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Moyen Orient et Monde - Récit

Les chrétiens d’Alep, des morts (presque) sans sépulture...

Ils sont inhumés dans un cimetière provisoire, adjacent au couvent des carmélites.

Ils étaient plus de 160 000 avant que les rebelles ne s’emparent de la moitié est d’Alep. Les chrétiens de la ville sont désormais moins de 20 000. La plupart ayant succombé à la tentation de l’exil. Ceux qui n’ont pas survécu aux attaques des rebelles sont enterrés sur un lopin momentanément prêté par la municipalité, adjacent au couvent des carmélites, dans le quartier d’al-Ghazali. Et le pire reste, très probablement, à venir...Photo Kechéf Sayidat el-Intiqal / Facebook

Alep. Y grandir. Y grandir dans une atmosphère accablante, où les rues pavées de son enfance semblent désormais une cellule. Où une heure d'électricité est célébrée comme une fête. Depuis 2012, l'ancienne capitale syrienne est scindée en deux. Les factions rebelles, à l'est, narguent l'ouest, et n'aspirent qu'à faire tomber la ville pour s'emparer du Nord syrien. De l'autre côté, les roquettes du régime sont tirées sans relâche. Prise en tenaille, la population doit choisir son camp. Alep est le théâtre d'une lutte fratricide, doublée de l'intervention d'éléments étrangers.

Alep. Y mourir. Depuis qu'elle assiste, impuissante, à cette folie meurtrière, la grande majorité de la communauté chrétienne, forte en 2012 de plus de 160 000 âmes, ne peut se résigner à partir. Et toutes ses supplications n'y changeront rien. Elle s'habitue, si tant est qu'on puisse s'habituer à la guerre, en vivant sous la menace des rebelles repliés de l'autre côté de la citadelle, espérant que le régime ne cèdera pas facilement. Mais les bombardements des rebelles en avril 2015, réduisant à néant des immeubles entiers du quartier chrétien de Souleimaniya, contraignent les derniers irréductibles à fuir la ville, et même le pays. Les plus aisés optent pour le Liban voisin, l'Europe ou l'Amérique du Nord. Les moins privilégiés, eux, espèrent, fébriles, pouvoir faire partie de ces groupes chrétiens d'obédiences diverses, sauvés par leur Église et envoyés à l'étranger. Leur descendance ne connaîtra peut-être Alep qu'à travers les récits.
Moins de 20 % d'entre eux vivent encore à Alep. Tant bien que mal. L'offensive loyaliste du 31 janvier dernier ravive un espoir salvateur à leurs yeux. On fait appel à sa mémoire avec une netteté de détails, quand Alep la belle se dressait fièrement comme l'une des dernières grandes cités cosmopolites du Levant.


(Lire aussi : « Ils n'auront aucun problème à refaire un second Grozny »)

 

Saint-Valentin de la mort
Tant de vies ont été fauchées de part et d'autre depuis bientôt quatre ans. Les voiles noirs n'ont été que trop portés. Le 13 février 2016, vers 22h30, un obus atteint l'immeuble d'Élias Abiad, 23 ans, situé à Souleimaniya. Le projectile fauche plusieurs personnes, dont un adolescent de 13 ans, ainsi qu'Élias. Il est parti rejoindre son grand-père, décédé un an plus tôt. Élias aimait le basket et le football. Sa dernière photo sur Facebook le montre sur le point de marquer un but. Les commentaires des copains sont dithyrambiques. Une jeunesse impétueuse qui refuse qu'on lui ôte le peu qui lui reste. Le jour des obsèques d'Élias coïncide tristement avec la Saint-Valentin.

Son ami, Antoine Sakkal, 21 ans, assiste aux funérailles. Ce jeune scout, étudiant en génie électrique à l'Université d'Alep va subir le même sort. Dans la nuit du 14 au 15 février, un obus de même calibre s'abat sur son immeuble, dans le quartier Villat. Ses funérailles se font le 16 février dans la stricte tradition orientale : on célèbre le « mariage » du jeune défunt. Son cercueil blanc est recouvert de plumes, de fleurs bleues et blanches et d'angelots dorés. Antoine ne sera pas conduit dans l'un des cimetières chrétiens de la ville, tous situés en contrebas du quartier Cheikh Maqsoud. Cette zone était, jusqu'à l'an dernier, entre les mains des rebelles. Aujourd'hui, c'est un no man's land, et les familles ne peuvent plus se recueillir sur les tombes. Nul ne sait si elles ont été profanées ou détruites.

