Les banques suisses, spécialisées dans la gestion de fortune, veulent un accès au marché sans entraves dans les pays de l'UE, après l'abandon de leur secret bancaire, sous la pression de la communauté internationale.
L'accès au marché doit être une contrepartie pour l'entrée en vigueur de l'échange automatique d'informations, qui signifie concrètement la fin du secret bancaire pour les non-résidents en Suisse, ont indiqué hier à Berne les responsables de 2 associations de banques suisses, l'ABPS (Association de banques privées suisses) et l'ABG (Association de banques suisses de gestion).
Les deux associations représentent 37 banques, gérant 1 600 milliards de francs suisses (1 596 milliards de dollars) et employant 20 000 personnes, a déclaré Boris Collardi, président de l'ABG et par ailleurs directeur général de la banque Julius Baer.
Quelque 40 % des fonds gérés par les banques suisses appartiennent à des ressortissants de l'UE, et il est « essentiel » que le secteur, qui se considère comme une industrie d'exportation, puisse travailler « sans entraves, en particulier vers les pays de l'UE ».
Les banques suisses veulent concrètement aller désormais rechercher activement des clients sur les marchés européens, pour les convaincre de leur confier la gestion de leur argent, car ces derniers ne viendront plus les voir spontanément après la fin du secret bancaire. « Notre secteur a vécu un changement de paradigme radical avec l'abolition du secret bancaire et l'introduction de l'échange automatique de renseignements (EAR) en lien avec la clientèle étrangère », a ajouté M. Collardi. « Nous ne pouvons plus nous contenter d'attendre que les clients étrangers contactent de leur propre initiative une banque suisse pour lui demander des prestations », il « s'agit d'aller activement à la rencontre des clients », mais « actuellement, les législations en vigueur dans la plupart des pays de l'UE n'offrent pas vraiment cette possibilité », a souligné le banquier qui craint même la mise en place de nouvelles barrières protectionnistes. « Une telle évolution aurait des conséquences fatales pour notre secteur », a-t-il averti.
Pour éviter une telle situation, les banques suisses veulent que Berne « essaye de conclure autant d'accords bilatéraux que possible avec les pays européens d'importance stratégique ». Un accord en ce sens a été signé récemment avec l'Allemagne. Des discussions similaires sont en cours avec les Pays-Bas, l'Espagne et l'Italie.
Les banquiers suisses souhaiteraient aussi à long terme un accord global sur les services financiers avec l'UE. « Un tel traité ne doit cependant pas être ratifié à n'importe quel prix, mais dans l'intérêt mutuel des parties », ont-ils averti.
La Suisse est la principale place de gestion de fortune transfrontalière au monde, avec une part de marché de 25 %. La Suisse est suivie par Hong Kong et Singapour (13 %), les îles anglo-normandes et Dublin, les Caraïbes et Panama, la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Luxembourg. La gestion de fortune transfrontalière (offshore) représente un volume de 13 000 milliards de dollars.
La Suisse devrait abandonner le secret bancaire sur les comptes détenus par des ressortissants européens non résidents dans moins d'un an, au 1er janvier 2017, après un accord conclu avec l'UE le 27 mai 2015.
(Source : AFP)
Économie - Patrimoine
Les banques privées suisses veulent accéder aux marchés de l’UE
OLJ / le 15 janvier 2016 à 00h00


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