Avec le limogeage de Jérôme Valcke, c’est une autre page de l’histoire de la Fifa qui s’est tournée avec fracas hier. Toutefois, les soucis avec la justice de l’ex-secrétaire général de l’instance suprême du foot ne sont pas terminés : il doit encore répondre dans plusieurs dossiers le concernant. Sébastien Bozon/AFP
À un mois et demi de l'élection du nouveau président de la Fifa, les têtes continuent de tomber : le n° 2 Jérôme Valcke a été limogé hier, après avoir été mis en cause dans une revente de billets du Mondial 2014, énième volet de la plus grave crise de l'instance suprême du ballon rond. C'est par une décision d'un comité d'urgence que le contrat de travail liant la Fifa à Jérôme Valcke, 55 ans et bras droit de Joseph Blatter depuis 2007, a été rompu. « Jérôme Valcke est fier de tout ce qui a été accompli sous son long mandat de secrétaire général, dont deux Coupes du monde parmi les plus réussies dans l'histoire, en Afrique du Sud et au Brésil. Il reste confiant, il lui sera donné raison et l'histoire reconnaîtra toutes ses contributions au sport qu'il aime », a commenté son avocat américain Barry Berke dans un communiqué.
En moins d'un mois, le sommet du foot mondial a en tout cas perdu ses trois personnages les plus puissants, puisque le 21 décembre, Sepp Blatter, président démissionnaire de la Fifa, et Michel Platini, président de l'UEFA, ont été suspendus pour 8 ans de toute activité liée au football. Blatter (79 ans) et Platini (60 ans) ont été sanctionnés par la justice interne de la Fifa pour le fameux paiement controversé de 1,8 million d'euros du premier au second, sans contrat écrit. Les juges de la Fifa y ont vu principalement un « abus de position » et un « conflit d'intérêts ». Platini, comme Blatter, avance un contrat oral, type d'engagement accepté en Suisse.
Néanmoins, Platini a renoncé à se présenter à la présidentielle de la Fifa, programmée le 26 février à Zurich, n'ayant plus le temps d'épuiser les voies de recours pour tenter de lever une suspension qu'il conteste. Il n'y a plus que cinq candidats en lice : l'ancien membre de la Fifa Jérôme Champagne, le secrétaire général de l'UEFA Gianni Infantino, l'homme d'affaires sud-africain Tokyo Sexwale, le prince jordanien Ali ben al-Hussein et le président bahreïni de la Confédération asiatique, cheikh Salmane ben Ibrahim al-Khalifa.
Image souillée
Quel que soit l'élu des 209 fédérations membres, le nouveau patron du foot mondial devra tenter de restaurer l'image souillée d'une institution dont le nom est désormais lié aux mots corruption, affaires, scandales et vagues d'arrestations de hauts dignitaires depuis fin mai 2015.
Avec le limogeage de Valcke, c'est une autre page de l'histoire de la Fifa qui se tourne avec fracas. Son parcours est digne d'un roman. L'homme de haute stature aux lunettes rectangulaires avait rejoint la Fifa en juin 2003 en tant que directeur marketing.
Mais au cœur d'un litige – qui coûtera 90 millions de dollars à la Fifa – entre deux sponsors de la maison mère du foot mondial, MasterCard et Visa, il sera renvoyé fin 2006 par Blatter. Six mois plus tard, en juin 2007, Blatter le reprend et lui offre une belle promotion au rang de n° 2.
Ancien journaliste de Canal+, Valcke est cette fois évincé à la suite d'accusations des médias britanniques concernant un système qui lui aurait permis de recevoir des commissions dans le cadre d'une opération de revente sur le marché noir de milliers de places lors de la dernière Coupe du monde au Brésil.
Déjà relevé de ses fonctions « jusqu'à nouvel ordre » le 17 septembre, Valcke risque de ne plus pouvoir travailler en relation avec le monde du foot pendant 9 ans, peine requise par la justice interne de la Fifa dans une procédure qui se poursuit indépendamment de son limogeage. Valcke, via ses avocats américains, a toujours nié depuis mi-septembre des « allégations fabriquées et outrageuses ».
Le Français avait déjà été mis en cause par la presse en juin dans un transfert de 10 millions de dollars de l'Afrique du Sud vers un compte du trouble Jack Warner, un des anciens vice-présidents de la Fifa désormais radié à vie. Valcke avait également nié toute malversation.
