous les projets des différentes périodes artistiques historiques », affirme-t-elle. « Unfinished: Thoughts Left Visible a été proposée en 2012 par Andrea Bayer et Nicholas Culliman, deux conservateurs du Met. C'est au printemps dernier que j'ai rejoint l'équipe pour l'étendre à l'art moderne et contemporain », explique Kelly Baum. « Il a fallu trois ans pour réaliser l'exposition, produire le catalogue, et quatre mois pour son installation. Plus de cinquante conservateurs de musées internationaux y ont contribué. Certaines œuvres sont exposées pour la première fois », explique-t-elle.
Le non finito
« Cette exposition approfondit le terme inachevé d'une manière large, précise la conservatrice de l'exposition, Andrea Bayer, englobant non seulement les œuvres laissées incomplètes par leurs concepteurs et offrant souvent un aperçu du processus de leur créativité, mais elle dévoile aussi le mystère que certains artistes laissent flotter intentionnellement dans l'œuvre esthétiquement non finito. » « Titien, Rembrandt, Leonardo Da Vinci, Turner, Cézanne, Van Gogh, Picasso, et bien d'autres qui sont représentés, ont exploré une telle esthétique. Les artistes modernes et contemporains, notamment Janine Antoni, Lygia Clark, Jackson Pollock et Robert Rauschenberg, ont mené l'art inachevé vers de nouvelles directions. C'est une manière de rendre plus floue la distinction entre la réalisation et l'indécision, d'étendre les frontières de l'art dans l'espace et le temps, et d'inviter les spectateurs à compléter les objets qu'ils ont commencé », estime-t-elle.
Architecture moghole et néoralisme italien
L'exposition inaugurale dédiée à Nasreen Mohamedi, artiste indienne singulière émergeant après l'indépendance de l'Inde, explore la complexité conceptuelle et la subtilité visuelle de son art, qui a marqué l'abstrait et le moderne. Mohamedi puise son inspiration de multiples palettes artistiques, architecturales, cinématographiques ou musicales, et aussi d'artistes contemporains, allant de Paul Klee et Agnes Martin, à l'architecture moghole, l'architecture de Louis Kahn, la musique classique indienne, au cinéma néoréaliste italien. Considérée comme l'une des artistes les plus importantes de sa génération, elle introduit dans son œuvre des lignes organiques, des grilles délicates, des formes dures et une nouvelle esthétique qu'elle infuse dans les photographies qu'elle a prises tout au long de sa vie.
Avec plus de 130 peintures, dessins et photographies, l'exposition, initiée et organisée par le Met et par le Museo Reina Sofía, Madrid, avec la collaboration du Musée Nadar Kiran of Art, New Delhi, recense les différentes étapes de sa carrière et le développement de son approche esthétique.
La saison 2016 du Met Breuer s'annonce riche en événements artistiques, avec notamment une exposition de photographies de Diane Arbus, en juillet, une rétrospective du peintre contemporain Kerry James Marshall, en octobre, ainsi qu'une exposition de photographies d'architecture de quatre bâtiments emblématiques conçus par Marcel Breuer, prévue en novembre prochain.

