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Moyen Orient et Monde - Reportage

« Ce sont les idées que le pouvoir égyptien combat, pas le terrorisme »

Les autorités ont intensifié la répression pour tenter de bloquer toute tentative de mobilisation dans le cadre de l'anniversaire de la révolution.

Dans le centre du Caire, seule une douzaine de policiers gardaient la place Tahrir, épicentre de la révolte qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir. C’est en amont que les autorités avaient tout fait pour empêcher tout rassemblement. AFP/Mohammad el-Shahed

Comme tous les après-midi, en sortant du bureau, Ahmad Abdallah va dans un café du centre-ville pour fumer une chicha et travailler sur quelques rapports. La semaine dernière, à son arrivée, le patron, un ami de longue date, lui conseille de ne pas rester : « Trois policiers en civil sont venus ici, ils ont fouillé le café, ils ont posé plein de questions sur toi, ils te cherchent. »
« Quand il m'a dit ça, j'ai pris mes affaires et je suis parti, j'ai abandonné ma puce de téléphone, j'ai quitté ma maison et je ne suis plus retourné au travail », explique Ahmad. Sa voix est hachée par la mauvaise connexion qui brouille le signal Skype, mais, dans les limbes du réseau, on devine se dessiner sur son visage un sourire plein de cynisme et de désespoir. Le rencontrer en personne est impossible. « J'espère pouvoir reprendre une vie normale en février, on verra... » dit-il.


L'homme est bien connu des autorités : activiste de longue date dans différents mouvements libéraux, il est aussi le cofondateur de l'ECRF (Egyptian Coordination for rights and freedoms), une ONG spécialisée dans la défense des droits de l'homme, régulièrement mise à sac par la police. « Ce n'est pas la première fois, assure-t-il. Ils me traquent depuis un moment, surtout depuis que nous avons lancé une campagne pour dénoncer les disparitions forcées. Les médias gouvernementaux publient des tribunes contre moi, on diffuse ma photo à la télévision... C'est effrayant, ils essayent de m'avoir. »

 

( Pour mémoire : Les Égyptiens perdent un morceau de leur héritage révolutionnaire )


Ce lundi a marqué le 5e anniversaire de la révolution en Égypte. Craignant un soulèvement, les autorités ont intensifié la répression pour tenter de colmater toute tentative de mobiliser les foules. Depuis plusieurs jours, les descentes de police sont quotidiennes. Les cibles sont variées et imprévisibles : activistes fichés, administrateurs de pages Facebook dénonçant les exactions du régime militaire, sympathisants Frères musulmans, étudiants étrangers détenteurs d'un visa de tourisme, journalistes, jeunes Égyptiens sans histoire... Plus de 5 000 appartements ont été fouillés et leurs occupants interrogés par « mesures préventives », affirme le gouvernement.


Le cirque sécuritaire s'est étendu jusqu'au sein des mosquées : le ministre des Affaires religieuses a décrété que « les manifestations de rues contrevenaient à la charia car elles font basculer les Égyptiens dans la violence ».
« C'est un signal plutôt clair, note Ahmad Abdallah, qui reprend sa casquette de spécialiste des droits de l'homme. Ce gouvernement assure combattre le terrorisme, mais, lors de ces raids, la police ne cherche pas des bombes, elle cherche des gens. Ce sont les idées que le pouvoir combat, pas le terrorisme. Ils ferment tout l'espace public. »

 

( Dossier : Le printemps arabe, du doux rêve à l’interminable cauchemar )

 

Crise de panique
Les médias étrangers s'offusquent en cette date symbolique, mais la pratique est légion depuis plusieurs années. Depuis 2013, des dizaines de milliers d'opposants politiques ont été arrêtés. L'année dernière, Amnesty International avançait le chiffre de « plus de 41 000 » arrestations. Aujourd'hui, les organisations des droits de l'homme parlent de plus de 60 000 personnes derrière les barreaux. Les hashtags tels que #FreeAlaa ou #FreeMahienour pour demander la libération de figures du militantisme ne sont plus en « Trend Topics » sur Twitter, mais existent toujours.
Plus discrets, pour ne pas dire invisibles, les islamistes sont aussi les premières cibles de cette répression aveugle. On estime à 4 000 le nombre de ceux qui ont « disparu ».
« Les autorités sont en pleine crise de panique, parce qu'elles savent qu'elles gèrent mal le pays. La situation en Égypte est désormais pire que sous Morsi, Tantawi (SCAF) ou Moubarak, explique Ahmad. La population sait que ce sont des loosers qui nous gouvernent par la force, et cette répression est la seule réponse à un soutien populaire en baisse. »


