Dossier spécial orientation professionnelle

Environnement et agriculture

Les métiers de l’eau, un besoin de spécialisations très diverses

L'eau est un élément particulièrement complexe, la gestion des ressources et le contrôle de la qualité nécessitant de nombreuses spécialisations et une coordination au sein d'une équipe pluridisciplinaire.

23/03/2016

Kamal Slim, hydrobiologiste menant ses recherches dans l'environnement aquatique depuis de nombreuses années, décrit en bref le domaine des sciences de l'eau.
La problématique de l'eau, dit-il, se prête à de nombreuses spécialités allant du droit (géopolitique) aux sciences dures, et jusqu'au génie. Voici un aperçu des spécialités en relation avec le domaine :

Géopolitique de l'eau : le partage des ressources dans le cas des cours d'eau transfrontaliers peut être à l'origine de problèmes internationaux qu'il faut résoudre. C'est une discipline qui relève du droit.


• Plusieurs disciplines en relation avec la gestion de l'eau à des fins agricoles, industrielles ou ménagères :
1. Chimie de l'eau ou hydrochimie : il s'agit de la spécialisation qui étudie les processus chimiques affectant la distribution et la circulation des composés chimiques des eaux. Une discipline qui utilise principalement la chimie, mais aussi la biologie et la géologie.

2. Microbiologie : c'est la discipline qui étudie l'éventuelle présence de microbes de toutes sortes dans l'eau. Elle vient de la biologie et son principal objectif est la préservation de la santé publique. Les deux spécialisations peuvent parfois être exercées par une même personne, ou alors par deux personnes différentes qui collaborent étroitement. Ces deux disciplines ne sont souvent pas enseignées seules, mais font partie d'études de chimie et de biologie.


3. Biologie des eaux ou hydrobiologie : c'est la science qui se focalise sur les organismes et êtres vivants dans le milieu aquatique. Elle étudie, entre autres, les algues marines et des eaux douces, les macrophytes, qui sont les plantes visibles par opposition aux organismes microscopiques, ainsi que les macrovertébrés (animaux aquatiques) et les poissons. Comme les deux spécialités précédentes, celle-ci révèle des indicateurs de la qualité de l'eau.


• Les techniques de l'eau, des spécialisations d'ingénieurs :
1. Les ingénieurs hydrologues veillent à la qualité de l'eau. Ils peuvent travailler dans plusieurs domaines, tels le traitement des eaux usées, l'étude de la qualité des nappes phréatiques, la désalinisation de l'eau de mer, le traitement de l'eau potable, l'aquaculture (production animale ou végétale en milieu aquatique).
2. Les ingénieurs hydrauliques, une discipline découlant du génie civil, conçoivent, réalisent, optimisent et entretiennent les réseaux d'approvisionnement en eau de toutes sortes (canalisations, barrages, etc.).
3. Les spécialistes qui veillent à la conformité de l'eau potable avec les critères de santé publique.

 

Horaires et journées de travail typiques
Selon Kamal Slim, les métiers de l'eau sont en majorité des métiers de terrain, nécessitant de nombreux déplacements, même si les recherches et la rédaction de rapports sont synonymes de nombreuses heures de bureau. « Dans une de mes journées de travail sur un fleuve, par exemple, étant donné que je suis un spécialiste des algues des eaux douces, je me déplace avec des membres de mon équipe, des techniciens, transportant tout le matériel nécessaire pour les prélèvements et les analyses à faire sur place », dit-il.

 

Contraintes
- Le manque de coordination de manière générale au Liban : aussi spécialisé qu'on soit, il est impossible de se suffire de ses seules analyses si l'on veut comprendre tous les facteurs de la qualité de l'eau. Il convient donc de faire partie d'une équipe pluridisciplinaire, ce qui n'est pas toujours possible soit par manque de spécialistes, soit par une absence de structure de coordination.
- Les difficultés matérielles peuvent également être un facteur handicapant : il est nécessaire d'obtenir des budgets pour les projets, d'avoir accès à des laboratoires bien équipés...
- Il y a actuellement peu de subventions pour les recherches.
- Même au cas où des résultats importants sont obtenus dans le cadre de recherches, ils sont rarement mis en application dans la réalité, et encore moins pris en compte dans les politiques de l'État.
- On constate qu'il y a peu de coordination au niveau des recherches entre universités et centres de recherche.
- Les données qui se trouvent dans les ministères et les différentes institutions publiques sont très difficilement accessibles au public et aux professionnels.

 

Qualités requises
- Être passionné par ce domaine, qui est très exigeant.
- Aimer les études, les recherches, les chiffres.
- Avoir le respect de la nature dans la peau.
- Faire preuve de curiosité scientifique et d'un sens de l'observation.

 

Débouchés
Kamal Slim souligne une certaine ambivalence qu'il a constatée au cours de sa longue carrière : alors que le domaine de l'eau, si vital, nécessite de nombreuses spécialisations pour un bon monitoring, les spécialisations dans les disciplines scientifiques en relation avec la qualité et la gestion de l'eau sont de plus en plus rares, et elles n'offrent pas toujours aux diplômés les débouchés suffisants. Il pointe du doigt le manque d'intérêt des autorités concernées d'une part, et la préférence marquée des jeunes étudiants pour le domaine de la technologie plutôt que celui des sciences d'autre part. Il leur conseille cependant de suivre cette voie, vers des métiers passionnants qui ne connaissent pas la routine ni l'ennui, et qui répondent à un intérêt public certain.


Voici quelques-uns des principaux débouchés :
- Ingénieurs et techniciens dans les offices de l'eau, les ministères concernés et les différentes institutions publiques.
- Employés (ou fondateurs) de bureaux d'études ou de bureaux d'ingénieurs.
- Enseignants des écoles, professeurs d'université, chercheurs dans les universités ou les centres de recherche.

  

Peu de spécialisations de l'eau au Liban

Le domaine de l'eau, dans toute sa diversité et ses spécialisations, n'est pas très présent dans l'enseignement supérieur au Liban. Kamal Slim, hydrobiologiste de formation, constate que ces spécialisations se présentent plus souvent sous forme de cours et de formations que de diplômes à part entière. Il va de soi qu'il existe dans le monde des diplômes plus spécialisés.
Voici une liste non exhaustive des principales filières universitaires qui traitent d'une façon ou d'une autre de ces disciplines :

- Université libanaise (UL), faculté de génie, diplôme de mécanique, énergie et automatique.
- AUB, faculté de génie, ME d'environnement et de ressources hydrauliques.
- AUB, faculté de santé publique, de santé et environnement (des cours sur l'eau).
- USJ, Esib, faculté de génie, formation en construction hydraulique.
- Université arabe de Beyrouth, faculté de génie, génie environnemental.
- Notre Dame University (NDU), programme de formation en gestion de l'eau et études environnementales au sein du « Water, Energy and Environmental Research Center » (WEERC).

 

 

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué