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Culture - Gainsbourg... Forever / Les femmes de ses vies

Je suis venue te dire que je reviens

Vingt-cinq ans après. Imaginons cet instant charnière et charnel où les femmes qui ont partagé le lit ou les lignes de l'homme à la tête de choux, Brigitte, Catherine, Jane, Isabelle, France ou Vanessa, lui glisseront des mots doux sur sa tombe de Montparnasse. Des lettres à Serge.

Brigitte Bardot

« Il aura fallu que ce soit toi, mon canard déchaîné, pour que j'accepte de réenfourcher ma Davidson et concède à remettre les pattes au cimetière de Montparnasse où je ne m'étais pas rendue depuis le décès de Diesel, l'adorable et admirable chien du Raid, abattu comme du gibier pendant l'assaut de Saint-Denis en novembre dernier. Je te le dis bien fort, mon bichon, j'en ai marre de cette France carnassière, cette faune bien fauve qui me dépeint, moi la biche blessée, en reptile vénéneux ! Cette France vipérine qui crie au loup lorsque je propose Marine à la présidence ou mon dalmatien au gouvernement. J'entends ton gazouillis horrifié dire que c'est pareil de toute façon. Mais je ne t'en veux pas, mon ourson mal léché. Car vingt-cinq ans après, c'est dans ma chevelure ébouriffée que tu m'as surtout manqué. »

Catherine Deneuve
« Je voudrais que se dissipe enfin ce brouillard d'incompréhension qui, malgré le temps et la distance qui nous séparent, estompe les contours de notre idylle faite de velours dévoré, chemises déboutonnées et nuits tirebouchonnées... De mes lèvres exténuées de t'avoir cherché dans le goudron des Havanes, de ces lèvres aux commissures abandonnées à un triste collagène, j'ai craché sur toi. Sur nous. Te traitant de soulard goguenard dans les pages d'un Voici bavard, puis réduisant notre amour à une vague camaraderie de fin de soirée, et j'en passe... Je t'ai tellement maltraité, et avec quel aplomb, et avec quelle jouissance, qu'il me faut aujourd'hui m'expliquer. Tout cela, mon Serge, était ma tentative, maladroite et idiote, de suivre à la lettre ton Souviens-toi de m'oublier. J'ai échoué. »

Isabelle Adjani
« Lorsque ce sadique L'Orient-Le Jour m'a sommé de t'écrire un petit mot, j'ai vu mes yeux bleu marine s'immoler dans un brasier de larmes chlorées. Les salauds ! J'ai aperçu, tout au bout du bout de mon moi, derrière leurs volutes méphitiques, des vautours tailladant le cadavre de ma mémoire. Les salauds ! Et puis rien, je me suis retrouvée trouée d'amnésie, extatique et hilare, ne sachant pas qui tu es, Serge Gainsbourg, né Lucien Ginsburg. À moins que tu n'aies jamais existé et que ce soit un sale complot médiatique voulant me faire toucher le fond de la piscine. Les salauds ! Je suis quand même parvenue à rédiger ces trois mots : Je t'aime idiot. Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en désoler. Mais je ne suis pas folle, tu sais – bonjour... »

Jane Birkin

« Si ça peut te consoler, je ne pife pas un mot de ce Quoi, de notre amour feu n'resterait que des cendres que tu as mis sur mes lèvres, en bon faiseur de plaisantristes que tu étais. Maintenant que je suis Alone in Babylone et que j'erre comme une Lost Song dans la jungle, j'ai ressuscité mon panier en osier et le bascule à mon bras comme un Rocking Chair se balançant au gré de nos souvenirs d'Ex-fans des Sixties. Parfois je le fais tanguer : il va et il vient tel un Banana Boat qui me conduit droit sur les rivages de l'île nue de nos Dessous chics. Il m'arrive aussi de Fuir le bonheur et me vautrer dans des bottes de caoutchouc pour patauger dans La Gadoue de nos moments de Décadanse. Après tout, en amour, on n'a Rien pour rien et entre nous, ça a toujours été Je t'aime moi non plus... »

France Gall

« Serge, il est vrai que notre relation a été plutôt ménagère, assez casanière, voire sédentaire. Vachement moins agitée que les eaux du grand fleuve où se sont échouées ces amoureuses charnelles que tu m'as toujours préférées. Mais attends, je ne t'en veux aucunement ! Je tiens au contraire à te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi. En l'occurrence pour Les sucettes, cette chanson qui fait glousser tout le monde jusqu'à aujourd'hui. Même cette peste de Véronique Sanson, figure-toi ! Il suffit que j'en parle ou que j'en fredonne les premières notes pour que tout le monde explose de rire. Je ne comprends pas pourquoi, ça doit sans doute être son côté Martine toute candide qu'on ne te soupçonnait pas, mon cher Serge. Qu'importe, j'adore cette chanson et je ne m'en séparerai jamais. Même pour tous les pennies du monde ! »

Vanessa Paradis

« Au risque de me faire éjecter par ma maison de disque qui ne voit en moi qu'une poule aux œufs d'or, me collant des pseudo-pygmalions qui, une fois empilés, n'arrivent pas à la semelle de tes Derbies laquées. Au risque de me faire (encore) lyncher par Charlotte qui m'a tanné la peau avec des bobards de transfert paternel, je ne me lasserai jamais de te répéter que personne n'a su lire en moi depuis toi. Et personne comme tu l'as fait, à travers ma dentition fendillée et mes fossettes ensoleillées. Si j'avais un souhait à exaucer aujourd'hui, ce serait sans aucun doute celui de m'échapper de cette cage dorée où mes histoires de Love Birds sont devenues attraction de cirque pour midinettes de magazine people, et mes gazouillements des carburants pour presse branchouille. M'évader et surfer sur notre Vague à lames pour qu'elle m'emmène te retrouver... »

Brigitte Bardot
« Il aura fallu que ce soit toi, mon canard déchaîné, pour que j'accepte de réenfourcher ma Davidson et concède à remettre les pattes au cimetière de Montparnasse où je ne m'étais pas rendue depuis le décès de Diesel, l'adorable et admirable chien du Raid, abattu comme du gibier pendant l'assaut de Saint-Denis en novembre dernier. Je te le dis bien fort, mon bichon,...

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