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Moyen Orient et Monde

Le printemps arabe, du doux rêve à l’interminable cauchemar

Cinq ans plus tard...
25/01/2016

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Chronologiquement, l'immolation, le 17 décembre 2010, du jeune vendeur ambulant, Mohammad Bouazizi, symbole de la révolution tunisienne, est considérée comme le déclencheur d'un mouvement de protestation qui va provoquer une onde de choc non seulement en Tunisie, mais dans tout le monde arabe. Toutefois, ce sont les centaines de milliers d'Égyptiens qui ont investi le centre-ville du Caire, le vendredi 25 janvier 2011, appelant au « changement du régime » qui vont marquer les consciences et montrer au monde que les choses bougent dans cette région. Ensuite, de Benghazi en Libye à Deraa en Syrie, en passant par Sanaa, Amman, ou Manama, les contestations populaires se sont succédé sans se ressembler.

En effet, cinq ans plus tard, le résultat de ce que l'on a appelé le printemps arabe diffère radicalement d'un pays à un autre. En Tunisie, le départ de Zine el-Abidine Ben Ali ouvre la voie à un changement de régime, inaugurant tant bien que mal une nouvelle ère, malgré la persistance des problèmes socio-économiques et des conflits politiques entre islamistes et laïcs.

En Libye, l'intervention militaire occidentale a permis de balayer Mouammar Kadhafi. Toutefois, le pays est désormais plongé dans un chaos inextricable, entre lutte politique interne et menace jihadiste, qui gangrènent un pays qui risque désormais l'éclatement.

Au Yémen, les manifestations populaires ont réussi à chasser du pouvoir Ali Abdallah Saleh. Mais cinq ans plus tard, le pays est déchiré par une guerre entre les rebelles chiites houthis, appuyés par l'Iran, et le nouveau pouvoir du président Hadi, soutenu par l'Arabie saoudite qui a déclenché l'opération « Tempête de la fermeté », entraînant une véritable guerre de procuration.

En Égypte, la démission du raïs Hosni Moubarak, sacrifié par l'armée, a permis l'arrivée au pouvoir de Mohammad Morsi, au cours des premières élections libres de l'histoire du pays. Le candidat des Frères musulmans a toutefois été destitué en 2013 par le maréchal Abdel-Fattah al-Sissi. Depuis, le nouveau pharaon d'Égypte a répété et amplifié le modèle conçu par ses prédécesseurs pour s'accaparer le pouvoir et faire taire toutes formes de contestation.

En Syrie, les protestations pacifiques qui ont éclaté au début de la révolte le 15 mars 2011 se sont transformées en une guerre civile féroce, le président Bachar el-Assad ayant réussi à rester au pouvoir grâce à l'appui inconditionnel des Iraniens, notamment via le Hezbollah libanais, et des Russes qui se sont investis militairement face aux rebelles appuyés par l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Entre-temps, un troisième acteur – et quel acteur... – est venu s'ajouter à la donne : l'organisation de l'État islamique, qui règne sur presque la moitié du territoire syrien.

À cela, il faut ajouter la révolte au Bahreïn, écrasée par l'Arabie saoudite, mais aussi les quelques manifestations en Algérie, au Maroc ou en Jordanie, qui ont été rapidement amadouées par une série de réformes économiques sans grande envergure. Ainsi, cinq ans plus tard, l'enthousiasme et les espoirs engendrés par les contestations populaires contre l'injustice sociale et la dictature semblent se transformer dans le meilleur des cas en désillusion totale, dans le pire en un vrai cauchemar.


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Syrie
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Tunisie
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Égypte
La victoire de la contre-révolution
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Libye
Après Kadhafi, l'absolu chaos...
par Samia MEDAWAR

Libye, janvier 2016. Cinq ans après la révolte qui a conduit à la chute de Mouammar Kadhafi, toujours rien. Pire encore : saisissant une occasion inespérée, l'État islamique (EI) y a allègrement planté son drapeau ; deux Parlements distincts et rivaux gouvernent chacun, jusqu'à nouvel ordre, une partie du pays, certaines régions sont quasiment livrées à elles-mêmes, etc... Lire la suite


Dans le reste du monde arabe...
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Dès le début du mois de janvier 2011, des milliers de Jordaniens sont dans la rue, demandant la démission du gouvernement du premier ministre Samir Rifaï. Durant les premiers mois, le roi Abdallah II n'est pas directement mis en cause. Personnalité respectée, c'est surtout la classe dirigeante qui est pointée du doigt... Lire la suite

 

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Bery tus

le pb avec ces situations c'est qu'évidemment les arabes ont tellement fait confiance au pays occidentaux y compris la russie que cela leur retombe sur la gueule comme d'hab ...

et ici je demanderai a qlq personnes d'enumerer une seule juste une seule fois ou l'arabie saoudite a demander au libanais de faire la guerre afin de proteger son petrole (tout comme la fait l'iran avec le hezb en 2006 pour proteger ses recherches sur le nucleaire et afin d'avoir un levier de pression pour les négociations !!

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