En attendant le remplacement très délicat du magistrat Antonin Scalia, mort brutalement samedi, la Cour suprême des États-Unis ne compte plus que huit juges pour trancher des questions brûlantes de société.
Décédé à l'âge de 79 ans, M. Scalia était depuis trois décennies le relais le plus fidèle des républicains à la Cour suprême, avec son opposition invariable à l'avortement, à l'union homosexuelle, et sa défense farouche de la peine de mort et de la détention d'armes individuelles. Sa disparition rebat complètement les cartes d'une institution inclinant traditionnellement à droite, avec quatre juges franchement conservateurs – Antonin Scalia, John Roberts, Samuel Alito et Clarence Thomas –, quatre juges progressistes – Ruth Bader Ginsburg, Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Stephen Breyer –, le neuvième juge, Anthony Kennedy, étant un conservateur plus modéré, placé en statut d'arbitre sur les sujets sensibles de société.
En théorie, rien n'interdit à la Cour suprême de siéger à huit juges (cela se passe notamment quand un des sages se met à l'écart en cas de conflit d'intérêt lié à sa carrière passée), mais désormais les risques de blocage à quatre contre quatre sont bien réels. Dans ce cas, le jugement de la juridiction inférieure reste inchangé.
Jamais depuis des années les risques de polarisation n'ont été aussi élevés à Washington alors que, ces prochaines semaines, la plus haute instance judiciaire américaine devait entendre des affaires cruciales, notamment sur des grands projets de la Maison-Blanche. Parmi ceux-ci figure l'examen d'une mesure emblématique du président Obama, protégeant près de cinq millions de clandestins d'une expulsion, thème explosif de la campagne électorale pour sa succession. La Cour suprême devait aussi se pencher début mars sur la question ultrasensible de la légalité des restrictions posées par certains États américains au droit des femmes à se faire avorter. Là aussi, un sujet qui oppose radicalement les candidats démocrates et républicains. Carlos BARRIA/Reuters


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