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Culture - Musique / Focus

Ces cinq monstres sacrés que Bowie, de son nuage, ne lâche plus des yeux...

David Bowie et Iggy Pop dans les années 70.

Quarante jours que David Bowie s'en est allé rejoindre les étoiles. À cette occasion, « L'Orient-Le Jour » a voulu rendre hommage, de leur vivant, aux cinq légendes du rock encore en vie, encore productifs, encore épatants, même si beaucoup plus assagis. Des artistes qui ont accompagné, influencé et même vécu avec le défunt Starman. Bien sûr, cette petite liste d'hypertalents est infiniment loin d'être exhaustive, mais elle a été réduite volontairement à ces Cinq (grands), sorte de Conseil de sécurité de ces nations unies de la musique, qui ont entre 69 et 81 ans.

 

Leonard Cohen, Monsieur Suzanne


Cohen+Bowie : pas de photos communes connues, mais une grande admiration réciproque.
Photo Jim Wigler/Archives

 

Né en 1934 à Montréal, capitale du Liban au Canada, Leonard Cohen est le doyen de ce quintette. Il est celui qui a la carrière la plus longue, ayant commencé d'abord dans la poésie au milieu des années 50. Et aussi celui qui est le moins rocker dans l'âme, étant plus tourné vers les tourments intérieurs et les orchestrations simples, assumant totalement ses dépressions chroniques et cumulant sans problème son bouddhisme et son judaïsme. Mais ses chansons et sa personnalité accompagnent les amoureux des mots et de la musique depuis 1967, et son hit Suzanne a marqué le début d'une très longue série de succès. Il est l'un des artistes qui a le plus inspiré ses contemporains, puisque plus de 1 500 reprises ont été tirées de son répertoire. Contrairement à ce que l'on peut penser du ton de ses chansons, Leonard Cohen est un excellent artiste live, il a même chanté sur l'île de Wight à 4h00 du matin après Jimi Hendrix en 1970. Il continue de faire des tournées mondiales, alors qu'il fêtera en 2016 ses 82 ans. Sa longévité artistique est aussi à mettre au crédit de ce manager qui l'a arnaqué de plusieurs millions de dollars et qui ne l'a jamais remboursé malgré les injonctions du tribunal. Comme tout artiste qui se respecte, Leonard Cohen a eu une vie privée bien remplie, les femmes succombant au charme de sa voix grave et de son col de manteau relevé. C'est ainsi que la photographe Dominique Issermann, ou encore Rebecca de Mornay (la « petite amie entreprenante » de Tom Cruise dans Risky Business), ont partagé ses moments de solitude. Cohen est retourné vivre à Montréal, il est grand-père et continue à écrire, enregistrer et tourner.

 

Bob Dylan, increvable


David Bowie et Bob Dylan, Circa 1985. Photo The Life Picture Collection/Getty Images

 

Robert Allen Zimmermann est né le 24 mai 1941 a Duluth, Minnesota, et, comme Leonard Cohen, est toujours actif et productif, ayant sorti son 36e album il y a très exactement un an, appelé Shadows in the Night et composé essentiellement de reprises folk et de ballades, dont une version anglaise des Feuilles Mortes de Prévert et Montand. Évoquer Dylan, c'est évoquer l'artiste le plus engagé du quintette, c'est aussi parler de celui qui tournera le plus ostensiblement le dos à son statut de star et d'icône, c'est, enfin, évoquer le rocker qui a popularisé, voire personnifié, l'usage de l'harmonica. Il a toujours refusé d'assumer les responsabilités du star system pour se consacrer à son art, ses textes, ses combats et ses recherches. Il est l'une des influences majeures et assumées de David Bowie, comme le montre le morceau de 1971, Song for Bob Dylan. Car Dylan ne s'est jamais reposé sur ses lauriers et a toujours cherché à améliorer son art, à le faire évoluer, tout en restant dans un registre pop-folk ultrapopulaire, mais très américain. On ne compte plus ses hits, surtout ceux des années 60, toujours repris en concert par les groupes de rock, tels Like a Rolling Stone, Blowin' in the wind et l'incontournable Knockin' on Heaven's door. Ce dernier morceau est d'ailleurs particulier, car il fait partie de la seule bande originale de film que Dylan ait rédigée, film dans lequel il faisait d'ailleurs une apparition, le western Pat Garrett and Billy The Kid. Le disque, sorti en 2015, est accompagné d'une tournée mondiale, signe que Bob Dylan est toujours là, tel un Mr Tambourine man increvable.

