Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - France

« À Marseille, on tue. Ici, on mutile... »

À la Seine-Saint-Denis, banlieue située au nord de Paris, les règlements de comptes entre dealers
de drogue ont un nom : « Jambisation. »

Des policiers dans une rue de Tremblay-en France, en Seine-Saint-Denis. Photo AFP/Archives/Thomas Samson

« À Marseille, on tue. Ici, on mutile : une ou plusieurs balles dans les jambes, c'est une particularité locale. » Dans la banlieue nord de Paris, les policiers ont désormais un nom pour désigner les expéditions punitives entre dealers : « Jambisation. »
Quand il a épluché la base de données qui recense les blessés par arme à feu dans le département populaire de Seine-Saint-Denis – 33 en 2015 –, Frédéric Adnet, responsable d'un service de secours d'urgence, est tombé sur du répétitif : « Cuisse, cuisse, jambe, genou – deux impacts –, genou... Le nombre de blessures aux membres inférieurs est frappant. »
Stains, haut lieu du trafic de drogue du département, 30 janvier : en pleine nuit, un tireur cagoulé et ganté tire sur un jeune homme au pied d'un immeuble. Au niveau d'un genou. Cinq jours plus tard, une deuxième victime est atteinte à une cuisse. « Match retour », dira la police. Entre-temps, à Saint-Denis, un troisième homme est touché à un pied par deux projectiles tirés par un agresseur en voiture, en pleine journée. Avec cette fois une victime collatérale : sa fille de 12 ans, légèrement blessée à un coude. Des enquêtes sont en cours. Mais pour un membre de la police, « pas de doute, on est dans une nouvelle série de jambisations après la trêve de l'état d'urgence », instauré après les attentats du 13 novembre à Paris.
« Désormais, en Seine-Saint-Denis, on donne des leçons en mutilant, dit un officier de police. Pourquoi ? En termes d'exemplarité, c'est plus efficace : un mec qui disparaît, au bout de 15 jours, on l'oublie. Alors que celui qui se trimballe dans la cité avec des béquilles ou en fauteuil roulant, c'est autre chose. » Autre hypothèse avancée : « Pour coups et blessures avec armes, les auteurs ne risquent pas les assises (tribunaux jugeant les crimes). Et donc pas de lourdes peines. » Et le fonctionnaire, « sidéré par ces actes punitifs », d'ajouter : « Il y a 10 ans (...) à Stains, les mecs se flinguaient à la pelle. Ça a complètement disparu. »

Casse-tête et omerta
Estimées par une source policière du département à une vingtaine environ en 2015, ces « jambisations » trouvent leur origine dans les « gambizzazioni » italiennes. La « méthode » – le tireur vise les jambes, sans chercher à tuer – était prisée de la mafia, mais aussi des Brigades rouges, pendant les « années de plomb ».
Les séquelles sont souvent irréversibles. « Un fémur éclaté, ça se guérit, mais les victimes boiteront toute leur vie », selon le Dr Adnet. « On a des périodes avec des jambisations à tour de bras. C'est par phases, par lieu, en fonction des logiques de territoires dans le deal, analyse de son côté un policier de Seine-Saint-Denis. Mais c'est à chaque fois le même scénario : la victime ne voit pas du tout ce qui a pu lui arriver, parle d'erreur sur la personne et ne dépose pas plainte. » Un de ses collègues cite le cas d'un gamin jambisé en septembre : « Il était arrivé la même chose cinq mois plus tôt à son frère, mais lui ne voyait pas du tout le rapport. »
Le phénomène a pris une telle ampleur qu'il a été mentionné, en janvier, lors d'une cérémonie judiciaire dans un discours de présentation du département qui comprend 278 cités, dont 44 considérées comme sensibles. Entre-temps, pour les forces de l'ordre, ces jambisations restent un casse-tête : « Pas de victime, pas de témoin, pas d'arme... L'omerta ! »
Sarah BRETHES/AFP

« À Marseille, on tue. Ici, on mutile : une ou plusieurs balles dans les jambes, c'est une particularité locale. » Dans la banlieue nord de Paris, les policiers ont désormais un nom pour désigner les expéditions punitives entre dealers : « Jambisation. »Quand il a épluché la base de données qui recense les blessés par arme à feu dans le département populaire de Seine-Saint-Denis – 33 en 2015 –, Frédéric Adnet, responsable d'un service de secours d'urgence, est tombé sur du répétitif : « Cuisse, cuisse, jambe, genou – deux impacts –, genou... Le nombre de blessures aux membres inférieurs est frappant. »Stains, haut lieu du trafic de drogue du département, 30 janvier : en pleine nuit, un tireur cagoulé et ganté tire sur un jeune homme au pied d'un immeuble. Au niveau d'un genou. Cinq jours plus...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut