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Nos lecteurs ont la parole - Maria Homsy

Emplois de rêve et rêves d’emploi

Il y a belle lurette qu'on l'a compris ; au Liban, le marché du travail n'est pas des plus favorables. À la sortie de l'école, les jeunes pleins d'ambition se jettent dans des domaines passionnants tels que l'ingénierie, les arts, les humanités et pleins d'autres qui accélèrent le rythme du cœur de par leur simple titre. Études finies et diplôme en main, voilà de brillants esprits lancés dans le monde sérieux du travail ; autrement dit, les voilà assis sur le canapé de maman et papa à se morfondre pour avoir choisi une spécialisation qui n'embauche pas. Eh oui, tout n'a pas l'odeur fraîche du cèdre dans ce petit pays cosmopolite perdu au milieu d'une région de conflits permanents! Ça sent fort le roussi et seulement deux solutions s'offrent à ces jeunes déjà désillusionnés: partir à l'étranger et tout laisser derrière eux, ou rester et entreprendre mille et une manœuvres pour être recrutés dans des domaines à des lieues de ceux dont ils rêvaient ne serait-ce que quelques années auparavant! Le master en géologie sert au secrétariat, le doctorat en biochimie fait office de décoration murale, et voilà quelques émigrés arabophones se débrouillant tant bien que mal à formuler des phrases en allemand ou japonais car, au Liban, leur boulot, il n'y en a pas.
En revanche, il faut aussi parler des moments où le jeune diplômé trouve son bonheur dans telle ou telle entreprise et est embauché tout frais à la sortie de l'université. Ah, comme c'est joli, l'espoir encore intact de pouvoir accomplir tout ce que nos professeurs et Internet ont décrit, d'être enfin en position de décider et d'agir. Hélas, ce n'est pas toujours rose quand on est employé dans un pays tel que le nôtre ;
l'ancien adage « laisse ton boulanger s'occuper de ton pain » n'a jamais bien collé aux tympans de certains. Voilà monsieur marketing qui fourre son nez dans les affaires du designer, madame «j'ai un master en droit» qui donne son avis sur le plan de l'ingénieur en mécanique... Chacun est homme à tout faire ici, et qu'on ne s'avise pas de détromper les assaillants !
Et que dire de ces rêves qui, une fois entamés, arrêtent en plein élan leur course vers la ligne d'arrivée? On est embauché, on se tait, même si le boulot n'est pas à la hauteur de nos attentes, même si on n'aime plus ce que l'on fait, nous voilà pris à corps défendant dans les filets des nombreuses dettes accumulées en l'espace de quelques petites années, incapables d'envisager les décisions que notre cœur nous supplie de prendre. Pour aller à l'université ou au travail, il faut une voiture car, chez nous, le transport public n'est pas une option; des sièges déchirés à l'odeur nauséabonde des fumées d'échappement noires, se taper une heure de route à l'aller seul, coincé dans l'interminable queue-leu-leu d'automobiles ne servant qu'un passager à la fois, est acceptable.
«Papa, pourquoi tout le monde quitte le Liban?»
«Ça, mon garçon, tu le sauras quand tu seras grand – d'ici là, papa et maman te gardent le canapé bien chaud.»

Maria HOMSY

Il y a belle lurette qu'on l'a compris ; au Liban, le marché du travail n'est pas des plus favorables. À la sortie de l'école, les jeunes pleins d'ambition se jettent dans des domaines passionnants tels que l'ingénierie, les arts, les humanités et pleins d'autres qui accélèrent le rythme du cœur de par leur simple titre. Études finies et diplôme en main, voilà de brillants esprits lancés dans le monde sérieux du travail ; autrement dit, les voilà assis sur le canapé de maman et papa à se morfondre pour avoir choisi une spécialisation qui n'embauche pas. Eh oui, tout n'a pas l'odeur fraîche du cèdre dans ce petit pays cosmopolite perdu au milieu d'une région de conflits permanents! Ça sent fort le roussi et seulement deux solutions s'offrent à ces jeunes déjà désillusionnés: partir à l'étranger et tout laisser...
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