 

Mick Jagger, l'arrière-papy rocker


Le rock roulait à flots entre David Bowie et Mick Jagger.
Vidéo Dancing in the Street

 

Mick Jagger est arrière-grand-père. Il a 73 ans, ça ne constitue donc pas un record, mais il y a très certainement peu de rockers-arrière-grands-pères encore en vie. Surtout après celle qu'il a vécue. Les Rolling Stones ont été créés en 1962 et ont connu leurs premiers succès à partir de 1964. Des succès nés sans doute de l'affirmation du duo de compositeurs surdoués qu'il formait avec Keith Richards, The Glimmer Twins. Son physique, son visage, ses attitudes, ses aptitudes corporelles, tout a concouru à faire de lui une bête de scène provocatrice et efficace. Premier performeur à assumer et à jouer de la dimension sexuelle du chanteur de rock, il ouvrira la voie aux Jim Morrison des Doors ou encore à Iggy Pop, avouant un peu plus tard s'être lui-même inspiré de Tina Turner. Il cultivait avec David Bowie une amitié spéciale sur laquelle un voile pudique a toujours été posé, même si l'ex-épouse de Bowie a révélé avoir retrouvé son mari nu et passablement éméché dans le même lit que Jagger, lui-même dans un état similaire. La légende des deux icônes est ainsi faite de rumeurs et de récits de vies dissolues et des appétits pour tout ce que la vie leur proposait. Mick Jagger a eu une liaison et un enfant (en 1999) avec Luciana Gimenez Morad, mannequin brésilienne d'origine libanaise. Il a été anobli par le prince Charles en 2003.

 

Paul McCartney, un sir en rhodium


David Bowie et Paul McCartney, la noblesse au cœur.
© ADavidson/GoffPhotos.com/Splash/Splash News/Corbis

 

Paul McCartney collectionne les records comme les distinctions. Il est le seul artiste vivant à être possesseur d'un disque de rhodium (200 millions de disques vendus) et il est à la fois officier de la Légion d'honneur française depuis 2012 et chevalier de l'Ordre britannique depuis 1996. Avoir été membre fondateur des Beatles, puis des Wings, et avoir connu autant de succès, apporte forcément son lot de bonnes nouvelles. Et malgré toutes ces récompenses, McCartney est toujours resté un artiste hyperactif : il est devenu au fil des ans beaucoup plus engagé que lors de sa période yé-yé, notamment pour défendre les animaux, interdire les mines antipersonnel et soutenir la méditation transcendantale avec David Lynch. Artistiquement, Paul McCartney continue à écrire et à entretenir une image lisse et positive, mais se permet de prendre plus de risques et tenter des aventures extramusicales, comme celle de l'électro expérimentale sous le nom de The Fireman. Ces dernières années, il n'a jamais eu peur de se frotter aux nouvelles stars et de collaborer avec des artistes n'ayant rien à voir avec sa zone de confort, comme le prouvent les morceaux réalisés avec Kanye West, Rihanna ou encore Lady Gaga. Son nom est porté avec beaucoup de talent par sa fille Stella, devenue figure incontournable de la mode internationale.

 

Iggy Pop, un survivant en dents de scie 


Iggy Pop et David Bowie. Photo archives

 

James Newell Osterberg Jr, né en 1947, est le plus jeunes de ces cinq survivants. Mais il est également celui qui porte le mieux ce titre, tant il aura mis sa vie en danger et son corps à contribution. Son parcours va de celui de parrain du mouvement punk à celui d'acteur principal d'un spot de pub pour un site de vente de particulier à particulier (Le Bon Coin). Entre ces deux extrêmes, Iggy Pop doit tous ses succès, ainsi que le fait d'être encore en vie, à David Bowie. C'est Bowie qui ira littéralement le chercher dans les caniveaux de Los Angeles pour l'emmener dans ses bagages à Berlin. C'est lui qui produira ses deux meilleurs albums solo, et c'est lui encore qui, sachant son ami dans un état catastrophique, fera en sorte qu'il puisse toucher des royalties sur des morceaux écrits ensemble et non encore sortis. Iggy Pop, qui tire son surnom de son premier groupe de rock, The Iguanas, est connu pour ses prestations scéniques extrêmes : c'est lui qui a inventé le stage diving, et c'est également lui qui a popularisé la nudité sur scène, s'inspirant très largement de Mick Jagger, mais repoussant toujours les limites physiques... et celles du bon goût. L'interprète de The passenger, de Lust for Life ou encore du mythique Nightclubbing est un francophile assumé. C'est d'ailleurs en France qu'il réussit à maintenir une certaine aura et à en profiter, au point de sortir un disque entièrement en français et un autre contenant des reprises de La vie en rose, La Javanaise, ou encore Et si tu n'existais pas, chantées bien évidemment par lui, en français.

 

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