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Moyen Orient et Monde

Entre Moscou et Ankara, une dangereuse montée des périls sur le sol syrien

Éclairage
OLJ/Maxime POPOV et Olga ROTENBERG/AFP
17/02/2016

Turcs et Russes se livrent une guerre par procuration en Syrie, les premiers soutenant des groupes rebelles qui combattent l'armée d'Assad appuyée par les seconds. Mais l'escalade verbale des derniers jours suscite des inquiétudes concernant la possibilité d'une confrontation directe entre Moscou et Ankara.
Entre ces deux acteurs de poids dans la crise syrienne, les intérêts divergent depuis longtemps. Ils remontent même au XVIe siècle avec les premières guerres russo-turques. Plus récemment, en 1853, la guerre de Crimée opposait déjà la Russie à l'Empire ottoman, soutenu par les Britanniques et les Français. Comme un avant-goût du scénario du pire qui pourrait se profiler demain.
L'entrée en action fin septembre des bombardiers russes et les tirs de l'artillerie turque ces derniers jours sur des positions kurdes en Syrie ont en effet créé une crise annexe de plus dans la bombe à fragmentation géopolitique que constitue la guerre en Syrie. Sur le terrain, les groupes rebelles notamment soutenus par la Turquie tentent de contenir l'avancée des troupes syriennes appuyées par les avions de chasse russes. Les Russes soutiennent également les kurdes syriens, ennemis jurés des Turcs.
Pour l'heure, la guerre entre Moscou et Ankara a surtout été celle des mots. Dans une diatribe contre le Kremlin, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a ainsi fustigé hier les bombardements « barbares » et « lâches » des avions russes en Syrie, noyant selon lui sous les bombes indistinctement combattants et civils. La veille, il avait déjà accusé la Russie de se comporter « comme une organisation terroriste » et avait promis « une riposte extrêmement résolue » au Kremlin. Parallèlement, Ankara évoque ouvertement la possibilité d'une opération terrestre en Syrie aux côtés de ses alliés, notamment saoudiens, à même de l'amener par le jeu des alliances à une confrontation directe avec les forces russes. Pour sa part, Moscou n'a pas manqué de dénoncer une politique « provocatrice » d'Ankara après le pilonnage par l'artillerie turque de positions kurdes dans la province syrienne stratégique d'Alep.

État kurde en Syrie
La question kurde est l'une des principales pierres d'achoppement en Syrie – au-delà du destin du président Bachar el-Assad – entre les deux pays. Pour la Turquie, il s'agit de contrecarrer toute velléité des Kurdes, qui contrôlent déjà une grande partie du nord de la Syrie, de s'installer durablement à l'ouest du fleuve Euphrate et de parvenir à établir une zone autonome à la frontière turque. Les Kurdes syriens ont su nouer des ententes d'opportunité avec la Russie qui défend désormais contre Ankara leur volonté de participer aux négociations de paix. En février, ils ouvraient d'ailleurs un bureau de représentation à Moscou.
« Nous sommes à la veille d'une confrontation. Pas parce que quelqu'un entend attaquer l'autre, mais parce qu'avec une telle concentration militaire sur le terrain et avec une telle divergence d'intérêts, le hasard joue un grand rôle », résume l'analyste politique Alexandre Konovalov. Pour l'heure, le Kremlin rechigne à évoquer une telle éventualité. « Nos relations traversent une crise profonde », résumait laconiquement hier le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov.
Le climat de confrontation remonte à fin novembre, lorsque des F-16 turcs ont abattu un bombardier russe qui avait, selon Ankara, violé son espace aérien. La réaction de Moscou face à ce « coup de poignard dans le dos » n'avait pas tardé : sanctions économiques suivies du renforcement de l'arsenal militaire russe en Syrie avec notamment le déploiement de systèmes de défense aériennes dernier cri S-400. Dans la foulée, Vladimir Poutine a accusé son homologue turc Recep Tayyip Erdogan d'être impliqué dans la contrebande de pétrole à laquelle se livre l'organisation État islamique (EI) en Syrie.
Entre les deux hommes aux parcours si similaires – longévité au pouvoir, redressement économique et même bilan mitigé en matière de droits de l'homme –, le dialogue a viré à un bras de fer qui inquiète à Washington et Bruxelles. Membre de l'Otan, la Turquie bénéficie de l'assistance des autres membres en cas d'attaque sur son sol. Cette règle, stipulée dans l'article 5 du traité fondateur de l'Alliance, ne concerne théoriquement pas les actions en Syrie, mais la situation actuelle reste potentiellement explosive. « Bien qu'elle soutienne officiellement Ankara, l'Otan tente d'empêcher à tout prix les Turcs de toute action irréfléchie en Syrie », explique l'expert militaire indépendant Alexandre Goltz. Les États-Unis ont ainsi exhorté la Russie et la Turquie à « se parler directement » et « prendre des mesures » pour éviter toute escalade dans le conflit. « Nous pouvons passer à un nouveau niveau, très dangereux : celui de la confrontation armée directe entre pays de la région, a pour sa part averti le secrétaire général de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance regroupant la Russie et d'anciennes républiques soviétiques, Nikolaï Bordiouja, cité par l'agence Interfax. Et les conséquences d'un tel développement sont très difficiles à prévoir. »

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