Louis Vuitton au Grand Palais. ©Grégoire Vieille
Nous sommes en 1835. Le jeune Louis Vuitton, 14 ans, quitte le moulin familial situé à Charbouilla, dans le Jura, et se dirige à pied vers Paris. Il lui faut deux ans pour accomplir ce voyage de 450 kilomètres. Sur son chemin, il prête main-forte, ici et là, fort de son savoir-faire de meunier et de menuisier enseigné par son père. À Paris, il est engagé, en qualité d'apprenti, chez Romain Maréchal, un layetier-emballeur dont l'atelier était situé rue Saint-Honoré. Assidu, sérieux, persévérant, le jeune homme finit par créer sa propre maison, 4, rue Neuve-des-Capucines, en 1854.
Louis Vuitton « emballe avec sûreté les objets les plus fragiles, spécialité pour les emballages de modes », peut-on alors lire à son sujet. Contemporain de Charles Frederick Worth, l'inventeur de la haute couture, Louis s'attire les faveurs des élégantes, à l'image de l'impératrice Eugénie. Il perfectionne alors la première malle plate, que l'on considère aujourd'hui comme l'ancêtre du bagage moderne. Dès lors, Louis et ses héritiers n'ont de cesse d'améliorer la solidité et la légèreté qui font de leurs créations des modèles d'ergonomie. Ils s'appliquent à renouveler les toiles et les motifs sur fond uni, rayé ou damier, à la fois pour distinguer la marque et pour la protéger de la contrefaçon. À partir de 1875, Louis Vuitton propose ses premières wardrobes – une malle-armoire verticale et relativement légère, dans laquelle les affaires sont suspendues – qui consolident le succès d'une maison déjà spécialisée dans le voyage.
Louis Vuitton s'éteint en 1892, mais son fils Georges l'a rejoint quelques années plus tôt et poursuit les améliorations révolutionnaires des créations de l'entreprise, secondé par toute la famille. Georges introduit notamment les serrures à gorges, mécanisme issu de l'horlogerie, qui permet d'ouvrir une série de bagages avec une même clé exclusive, rendant ainsi inviolables les bagages d'un même propriétaire. Georges est surtout le créateur, en 1896, de la toile Monogram, un semis de motifs floraux, végétaux et géométriques d'inspiration à la fois médiévale et japonisante, qui entoure les initiales L.V. en un hommage émouvant au père fondateur. Hommage qui se poursuit dans le culte de la belle ouvrage et l'attachement à insuffler, à travers la perfection du savoir-faire, de la beauté dans la fonctionnalité.
Un ADN enraciné dans l'art du voyage
Malle plate, malle-armoire, malle-secrétaire, malle-cabine, malle-auto ou malle aéro, toutes les créations de la Maison accompagnent l'évolution des moyens de locomotion et subliment l'art du voyage. Le Steamer Bag, ancêtre du bagage à main, le Keepall, le Speedy, le Noé, le Marceau, reflètent la modernité que chaque décennie a inventée. L'exposition, qui consacre plus de cent soixante années de succès, n'entend pas chahuter la chronologie des événements et des inventions qui ont fondé la Maison. D'emblée, on découvrira la « Malle de 1906 », un « modèle achevé de modernité », qui fait cohabiter dans un même modèle tous les codes de Louis Vuitton tels qu'ils sont connus aujourd'hui : proportions parfaites, renforts extérieurs en bois de hêtre, coins et rivets en laiton, serrures à gorges, revêtement en toile Monogram.
Plus loin, hommage est rendu au bois et au travail du bois qui signe les origines de Louis Vuitton, « fils du Jura, tête de bois », selon l'adage. Lorsqu'il s'installe layetier et emballeur en 1854, ses outils sont ceux de ses ancêtres, et il sait instinctivement quels bois utiliser pour optimiser ses créations : peuplier, hêtre, bois de rose, camphrier, qui sont encore aujourd'hui les matériaux phares de la structure des malles réalisées aux ateliers d'Asnières.
Vient ensuite la section des « Malles classiques » où l'on découvre un inventaire raffiné des toiles, formes et serrures.
Dans la section « L'Invention du voyage », on découvre à travers les créations malletières la transformation du rapport humain à l'espace, depuis le début du XXe siècle. Voyage plaisir, voyage aventure, voyage tout court, Louis Vuitton innove, s'adapte, provoque même en participant à des expéditions automobiles telles que la Croisière jaune ou la Croisière noire. Avec l'essor du yachting et des croisières apparaît le premier Steamer Bag, et l'avion et le train sont loin d'être en reste.
Cette folie du voyage est accompagnée d'une activité parallèle, celle du récit de voyage, à lui seul prétexte à mille inventions adaptées au confort de l'écrivain, de la malle bibliothèque à la malle machine à écrire. Reine de la personnalisation, la Maison Louis Vuitton n'aime rien autant que la création de bagages aussi curieux que les objets qu'ils transportent. Malles de beauté, malles de musique, malles de chef d'orchestre, mais aussi malles de chauffeur qui témoigne des premiers voyages en automobile avec ses accessoires pour réparer un pneu et sa bassine qui permet d'achever l'opération sans un pli. Les temps contemporains témoignent d'un pas supplémentaire en direction de l'art, avec les variations offertes par des signatures comme Murakami, Damien Hirst ou Richard Prince à la toile Monogram.
Une visite qui modifie profondément le regard sur l'art de vivre en général.
Pour mémoire
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