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Moyen Orient et Monde

L’alliance entre Boko Haram et l’État islamique, une coquille vide selon des experts

Jihadisme

De nombreux analystes considèrent que le rapprochement entre les deux groupes est une opération de propagande dont ils bénéficient.

OLJ
07/03/2016

L'allégeance prêtée l'an dernier par le groupe islamiste nigérian Boko Haram à l'État islamique (EI) a fait craindre que l'insurrection dans le nord-est du Nigeria, qui a fait au moins 17 000 morts depuis 2009, ne prenne une dimension internationale. Depuis, de nombreuses hypothèses ont circulé sur de possibles rapprochements entre les deux groupes – notamment en Libye et dans la région du Sahel – et sur l'arrivée potentielle dans les pays riverains du lac Tchad de combattants étrangers, aggravant un conflit jusqu'à présent localisé. Mais un an plus tard, rien de tel ne s'est produit. Au contraire, Boko Haram semble considérablement affaibli par la contre-offensive lancée par l'armée nigériane. Celle-ci a revendiqué de nombreuses victoires contre les insurgés ainsi que la libération de centaines d'otages. Les autorités nigérianes pressent maintenant les deux millions de déplacés du conflit de rentrer chez eux.
De nombreux experts considèrent depuis longtemps l'alliance comme une opération de propagande devant bénéficier aux deux organisations. Depuis son serment d'allégeance au chef de l'EI Abou Bakr el-Baghdadi, le 7 mars 2015, le chef de Boko Haram Abubakar Shekau ne s'est exprimé qu'à deux reprises. « Rien n'a changé pour Boko Haram depuis la déclaration de Shekau », estime l'analyste en sécurité nigérian Abdullahi Bawa Wase. L'alliance « a échoué à faire venir des combattants de l'EI, n'a attiré ni les armes ni l'argent de l'EI, contrairement à ce que beaucoup craignaient ». « Au contraire, Boko Haram est plus faible qu'avant la déclaration, ce que montre la baisse drastique des attaques meurtrières. Même le rythme des attentats-suicide a baissé », affirme-t-il.

« Une étiquette marketing »
Selon une source sécuritaire nigériane, l'EI n'est « qu'une étiquette marketing que Boko Haram veut utiliser pour se donner l'allure d'un groupe terroriste redoutable ». La déclaration d'allégeance de Shekau, à la suite de laquelle Boko Haram s'est rebaptisé « l'État islamique dans la province d'Afrique de l'Ouest », aurait causé une fracture dans la hiérarchie du groupe, et des éléments dissidents se seraient depuis rapprochés d'autres groupes jihadistes sahéliens. Mais les gouvernements occidentaux considèrent toujours Boko Haram comme une menace sérieuse. Le Nigeria figure dans la notice d'« avertissement mondial » actualisée cette semaine par les États-Unis, qui porte sur les risques d'attaques « terroristes » encourus par les Américains et leurs intérêts à travers le monde.
Pour soutenir les opérations contre Boko Haram, Washington a envoyé à l'automne au Cameroun un détachement de 300 hommes – chargés de missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance aérienne – et le Pentagone envisage l'envoi de conseillers militaires au Nigeria. En début d'année, les services secrets nigérians ont annoncé l'arrestation d'un « recruteur » de l'EI, de sept membres présumés du groupe Ansaru – faction dissidente de Boko Haram idéologiquement proche d'el-Qaëda – ainsi que de plusieurs hommes qui avaient l'intention de rejoindre l'EI en Libye. Pour le président nigérian Muhammadu Buhari, qui avait affirmé en décembre que Boko Haram était « techniquement » vaincu, la Libye est « une bombe stratégique à retardement » pour l'Europe et l'Afrique, à cause du trafic d'armes qui profite notamment à Boko Haram.
Selon Yan St-Pierre, analyste au Modern Security Consulting Group, il n'y a « aucun doute » sur le fait que Boko Haram a tendu la main à d'autres groupes jihadistes pour coopérer en matière d'« affaires et de logistique » au cours de l'année écoulée. « Aqmi (el-Qaëda au Maghreb islamique) et certains groupes de la nébuleuse Boko Haram augmentent leur collaboration malgré l'allégeance officielle de Boko Haram à l'EI », affirme-t-il.
Une analyse que ne partage pas Ryan Cummings, spécialiste de la sécurité en Afrique : « Si des liens opérationnels entre Boko Haram et Aqmi existaient, il y en aurait des preuves plus claires », dit-il. Quant à l'EI, « il semble que le groupe demande à ses membres au Sahel et au Maghreb d'aller combattre Libye, et pas dans le bassin du lac Tchad ».

Phil HAZLEWOOD et Aminu ABUBAKAR/AFP

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