La chambre d'instruction de la Commission d'éthique, soit la justice interne de la Fifa, s'est aussi intéressée aux nombreux déplacements en jet privé de son ex-secrétaire général, selon une source proche de la Fifa. La Fédération internationale, sur demande de la justice suisse, a aussi transmis les courriers électroniques de Valcke au bureau du procureur général suisse.
(Source : AFP)
Maradona et les « deux voleurs »
Diego Maradona s'est fait photographier vêtu d'un tee-shirt illustré d'un portrait mêlant Joseph Blatter et Michel Platini surmonté de l'inscription « Two thieves » (deux voleurs), cliché publié mardi sur les réseaux sociaux. Sur la photo prise par le journaliste argentin Daniel Arcucci (https://www.instagram.com/p/BAcmpxsC0Hn/) qui l'a rencontré à Dubaï, la légende du foot argentin arbore fièrement ce tee-shirt bleu ciel et commente, selon Arcucci : « Cela fait 25 ans que je vous le dis. Mais moi je ne suis pas un voleur. Blatter a fait beaucoup de mal au foot et avec Platini ils ont créé une comédie. Ils font semblant d'être séparés, un à la Fifa et l'autre à l'UEFA, alors qu'en fait ils ont toujours été l'un à côté de l'autre. »
Ribéry se réjouit de l'arrivée d'Ancelotti au Bayern
Franck Ribéry, qui prépare son retour à la compétition, a salué, dans une interview publiée hier, l'arrivée de Carlo Ancelotti à la place de Pep Guardiola sur le banc du Bayern à la fin de la saison.
« Je pense qu'Ancelotti est génial en tant qu'entraîneur et en tant que personne, a déclaré Ribéry au magazine allemand Sport Bild. Nous nous sommes déjà rencontrés sans pour autant avoir énormément échangé. Mais j'ai souvent entendu dire qu'il a un très bon contact avec ses joueurs.
C'est exactement le genre d'entraîneur qui me convient. » En 2009, l'entraîneur italien, qui dirigeait alors Chelsea, avait voulu engager le milieu de terrain français, proposant jusqu'à 80 millions d'euros. « Cela montre qu'il m'apprécie en tant que joueur. C'est super », s'est félicité Ribéry. Il explique sa relation compliquée avec Pep Guardiola par ses nombreuses blessures.
« C'est normal que nous ayons moins été en contact », a-t-il affirmé. « C'est quelque chose de complètement différent, que tu sois tous les jours sur le terrain et dans les vestiaires avec le coach ou que tu ne le sois pas. Pep aussi a été triste. Il n'y a pas de problème entre nous », a rassuré le Français. Ribéry soigne actuellement une blessure à une cuisse, contractée début décembre peu après son retour après neuf mois d'indisponibilité en raison d'une cheville récalcitrante.
« Ma cuisse va bien. Je peux à nouveau courir sans douleur. Je ne suis pas à 100 %, mais tout se remet au fur et à mesure », a-t-il précisé dans son interview.
Rummenigge évoque une Superligue européenne
Le patron du Bayern Munich, Karl-Heinz Rummenigge, a évoqué, lors d'un colloque mardi sur le fair-play financier à Milan, la possibilité de voir à l'avenir « un championnat européen » avec « une vingtaine d'équipes des grands championnats », ont rapporté hier les médias italiens. « Il ne faut pas exclure que, dans le futur, on puisse créer un championnat européen avec les grands clubs d'Italie, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Espagne et de France, sous l'égide de l'UEFA ou d'une organisation privée », a déclaré Rummenigge lors de ce colloque. « Il s'agirait d'une compétition avec une vingtaine d'équipes et peut-être que l'on pourrait jouer quelques matches en Amérique et en Asie », a ajouté le dirigeant allemand, qui est également président de l'ECA, l'association européenne des clubs. Selon Rummenigge, « les meilleures équipes deviennent de plus en plus fortes par rapport aux autres dans les grands championnats et un autre championnat est déjà de fait en train de naître au-delà de la Ligue des champions ». L'hypothèse avancée par Rummenigge rappelle les projets récurrents de Superligue, tournoi concurrent des compétitions de l'UEFA, portés par certains clubs européens, notamment au début des années 2000 à l'époque du G14, qui regroupait plusieurs grands clubs. Rummenigge a reçu le soutien d'Andrea Agnelli, président de la Juventus Turin et lui aussi membre de l'ECA, qui a jugé insuffisantes les retombées financières de la Ligue des champions.

