Le ministre d'État pour les Affaires du Parlement, Mohammad Fneich, a réitéré l'attachement de son parti, le Hezbollah, au dialogue intérieur, en dépit de la tension sous-jacente arabo-iranienne et sunnito-chiite qui a suivi l'exécution en Arabie saoudite du cheikh chiite Nimr el-Nimr. M. Fneich a jeté la balle dans le camp du courant du Futur, accusé d'user d'un « style indigne » à l'égard du parti chiite et appelé à prouver lui-même son attachement au dialogue, « si toutefois il le veut ».
« Le crime caractérisé commis par le régime saoudien n'est rien moins qu'une liquidation des forces de libération et des voix courageuses pour empêcher toute transformation de la société saoudienne », a affirmé le ministre d'État lors d'un meeting hier dans le village de Chakra, au Liban-Sud. « Tout autre propos constitue une couverture accordée à ce crime, dans une volonté de falsifier les faits », a poursuivi M. Fneich, soulignant que le cheikh exécuté était animé par « une logique réformatrice et rassembleuse, visant à préserver l'unité des pays arabes et de l'Arabie ». « Sa revendication de réforme n'était pas en faveur d'une région ou d'une communauté, mais de tous les citoyens saoudiens », a-t-il ajouté.
« L'Arabie saoudite utilise la provocation sectaire et cherche à donner l'impression que le conflit est sunnito-chiite. Tout le monde doit prendre garde à ces méthodes (...) », a estimé Mohammad Fneich, laissant entendre que le conflit avec le royaume wahhabite n'est pas de nature sectaire, mais contre son caractère répressif et corrompu. M. Fneich a même été jusqu'à établir une comparaison avec le chah d'Iran, qui a été renversé en raison de son despotisme, et non pour des raisons sectaires, puisqu'il était chiite, a-t-il expliqué.
Madaya
« L'Arabie saoudite et nous sommes en désaccord sur le plan politique, ce n'est un secret pour personne », a indiqué le ministre d'État. « Nous avons le droit de condamner toute oppression exercée contre un citoyen arabe ou musulman, que ce soit dans un pays arabe ou hors du monde arabo-musulman. Cela va de pair avec notre liberté d'expression et notre mission. L'on ne saurait qualifier cela d'ingérence dans les affaires d'un autre pays. Le rejet de l'oppression et le refus de l'atteinte à la dignité humaine sont devenus une loi internationale, et une part de la Charte de l'Onu et du corpus des droits de l'homme (...) », a-t-il noté.
Selon lui, la polémique sur le siège de Madaya vise d'ailleurs à détourner les regards de l'assassinat de Nimr el-Nimr. « Il faut parler du blocus de toute la Syrie, sans se suffire d'un seul village, falsifier les faits et faire assumer la responsabilité à ceux qui ne sont pas responsables de ce blocus, avant de créer une diversion et amplifier le phénomène », a souligné Mohammad Fneich. « Ceux qui agissent ainsi ne se fondent sur aucun principe ni aucune valeur. Ils se basent sur de petits comptes, de la provocation, de la falsification pour couvrir leurs crimes contre le peuple syrien et les esprits libres de leur pays », a-t-il indiqué.
Au plan local, Mohammad Fneich a rejeté les accusations qui sont portées contre le Hezbollah, notamment celles de s'ingérer dans les affaires saoudiennes. « Si tel est le principe à leurs yeux, que disent-ils alors au sujet de la Syrie ? N'y a-t-il pas d'ingérence dans les affaires syriennes ? Et que dire de l'Iran? Toute cette affaire préfabriquée au sujet de Madaya n'est-elle pas une ingérence dans les affaires syriennes ? Tout cela prouve qu'ils ne se fondent sur aucune constante, aucun principe, aucune valeur. Ils choisissent ce qui leur sied, et usent d'un style qui est indigne de l'organisation du conflit politique et qui n'est pas en harmonie avec la pratique du dialogue, lequel est notre voie et notre approche des conflits avec les différentes forces », a-t-il indiqué.
Et M. Fneich de conclure : « Le dialogue, dans un pays comme le Liban qui jouit de la liberté et de la diversité, est le seul moyen d'organiser le conflit. Si certains veulent poursuivre ce dialogue, ils sont les bienvenus. Sinon, ce sont eux qui font marche arrière et qui prennent position contre le dialogue. »