Jean, exilé à Beyrouth, avait fait rénover avec son père la sépulture de son grand-père en 2010, en l'entourant de colonnes grecques. « C'était très beau. Le gardien me disait que les gens s'y rendaient spécialement pour l'admirer », confie-t-il. Depuis, il ignore si elle existe encore, mais il indique qu'il rentrera au pays quoi qu'il en soit. « La Syrie survivra et renaîtra de ses cendres », ose-t-il croire.

(Lire aussi : Dans Alep encerclée, "tout le monde a peur")

 

Cimetière provisoire
Les dépouilles mortelles des chrétiens, grecs-catholiques melkites, arméniens, syriaques, assyro-chaldéens et maronites, sont désormais enterrées sur une terre momentanément prêtée par la municipalité, adjacente au couvent des carmélites, dans le quartier d'al-Ghazali. Autre époque, même pratique. Comme dans les cimetières provisoires de Normandie, durant la Seconde Guerre mondiale, les inhumations se font en toute hâte. Une simple pancarte comme épitaphe, posée à même la terre. Le terrain arrive à saturation. Nul ne doute qu'à la fin de la guerre, la question du transfert des défunts se posera.

Tous ceux qui échappent aux griffes de la mort ne pensent qu'à l'exode. C'est un duel constant entre l'attachement à la patrie et la tentation du départ. Les religieux de la ville désespèrent de voir les quartiers chrétiens se vider peu à peu. Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec-melkite catholique d'Alep, exprime son déchirement face aux souffrances de ses fidèles. Le 16 février, lors des funérailles, il était aux côtés des proches du jeune Fouad Banna, 13 ans, disparu tragiquement le même soir qu'Élias.

En ces temps sombres, le prélat en appelle à ses frères en Occident. Et son véritable crève-cœur est de voir son pays se vider de ses chrétiens, ne pouvant plus vivre dans une telle affliction. « Nous essayons de leur donner de l'espoir. Nous retapons leurs maisons endommagées, essayons de leur donner un travail, aidons les enfants à poursuivre leur scolarité, à travers un programme d'aide appelé Bâtir pour rester », confie Mgr Jeanbart. Mais les empêcher de partir est une tâche ardue. Selon lui, certains pays, croyant bien faire, facilitent les départs. En ligne de mire, le Canada qui, en proposant d'accueillir des réfugiés à travers des parrainages entres les églises, déracine inextricablement une communauté présente en Syrie depuis des siècles. « Exiler les chrétiens de la sorte est très grave, poursuit l'archevêque d'Alep. C'est aussi grave que de nous tuer. »


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Alep. Y grandir. Y grandir dans une atmosphère accablante, où les rues pavées de son enfance semblent désormais une cellule. Où une heure d'électricité est célébrée comme une fête. Depuis 2012, l'ancienne capitale syrienne est scindée en deux. Les factions rebelles, à l'est, narguent l'ouest, et n'aspirent qu'à faire tomber la ville pour s'emparer du Nord syrien. De l'autre côté,...
commentaires (3)

Point de New jamborée en vue pour le Râââëh, après sa last tournée et/ou jamborée à TarttoûSS et Laodicée ? Vers Alep en sœur-syrie ? Surely ou maybe(h) ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

15 h 45, le 20 février 2016

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Commentaires (3)

  • Point de New jamborée en vue pour le Râââëh, après sa last tournée et/ou jamborée à TarttoûSS et Laodicée ? Vers Alep en sœur-syrie ? Surely ou maybe(h) ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 45, le 20 février 2016

  • et les Chretiens Libanais que le regime assad n'a pas arrete de bombarder, est-ce que les Chretiens Syrien se sont soucie de leur sort??? est-ce qu'ils ont leve le petit doigt??? Moi ca m'est egal les syriens, tous

    George Khoury

    12 h 01, le 20 février 2016

  • A BIEN MEDITER PAR NOS QUATRE MOUSQUETAIRES DU MALHEUR CHRETIEN... ET SURTOUT PAR LE PATRIARCHE RAI...

    LA LIBRE EXPRESSION

    08 h 10, le 20 février 2016

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