La lutte contre le financement du terrorisme commence à porter ses fruits : une cinquantaine de pays ont pris des mesures depuis novembre, et même l'Iran « a exprimé la volonté d'en parler », mais l'action internationale est encore trop lente, selon le secrétaire exécutif du Gafi, David Lewis.
« Depuis le mois de novembre dernier, une cinquantaine de pays ont pris des mesures pour modifier leur législation ou sont en train de le faire », a révélé M. Lewis, à quelques jours de la réunion à Shanghai des ministres des Finances du G20, qui fera le point sur l'évolution de la lutte contre le financement du terrorisme.
Lors de leur réunion à Antalya (Turquie) au lendemain des attentats de Paris du 13 novembre, les dirigeants des 20 premières puissances économiques mondiales avaient demandé au Groupe d'action financière (Gafi) d'évaluer les progrès faits par les États. L'initiative a immédiatement donné des résultats : la menace de figurer sur la liste noire du Gafi, une organisation internationale créée en 1989 pour lutter tout d'abord contre le blanchiment d'argent et hébergée par l'OCDE, a fait bouger très rapidement les pays qui n'avaient pas les lois nécessaires ou qui ne les appliquaient pas.
« Nous avons observé que les pays agissent très rapidement pour s'assurer de ne pas se retrouver sur cette liste », qui regroupe les pays non coopératifs dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, a constaté M. Lewis. « Ce système fonctionne de manière très efficace, même sans donner les noms des États », s'est-il félicité. « Avant de mettre des pays sur la liste, nous leur donnons l'opportunité de pallier rapidement leurs déficiences et nous nous mettons d'accord avec eux pour établir un plan d'action et un calendrier. Ce n'est que s'ils ne parviennent pas à tenir leurs engagements que nous les mettons sur la liste », a souligné le secrétaire exécutif.
Même l'Iran est en train de bouger, un pays qui, avec la Corée du Nord, s'était historiquement opposé à toute collaboration avec le Gafi. « L'Iran s'est approché de nous. Ce pays a démontré sa volonté de commencer à collaborer avec nous », a affirmé M. Lewis, qui prévoit que le Gafi « commence à discuter avec Téhéran dans un avenir proche ».
Lenteur
Le défi pour le Gafi est aujourd'hui de s'assurer que les États agissent rapidement. « Dans le rapport que nous avons présenté au G20, nous avons constaté que seulement 36 pays ont condamné une personne pour financement du terrorisme et que seulement 40 ont pris des sanctions ciblées », comme le gel de comptes bancaires, constate M. Lewis.
« L'utilisation de ces instruments est donc inférieure à ce qu'elle devrait être face à la menace que nous affrontons. Il y a également du retard dans les sanctions ciblées : geler un compte peut prendre entre deux jours et un mois », a-t-il reconnu. Des réactions tardives qui « ne sont pas adaptées à un monde où l'on peut déplacer des fonds en quelques secondes sur Internet », a regretté le secrétaire exécutif du Gafi, dont l'organisation va désormais se concentrer sur les pays qui « tardent à geler les avoirs ».
Ces mesures répondent à l'évolution de la menace terroriste liée à l'apparition de l'organisation État islamique (EI). « Nous avons vu comment la nature et l'étendue du financement ont changé avec l'émergence de l'EI, qui tire la plupart de ses revenus des territoires qu'il contrôle », comme le pétrole, a observé M. Lewis.
Lors de l'assemblée générale du Gafi, qui s'est tenue la semaine dernière à Paris, ses 35 pays membres ont décidé « d'actualiser et de consolider la stratégie » face à cette évolution, et notamment d'essayer « d'améliorer » les relations entre les différentes agences de renseignements et les autorités. « L'élément-clé de notre stratégie est de faire une évaluation sur les barrières existantes (au partage d'informations) et de voir comment traiter cette question », a assuré le secrétaire exécutif, relevant, à l'instar de nombreux observateurs, des lacunes dans le partage d'information entre parties prenantes à la lutte antiterroriste.
La communauté internationale attaque l'organisation de l'EI sur trois fronts diplomatiques pour l'étouffer financièrement : le G20, l'Onu, et l'UE.
Antonio RODRIGUEZ/AFP

