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Économie - Focus

Le gaz américain pourrait profiter à l’Europe, mais aussi à la Russie

Les États-Unis devraient devenir le troisième producteur mondial de gaz naturel liquéfié, une ressource exportable vers l’Europe via des navires méthaniers. Photo archives AFP

Les volumes s'annoncent colossaux : grâce au boom du gaz de schiste, les États-Unis se sont lancés dans une stratégie inédite d'exportation qui pourrait remodeler le marché gazier en Europe et, paradoxalement, accroître la dépendance du Vieux Continent à la Russie, son principal fournisseur.
« Il va se passer un peu la même chose que dans le pétrole de schiste : la vague de GNL (gaz naturel liquéfié, NDLR) américain va heurter le marché », a récemment prédit le PDG de Total, Patrick Pouyanné.
Grâce au schiste, la production américaine de gaz atteint des niveaux record qui ont poussé le pays à reconvertir ses terminaux d'importation pour commencer à expédier du gaz au-delà de ses frontières, après l'avoir préalablement liquéfié pour permettre son transport par mer. Un premier méthanier, affrété par le texan Cheniere Energy, a appareillé fin février du terminal de liquéfaction de Sabine Pass, en Louisiane (Sud), pour le Brésil. D'autres cargaisons de gaz naturel liquéfié suivront, notamment vers l'Europe en vertu d'accords commerciaux conclus avec les français EDF et Engie ou le britannique BG.
Quatre autres usines de liquéfaction sont en construction outre-Atlantique, ce qui portera la capacité d'exportation totale des États-Unis à environ un quart de la production mondiale de GNL. Celle-ci s'est élevée, selon le cabinet Wood Mackenzie, à 250 millions de tonnes en 2015.
De quoi bousculer la hiérarchie mondiale du GNL : les États-Unis en deviendraient le troisième producteur, derrière l'Australie qui, grâce également au lancement de nouveaux projets, reléguerait le Qatar et ses 77 millions de tonnes annuelles à la deuxième place, anticipe Thierry Bros, analyste gaz de la Société générale.
Ces nouveaux flux accentueront la pression sur les prix, déjà fortement déprimés dans le sillage du pétrole. Et ce d'autant plus que la croissance de la demande a perdu en vigueur dans un marché qui se dirige vers un surplus d'offre au cours des cinq prochaines années.

Diversifier les sources d'approvisionnement
L'Europe pourrait ainsi apparaître comme le principal débouché du GNL américain, l'Asie se montrant moins gourmande du fait du ralentissement économique en Chine et de la relance du nucléaire au Japon.
Cela viendrait à point nommé pour l'Union européenne qui, échaudée par les crises gazières russo-ukrainiennes des années 2000, souhaite renforcer sa sécurité énergétique en diversifiant ses sources d'approvisionnement. Elle entend notamment accroître ses capacités d'importation et de stockage de GNL, ce qui est perçu par nombre d'observateurs comme un moyen de desserrer l'emprise du groupe public russe Gazprom, son principal fournisseur de gaz (près de 40 % des importations et 20 % de sa consommation).
Mais si les futures exportations américaines pourraient théoriquement couvrir jusqu'à 20 % de la consommation européenne, la Russie ne sera pas pour autant rayée de la carte. Au contraire, elle pourrait s'engager dans une guerre des prix qui barrerait la route à la concurrence et augmenterait la dépendance à ses molécules.
« Je serais étonné qu'elle ne fasse rien et qu'elle regarde le train américain passer en se contentant de régler la circulation », souligne Francis Perrin, président de Stratégies et politiques énergétiques.

Guerre des parts de marché
Cette guerre des parts de marché, similaire à celle menée par l'Arabie saoudite sur le front pétrolier, serait d'autant plus facile à assumer que les prix sont affaiblis et que l'effondrement du rouble rend déjà le gaz russe plus compétitif.
« Plus les prix des contrats gaziers russes – indexés sur le pétrole – baissent, plus la probabilité est élevée », estime Thierry Bros, selon qui ce scénario pourrait se matéraliser dès cette année. « En 2014, une guerre des prix aurait coûté 21 milliards de dollars par an en année pleine à Gazprom. Aujourd'hui, les revenus perdus ne s'élèveraient qu'à 1,3 milliard de dollars », soit un centième du chiffre d'affaires, détaille-t-il.
C'est ce qui s'était passé quand la Lituanie s'était lancée dans l'achat de GNL en 2014 pour accroître son autonomie énergétique : Gazprom avait réduit son prix d'environ 20 %. « Le gaz de Gazprom a été, est et sera le plus compétitif sur notre principal marché », a martelé le numéro deux du groupe, Alexandre Medvedev.
Dans ce contexte, le choix du GNL américain apparaît bien plus politique qu'économique pour l'Europe. Dans tous les cas, « l'UE aura quand même gagné : les investissements portés par les capitalistes américains vont changer le marché européen dans un sens où on sera soit moins dépendant des Russes, soit on aura un prix plus bas », conclut Thierry Bros.
Martine PAUWELS/AFP

Les volumes s'annoncent colossaux : grâce au boom du gaz de schiste, les États-Unis se sont lancés dans une stratégie inédite d'exportation qui pourrait remodeler le marché gazier en Europe et, paradoxalement, accroître la dépendance du Vieux Continent à la Russie, son principal fournisseur.« Il va se passer un peu la même chose que dans le pétrole de schiste : la vague de GNL (gaz naturel liquéfié, NDLR) américain va heurter le marché », a récemment prédit le PDG de Total, Patrick Pouyanné.Grâce au schiste, la production américaine de gaz atteint des niveaux record qui ont poussé le pays à reconvertir ses terminaux d'importation pour commencer à expédier du gaz au-delà de ses frontières, après l'avoir préalablement liquéfié pour permettre son transport par mer. Un premier méthanier, affrété par le...
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