La mannequin Hayett Belarbi McCarthy en cape Burberry AH16 présentant son hommage à Bowie.
Lancée le 8 janvier, la Semaine londonienne de la mode masculine pour l'automne-hiver 2016-2017 s'est clôturée lundi 11 janvier, endeuillée par la disparition, le 10, de David Bowie. Légende du rock, Bowie était également un « roi du style » (Elle), qui multipliait les collaborations avec les grands créateurs, notamment Alexander McQueen et Paul Smith.
Non loin de cinquante jeunes pousses, portées par le British Fashion Council, donnaient à cette présentation, selon la tradition londonienne, un aspect davantage expérimental que commercial. Mais la capitale britannique, foyer historique du « grand genre » et du tayloring masculin avec sa célébrissime Savile Row, n'a pas laissé en reste ses faiseurs et bottiers au savoir-faire légendaire. Aussi, accueillait-elle, au milieu des délires des jeunes créateurs, à la fois des grands noms de l'industrie tels que Barbour, Burberry, Alexander McQueen et Dunhill, et des institutions telles que Hardy Amies et Gieves & Hawkes, ainsi que John Lobb.
Barbour
Historiquement spécialisée, au même titre que Burberry, dans le vêtement de plein air, la maison Barbour (J. Barbour and Sons, 1894) accueillait ses invités sous la voûte élégante de l'Église suisse de Londres. Un bruitage de vagues remplaçait la musique et un projecteur balayait le podium, plongé dans l'obscurité, à la manière d'un phare. En une invitation au voyage sur les côtes britanniques, la marque proposait une garde-robe tout-terrain, entre doudounes amples, rehaussées de doublures tartan, pulls chinés, pantalons ajustés et boots en cuir. Des zips waterproof et des coupes contemporaines sont paradoxalement puisés dans les archives de Barbour dont l'ADN extrême est lié à l'innovation.
Nasir Mazhar
Ce jeune créateur britannique d'origine turco-chypriote a fait son apprentissage chez le coiffeur Vidal Sassoon, se spécialisant dans le couvre-chef (c'est lui qui signait les chapeaux vus à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres en 2012), avant de lancer en 2013 sa première collection de prêt-à-porter hommes et femmes. C'est dans le cadre néogothique de la Victoria House qu'il présentait, pour l'hiver prochain, sa nouvelle ligne masculine. Si le noir domine, sur fond de musique électro-pop, c'est que Mazhar imagine « un peuple d'individus unis par les ténèbres ». La pièce maîtresse de son vestiaire avant-gardiste, déroutant et provocateur, est une combinaison futuriste qui rappelle le Dark Vador de Star Wars.
Sibling
Toujours à la Victoria House, le duo de créateurs Sibling a présenté une collection audacieuse inspirée de la boxe, tout en jouant, paradoxalement, sur la part féminine du guerrier. Sur un remix du tube de Queen Another One Bites the Dust, le duo britannique fait défiler des mannequins revêtus d'épais manteaux de laine à capuches, ornés de médailles à la manière des peignoirs de boxeurs ou habillés de longues jupes portefeuilles également décorées de médailles. Les imprimés de style graffiti s'inspirent des œuvres de Jean-Michel Basquiat.
J.W. Anderson
Directeur artistique de la marque de maroquinerie espagnole Loewe, Jonathan Anderson, à 31 ans double lauréat du British Fashion Award 2015 (collections hommes et femmes), présentait sa collection dans un bâtiment militaire déjà pris d'assaut par la foule bien avant le défilé. Ce nouveau Wonder Boy a voulu raconter une histoire urbaine, partant de l'idée qu'avec l'accès ouvert à l'information et le raccourcissement des distances « nous vivons nos vies en passant d'une chose à l'autre, d'une discothèque à une banque, à un jardin japonais ». Aussi transporte-t-il ses modèles dans une atmosphère onirique où l'escargot, symbole androgyne par excellence, joue les fils conducteurs. Il interroge les matières entre satin et hermine, ainsi que les volumes avec des pulls ultracourts ou de grands gilets en maille lâche qui tombent aux genoux.
Alexander McQueen
C'est Durbar Court, la majestueuse salle des pas perdus du ministère britannique des Affaires étrangères, qu'a choisie Sarah Burton, ancien bras droit et quasi héritière de la création artistique d'Alexander McQueen, pour présenter la collection masculine automne-hiver 2016 de la maison. Le défilé, lancé sur une musique de Chopin aussitôt rattrapée par des rythmes électro-pop, faisait la part belle à la grande tradition classique avec un déploiement de savoir-faire incarnant « l'obsession d'une élégance éternelle », selon la créatrice. Mais on en retiendra surtout les imprimés puisés dans le répertoire darwiniste des dessins animaliers, notamment les papillons, et les motifs floraux inspirés des peintres de la nature.
Moschino
Pop, déluré, coloré, le style de Jeremy Scott, directeur de la création de Moschino, n'a pas déçu. Bombers courts rebrodés de crucifix de couleurs, sweats imprimés de grands visages empruntés aux œuvres photographiques de Gilbert & Georges, effets 2D et 3D sur les costumes, façon dessins animés ou bandes dessinées, invitaient à la régression et confortaient l'apparition d'une nouvelle ère vestimentaire totalement ludique pour une génération obsédée de culture digitale et de jeux vidéo.
Burberry et le clin d'œil de Hayett
Survenant le 11 janvier, au lendemain de la disparition de David Bowie, le défilé Burberry, initialement animé par le chanteur et pianiste Benjamin Clementine, a accueilli les invités sur les tubes les plus célèbres de la rock star. En plaçant sa collection sous l'adage Something old, something new, something borrowed, something blue traditionnellement adressé aux mariées, Christopher Bailey, le directeur artistique de Burberry, annonçait la fusion des lignes London, Brit et Prorsum de la marque. Pour le Something old, il a présenté des modèles d'archives restaurés, en série limitée, destinés à la vente. Pour le reste, on trouvera une vaste collection largement inspirée du jogging, à porter indifféremment en mélanges heureux avec des vestes d'uniforme, un déploiement de tartan retravaillé en grands motifs ou en fourrure, des manteaux militaires, des capes et des cabans. Comme dans la plupart des défilés masculins de cette Semaine britannique de la mode, on a noté la présence de mannequins féminins, en particulier celle de Hayett Belarbi McCarthy qui, arborant une cape de la collection Burberry, a voulu rendre un hommage personnel à Ziggy Stardust en ouvrant devant les photographes ses paumes sur lesquelles elle avait écrit au feutre noir les deux syllabes de Bo/wie.
L'hommage du monde de la mode à Bowie
« Légende absolue » selon Christopher Bailey ; « Roi du style » selon le magazine Elle, Bowie attachait une grande importance à son apparence dont il jouait à la manière d'un instrument pour accompagner son œuvre musicale. Le créateur britannique Paul Smith, avec qui Bowie avait encore collaboré sur le tee-shirt marqué de l'étoile noire figurant sur la pochette de son dernier album Black Star, a déclaré pour sa part : « De nos jours, plein de gens sont considérés comme des célébrités alors qu'on ne les connaît que depuis un ou deux ans. Lui était une star depuis des décennies et son talent était évident, impressionnant. » Jean-Paul Gaultier, dont plusieurs collections témoignent de l'influence de Bowie, notamment le prêt-à-porter printemps-été 2011 avec maquillage flashy et coiffures à la nuque longue, a confié : « Personnellement, il m'a inspiré par sa créativité, son extravagance, son sens des modes, son allure, son élégance et son jeu avec le genre. »
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