Islam est le fils d'un Frère musulman exilé en Arabie saoudite. S'il affirme n'être qu'un simple sympathisant, ne prenant pas part aux actions de la confrérie, il est régulièrement l'objet d'intimidations de la part des autorités depuis le renversement du président islamiste Mohammad Morsi. Il raconte les raids, les mois en prison, les copains qui se volatilisent... « Ma maison a encore été saccagée il y a 15 jours », souffle-t-il. « Ma mère et ma sœur sont constamment terrifiées (...). Les Frères musulmans doivent vivre cachés, certains ne restent pas plus de deux nuits au même endroit, ils sont traqués », assure-t-il.
Depuis plusieurs mois, leurs adresses mails sont désactivées, leurs téléphones coupés. Islam a deux mobiles, et toutes ses communications téléphoniques sont cryptées. Dans le café où il a donné rendez-vous, il fait remarquer avec humour « la voiture banalisée, stationnée devant, depuis qu'il est arrivé ». Le lendemain de notre rencontre, la police lui a de nouveau rendu visite.


Mais la répression va bien au-delà, et quiconque expose publiquement son soutien aux groupes militants libéraux ou au Frères musulmans risque gros. D'ailleurs, le Conseil des ministres a approuvé la semaine dernière un décret présidentiel visant à criminaliser la possession et la diffusion de « symboles terroristes ». Sont concernés les quatre doigts de Rabaa (symbole du massacre d'août 2012) et le poing levé utilisé par le mouvement du 6-Avril (groupe de jeunes militants parmi les premiers à avoir appelé à renverser le régime de Moubarak en 2011). Les sanctions prévoient des peines de prison ferme et des amendes de 30 000 livres égyptiennes (près de 4 000 dollars).

 

 

Pour mémoire

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Comme tous les après-midi, en sortant du bureau, Ahmad Abdallah va dans un café du centre-ville pour fumer une chicha et travailler sur quelques rapports. La semaine dernière, à son arrivée, le patron, un ami de longue date, lui conseille de ne pas rester : « Trois policiers en civil sont venus ici, ils ont fouillé le café, ils ont posé plein de questions sur toi, ils te...

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« Ce sont les idées que le pouvoir égyptien combat, pas le terrorisme » SI LES IDEES MENENT LE MONDE SELON HEGEL CE SONT LES MITRAILLETTES QUI MENENT GRADUELLEMENT L'EGYPTE VERS L'ETAT ABATTOIR MAIS QU'IMPORTE LE SANG DES MARTYRS POURVU QUE DURE L'IVRESSE DU POUVOIR DES GANGSTERS GALLONNEES AVEC LE MARECHAL ABDELFFATTAH BOKASSA SESSY DADA EN TETE DU SYNDICAT DES BOUCHERS ET DU CRIME D'ETAT ORGANISEE

Henrik Yowakim

01 h 25, le 27 janvier 2016

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Commentaires (2)

  • « Ce sont les idées que le pouvoir égyptien combat, pas le terrorisme » SI LES IDEES MENENT LE MONDE SELON HEGEL CE SONT LES MITRAILLETTES QUI MENENT GRADUELLEMENT L'EGYPTE VERS L'ETAT ABATTOIR MAIS QU'IMPORTE LE SANG DES MARTYRS POURVU QUE DURE L'IVRESSE DU POUVOIR DES GANGSTERS GALLONNEES AVEC LE MARECHAL ABDELFFATTAH BOKASSA SESSY DADA EN TETE DU SYNDICAT DES BOUCHERS ET DU CRIME D'ETAT ORGANISEE

    Henrik Yowakim

    01 h 25, le 27 janvier 2016

  • Dieu comme les régimes militaires sont bêtes et se font détester par leur bêtises Dieu comme les régimes militaires sont bêtes et se font détester par des mesures non-nécessaires !

    Halim Abou Chacra

    12 h 48, le 26 janvier 2016

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