Le Liban en 2015

La santé des Libanais : des acquis, mais des dangers dans l'air

Santé
Nada MERHI | OLJ
05/01/2016

L'année 2015 a été bien fournie sur le plan de la santé publique, même si tous les faits enregistrés n'étaient pas positifs.
L'année écoulée a en fait été marquée par deux réalisations majeures : l'entrée en vigueur le 10 août de la prescription médicale unifiée et le vote par la Chambre, le 12 novembre, de la loi sur la sécurité sanitaire des aliments.
Mise au point par l'ordre des médecins en 2011, sous le mandat du Dr Charaf Abou Charaf, la prescription médicale unifiée a été présentée comme l'un des moyens permettant d'aboutir à une baisse significative de la facture de santé puisqu'elle généralise l'utilisation des génériques. Désormais, le pharmacien a le droit de substituer un princeps par un générique, à condition d'avoir l'approbation du médecin traitant et du patient. Pour l'ordre des médecins, le timbre apposé sur cette nouvelle forme d'ordonnance devrait alimenter la caisse de retraite et d'aide des praticiens.


En théorie donc, la prescription médicale unifiée n'a que des avantages pour le patient, les médecins et les principaux tiers payants publics, à savoir la Caisse nationale de Sécurité sociale et le ministère de la Santé. En pratique, le patient continue à payer le prix fort. En effet, avec l'entrée en vigueur de cette prescription, certains médecins ont fait payer aux patients le prix de cette ordonnance – qui leur revient à 300 LL – entre 5 000 et 50 000 LL. Cette pratique a fini par être interdite par le ministre de la Santé Waël Bou Faour et l'ordre des médecins, les contrevenants encourant le risque de sanction judiciaire. Par ailleurs, de nombreux médecins – et souvent des patients – ne faisant pas confiance au contrôle du marché du générique au Liban refusent de prescrire cette classe de médicaments à leurs malades. Parfois, ils s'abstiennent de le faire en raison de leurs affinités personnelles avec des compagnies pharmaceutiques. Un autre fait à relever reste celui de la hausse des prix de certains génériques qui sont plus chers que le princeps.


Quant à la loi sur l'hygiène alimentaire, elle a été votée après avoir été oubliée dans les tiroirs du Parlement pendant plus d'une décennie. Et pour cause, puisque cette loi permet la création de la Commission libanaise pour la sécurité des aliments, un organisme indépendant rattaché au Conseil des ministres et chargé de contrôler tout ce qui touche de près ou de loin à l'alimentation. Certains ministres, craignant que certaines de leurs prérogatives ne soient touchées, s'étaient alors farouchement opposés à cette loi, initialement proposée par l'ancien ministre Bassel Fleyhane, assassiné en 2005. Cet obstacle a été finalement franchi, et la nouvelle loi votée reste toujours sans décrets d'application.


Deux autres dossiers, à l'aspect moins reluisant, doivent aussi être retenus. Le premier est relatif aux risques liés à la crise des déchets qui se poursuit depuis le 17 juillet. Dès le début de la crise, médecins et experts ont mis en garde contre une « vraie catastrophe » pour la santé publique. Les médecins avaient parlé d'une augmentation des risques infectieux, d'une exacerbation des maladies respiratoires, des allergies cutanées... Les chimistes, quant à eux, avaient expliqué que sous l'effet de la chaleur et de l'incinération sauvage, qui continue à être pratiquée à grande échelle, les molécules toxiques contenues dans les immondices vont se transformer en d'autres molécules plus polluantes ou encore vont se décomposer en radicaux libres cancérigènes. En ce qui concerne les métaux lourds, ils vont être transportés par l'eau dans la nappe phréatique et intégreront par la suite la chaîne alimentaire, augmentant encore plus les risques cancérigènes. Des mises en garde qui sont vraisemblablement tombées dans l'oreille d'un sourd, puisqu'aucune mesure sérieuse n'a été entreprise pour limiter ce danger.
Le second dossier est celui de la petite Ella Tannous, amputée des quatre membres à la suite d'une infection bactérienne. Son pédiatre avait été accusé d'être responsable de l'amputation et avait été emprisonné pendant plusieurs jours.


Ce cas, qui avait suscité une vive polémique, a mis l'accent sur le manque de confiance qui existe entre l'ordre des médecins et le ministère de la Santé, qui a formé un comité consultatif d'enquête sur les fautes médicales, estimant que « les anciennes expériences de l'ordre des médecins dans ce domaine ne sont pas encourageantes », mais aussi entre l'opinion publique et l'ordre des médecins qu'elle accuse de couvrir les fautes des praticiens.


Le cas de la petite Ella a surtout remis sur le tapis le manque de professionnalisme et d'éthique de certains journalistes qui, avides de sensationnalisme, se sont permis de divulguer le cas, faisant fi des règles de base de déontologie professionnelle. Ils se sont posés en justiciers, bien qu'ils ne connaissent pas toutes les facettes scientifiques du cas, alors que le comité d'experts désigné par la justice pour suivre le dossier a mis plusieurs semaines pour le faire, recourant même à l'expertise d'instances médicales en France, en Suède, en Belgique et aux États-Unis.


Sans oublier bien sûr, dans le cadre de ce cas, la prise de position du président de l'ordre des médecins, le Dr Antoine Boustany, qui avait interdit aux praticiens d'accorder des interviews aux médias, même à caractère scientifique, sous peine d'encourir des sanctions, non sans avoir tenu lors d'une conférence un discours humiliant et virulent vis-à-vis des médias, tombant ainsi dans le même piège que les journalistes qu'il critiquait.


Quoi qu'il en soit, la justice devra encore se prononcer dans le cas de la petite Ella Tannous. Mais d'une manière plus exhaustive, il est clair qu'un immense travail reste à faire pour rétablir la confiance entre les différents acteurs d'un secteur vital pour le devenir d'une population déjà assaillie de toutes parts par des problèmes inextricables qui rendent son quotidien de plus en plus éprouvant.

 

 

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