Fayez el-Sarraj, nouveau chef du gouvernement libyen, le 8 janvier 2016 lors d’une conférence de presse à Tunis. Fethi Belaid/AFP
Un gouvernement d'union nationale a été formé hier en Libye, une étape prévue par l'accord parrainé par l'Onu qui constitue un timide premier pas vers une solution politique à la crise traversée par ce pays divisé, où la menace jihadiste est grandissante. 32 ministres représentant les différentes parties et régions composent ce gouvernement d'union dirigé par l'homme d'affaires tripolitain Fayez el-Sarraj. Ils ont été nommés par le Conseil présidentiel, une instance présidée par M. Sarraj, quinquagénaire originaire de Tripoli, également membre de la Chambre des représentants.
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Diplômé en gestion des affaires et en architecture, il a été membre de l'Autorité préparatoire pour le dialogue qui a tenté de rassembler les différents acteurs de la société en vue de mettre fin à la crise. Il se trouve actuellement à l'étranger. Les portefeuilles ont été répartis selon les trois régions libyennes : neuf pour l'Ouest (Tripolitaine), huit pour l'Est (Cyrénaïque) et sept pour le Sud (Fezzan). L'annonce de sa formation était attendue dimanche, mais des divergences ont ralenti le processus, notamment au sujet du « partage géographique » des portefeuilles. La répartition des ministères régaliens a traditionnellement suscité des frictions entre les trois régions. Deux membres du Conseil présidentiel se sont ainsi abstenus d'approuver ce gouvernement, invoquant « des divergences au sujet de la répartition des ministères », selon l'un d'eux Ali el-Gatrani. Le portefeuille de la Défense a été confié à el-Mahdi el-Barghathi (Est), l'Intérieur à el-Aref el-Khoja (Ouest), la Justice à Abdel Salam Genedi (Sud) et les Affaires étrangères à Marwan Abousrewil (Ouest). Une seule femme – à la Culture – fait partie de ce gouvernement et le controversé général Khalifa Haftar, commandant des forces loyales au pouvoir reconnu internationalement, n'y figure pas. « Si Haftar ne soutient pas ce nouveau gouvernement, ce qui devrait être le cas vu le nom du ministre de la Défense (NDLR : rival de Haftar), alors je vois mal le président de ce Parlement prêter son concours à une approbation rapide », assure Mattia Toaldo, chercheur au European Council on Foreign Relations.
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Soutien pressant de l'UE
Pour que ce nouveau cabinet devienne opérationnel, il doit en effet être approuvé par une majorité des deux tiers de ce Parlement dans les dix jours. L'émissaire de l'Onu pour la Libye, Martin Kobler, a toutefois exhorté hier la Chambre des représentants, le Parlement reconnu par la communauté internationale qui siège dans l'est du pays, à « se réunir rapidement pour approuver » le gouvernement d'union. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a elle aussi appelé à agir rapidement car « seul un gouvernement libyen unifié, soutenu par tous les citoyens, sera capable d'en finir avec les divisions politiques, de vaincre le terrorisme et de gérer les défis sécuritaires, humanitaires et économiques » du pays. « Nous sommes face à une opportunité réelle de stabiliser le pays, il faut que tous s'en emparent », a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, dont le pays est très impliqué dans le dossier libyen. « La situation en Libye demande à être stabilisée », a également estimé le chef de la diplomatie française Laurent Fabius en saluant le nouveau gouvernement.
La Libye est plongée dans le chaos et livrée à des groupes armés depuis la chute de Mouammar Khadafi en 2011, et les deux autorités s'y disputent le pouvoir depuis la prise de la capitale Tripoli par des milices en partie islamistes à l'été 2014. La mise en place d'un gouvernement d'union est ardemment soutenue par les Occidentaux qui souhaitent voir s'installer une autorité à même de lutter contre le groupe État islamique (EI). Ce dernier n'a cessé de renforcer sa présence ces derniers mois en Libye où il compte environ 3 000 combattants, selon Paris.
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