Ce sont toujours les mêmes politiciens décadents, anciens chefs de milice, qui sont réélus, renouvelant leurs mandats depuis des siècles. Un pays morcelé en ghettos sous le patronage du « Zaim », voire une filiation politique qui risque de s'éterniser avec le temps, au discours moralisateur ressassé à l'infini.
Une rhétorique bien maîtrisée, un para-verbal assez impressionnant, voilà de quoi jeter la poudre aux yeux. Corruption, vol, complots, sabotage, un ébranlement des valeurs, un asservissement total au chef, au parti, et à la religion. Chacun protège son escorte et son territoire. Même les déchets ont fini par avoir une appartenance politique et régionale ! Peu importe les poubelles et les maladies, on s'y habitue et on s'adapte, on prend même des selfies pour commémorer l'évènement. L'essentiel c'est que le « Zaim » aille bien et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un jour, tout ira bien ! Soyons optimistes !
Comment décrire cet état comateux profond, cette « léthargie » dans laquelle nous vivons ? On a besoin d'un sursaut, d'un ébranlement total qui viendra éveiller les consciences. Agir ? Se mobiliser ? Deux mots qui ont presque disparu de la mémoire collective, des mots barbares, voire même rébarbatifs. Nous sommes malheureusement des moutons de Panurge aveuglément manipulés. Nos idoles sont « sacro-saintes » et nous en sommes les ardents défenseurs. La providence du chef veille sur tout le monde. Il nous conduit par la main, il nous commande. Des politiciens caméléons, qui changent de peau et des partisans tributaires. Prendre le risque d'agir, de protester ou même manifester, c'est commettre le péché mortel ! Vous seriez accusé de tous les vices du monde et rejeté par l'histoire : traitre, espion, prosyrien, prosioniste, procommuniste, etc.
Pour dédramatiser la situation, on a fini par admettre qu'on est le bouc émissaire de la région et on ne se lasserait pas de trouver des prétextes. On accuse la Syrie, l'Iran, les États-Unis et l'Arabie saoudite de tous les maux de la terre. Plus tard, ça serait la faute aux Indiens, aux Chinois ou aux Hindous. À mon avis, les « bonnes gens » qui voient que la situation pourrait être pire, croyant au miracle pétrolier qui relancera l'économie du pays, ressemblent aux enfants qui continuent a croire à l'histoire du père Noël ou à la légende de Superman. Certains d'entre eux ont perdu l'espoir dans les légendes, ils ont fini par céder aux voyants et aux divinateurs.
Heureux les bonnes gens qui y croient, la superstition est notre seul antidote.
Nos lecteurs ont la parole - Léna Hobeika
Léthargie officielle quand tu nous tiens...
OLJ / le 20 janvier 2016 à 00h00

