Nabil de Freige, prononçant son allocution, hier, au colloque de la Ligue maronite. Photo Sami Ayad
« L'absence du concept de citoyenneté est la cause de tous nos maux et la cause principale de l'effondrement de nos institutions », a affirmé hier le ministre d'État pour la Réforme administrative Nabil de Freige, qui représentait le Premier ministre Tammam Salam à l'ouverture d'un colloque sur l'administration publique organisé par la Ligue maronite en coopération avec la Fondation Konrad Adenauer.
Organisé sur deux jours, et présenté par Joseph Kossayfi, l'ambitieux colloque a pour thème Administration publique et intégration nationale, partenariat et modernisation. Un thème développé tour à tout hier par le président de la Ligue Samir Abillama, le président du conseil exécutif de la Ligue, Ibrahim Jabbour, le recteur de l'Université La Sagesse, le P. Khalil Chalfoun, un responsable de la Fondation Konrad Adenauer, le président de l'association Labora, le P. Tony Khadra, le ministre Nabil de Freige, et enfin l'ancien président de la Chambre, Hussein Husseini.
C'est le président de la Ligue maronite, Samir Abillama, qui a fait entendre le « la » du colloque en citant le commandant Charles de Gaulle, assistant le 3 juillet 1930 à une cérémonie de remise de diplômes à l'Université Saint-Joseph, et exhortant les étudiants à développer le sens de l'allégeance à l'État, surtout au sein de la fonction publique, avant l'allégeance à la communauté, au parti ou à un quelconque intérêt personnel.
« À ce jour, a-t-il dit, cet appel, auquel se sont ajoutés nombre d'autres, est resté sans écho. L'administration centrale avec ses organismes, ses structures et la plupart de ses cadres est réfractaire à la réforme souhaitée. Et aucune lueur d'espoir de réforme ne peut se manifester en l'absence de fonctionnaires compétents qui placeraient l'intérêt général avant les intérêts particuliers. »
Pour sa part, le P. Tony Khadra a proposé que la question de la fonction publique et de l'insertion des Libanais dans ces structures figure à l'ordre du jour du dialogue national. Le dignitaire religieux a souligné que l'une des causes de « l'instabilité au sein de la fonction publique "et" de l'aversion que ressentent à son égard beaucoup de Libanais » est le fait que 70 % de ces fonctions se font sur base contractuelle et présentation de facture.
L'unité dans la diversité
De son côté, M. de Freige devait insister sur le rôle intégrateur de l'administration publique, dans la mesure où il s'agit de l'un des espaces principaux de brassage intercommunautaire au Liban. L'accès impartial à la fonction publique, a-t-il fait valoir en substance, consacre l'importance de la diversité et manifeste en même temps celui de l'unité dans cette diversité. Mais cela, a-t-il ajouté, ne peut se faire qu'à une seule condition : la compétence. L'équilibre communautaire au sein de l'administration doit être pondéré par celui de la compétence.
Mais pour que cette révolution se fasse, a-t-il noté, c'est d'un « changement de mentalité » que le Liban a besoin. Un changement qui commencerait à la maternelle. Ce qui, en un sens, souligne l'importance d'une éducation nationale cohérente.
« Sans un sens de la citoyenneté c'est l'effondrement certain de nos institutions et de notre conduite publique qui nous attend », a-t-il résumé, avant de préconiser le renforcement de la direction des ressources humaines au sein du secteur public, la simplification des formalités pour lutter contre la bureaucratie et « combler le fossé qui sépare l'administration du citoyen ».
M. de Freige devait attirer l'attention de présents sur l'inefficacité administrative, qu'il décrit comme une forme de gaspillage ou même de dilapidation de temps et de fonds.
Pour sa part, l'intervention de M. Husseini s'est développée autour du thème du « partenariat » entre les Libanais au sein de la fonction publique : un partenariat à deux dimensions, de communauté à communauté et de citoyen à citoyen.

