Hier, lors des pourparlers visant à relancer le processus de paix afghan à Islamabad. Photo APP/AFP
Le Pakistan a accueilli hier une rencontre entre représentants de quatre pays visant à faire revenir les talibans afghans à la table des négociations avec Kaboul, alors même que les rebelles mènent une offensive hivernale d'une intensité inédite.
L'Afghanistan, le Pakistan, la Chine et les États-Unis participent à ces pourparlers qui avaient été annoncés en décembre. En revanche, pas de représentant des talibans, dont l'insurrection meurtrière bat son plein, plus de 14 ans après qu'ils ont été chassés du pouvoir par une invasion menée par les Américains.
Des observateurs espèrent que la présence de la Chine et des États-Unis aidera à surmonter la méfiance régnant entre l'Afghanistan et le Pakistan, parrain historique des talibans, qui est désormais sous pression pour persuader les insurgés islamistes de cesser les violences.
Les délégations étaient dirigées par le vice-ministre afghan des Affaires étrangères, Hekmat Khalil Karzai, le ministre pakistanais des Affaires étrangères Aizaz Ahmad Chaudhry, le représentant spécial des États-Unis pour le Pakistan et l'Afghanistan Richard Olson, et celui de la Chine, Deng Xijun.
« Les participants ont mis l'accent sur le besoin immédiat de pourparlers directs entre des représentants du gouvernement d'Afghanistan et des représentants des groupes talibans, dans le cadre d'un processus de paix visant à préserver l'unité, la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Afghanistan », selon un communiqué commun après une journée complète de rencontres à Islamabad.
Une nouvelle réunion quadripartite a été annoncée pour le 18 janvier à Kaboul, afin de continuer à travailler à une feuille de route qui doit établir les bases du dialogue entre Kaboul et les talibans.
« Le premier objectif de ce processus de réconciliation est de créer les conditions permettant de faire venir à la table des négociations les groupes talibans, et de leur offrir des incitations qui puissent les persuader d'abandonner les violences », a déclaré Sartaj Aziz, le numéro un de la diplomatie pakistanaise, à l'ouverture des pourparlers.
Mettant en garde contre les « objectifs et délais irréalistes », il a rejeté toute condition préalable au dialogue et toute menace d'action militaire contre les réfractaires.
Luttes fratricides
Les premiers pourparlers directs entre le gouvernement afghan et les talibans ont eu lieu en juillet près d'Islamabad, mais ils ont rapidement tourné court après l'annonce en juillet de la mort du mollah Omar, fondateur du mouvement. Sa succession donne lieu à une guerre des chefs et leur nouveau leader, le mollah Akhtar Mansour, est loin de faire l'unanimité.
Un cadre taliban au sein de la faction dirigée par le mollah Mansour a indiqué à l'AFP que le Pakistan avait été en contact avec des dirigeants insurgés, mais que son groupe attendait de voir si le groupe rival dirigé par le mollah Rassoul allait également participer à des pourparlers.
« Autant que je sache, les dirigeants talibans sont prêts à toute réunion de ce type à l'avenir, mais nous verrons aussi quels autres groupes afghans ou factions talibanes seront invités », a-t-il ajouté.
Pour l'expert Shuja Nawaz, de l'Atlantic Council, cette rencontre permet « un espoir prudent » sur la reprise prochaine de véritables pourparlers de paix.
Rahimullah Yousufzai, fin connaisseur des talibans, a estimé que la réunion quadripartite était une « avancée importante ». Mais il a averti : « Les talibans n'ont pas encore fait preuve de leur volonté de dialoguer, ils ont dit que leur première priorité était de mettre fin à leurs dissensions internes. »
Malgré leurs dissensions et l'arrivée de l'hiver qui marque traditionnellement une pause dans les combats, les talibans ont étendu leur insurrection dans l'ensemble de l'Afghanistan, conquérant notamment la grande ville de Kunduz et multipliant les attaques contre les troupes de l'Otan.
Selon les observateurs, l'intensification des combats semble être liée à une volonté pour les insurgés de gagner du terrain avant les pourparlers, afin d'y obtenir des concessions plus importantes.
(Source : AFP)

