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Le Liban en 2015

Quelques esquisses, notes, mots et puis s’en vont…

bilan culture

L'année 2015 aura été une année culturellement et sporadiquement riche, traversée de grosses vagues de doute, comme si les événements étaient organisés sans que l'on ose trop croire à leur aboutissement, mais dans l'espoir d'affirmer une foi inébranlable en l'art et la culture, et, au-delà, en cet urgent métissage, indispensable au vivre-ensemble. Une année marquée tout de même par de grands éclats. « L'Orient-Le Jour » en a retenu quelques-uns...

05/01/2016

Arts plastiques

- Dans la foison d’expositions, on retiendra essentiellement la puissamment esthético-émotionnelle Heartland-Territoire d’Affects au BEC, l’année 2015 aura surtout été celle de la réouverture tant attendue du musée Sursock. Modernisée et agrandie, verticalement en sous-sol, par les architectes Jean-Michel Wilmotte et Jacques Aboukhaled, la vénérable institution a aussi rajeuni son équipe, son public et ses programmations. Tout en restant dans la continuité. La preuve : la magnifique exposition dédiée à Beyrouth de 1800 à 1960, préparée par Sylvia Agémian, par laquelle le musée a démarré sa nouvelle vie.

- Autre ouverture muséale en fanfares : celle de la Fondation Aïshti qui place Beyrouth sur l’échiquier de l’art international. Outre la très pointue collection d’œuvres contemporaines de Toni Salameh, l’inauguration aura fait affluer au pays du Cèdre quelques-uns des plus importants galeristes, directeurs d’institutions muséales, critiques et curateurs du moment.

- Également d’envergure, deux expositions chez Andrée Sfeir-Semler. La première réunissant des œuvres de ses artistes phares (d’Etel Adnan à Walid Raad et Akram Zaatari) pour célébrer les 30 ans d’existence de sa galerie à l’international. Et la seconde, « Cabaret Crusades », de Waël Shawky, un artiste en croisade contre les « marionnettistes » de l’histoire, pour marquer l’entrée de sa galerie beyrouthine dans sa deuxième décennie.

- Aftercinema au Beirut Art Center.

Jumana Manna, Kamal Aljafari et La Ribot se servent du cinéma comme matière première et se demandent, in fine, comment donner la parole aux individus qui ne l'ont pas. Avec leurs trois regards, ils expriment leur révolte vis-à-vis du cinéma, le décortiquent et le poussent dans ses retranchements le temps d’un été.

Théâtre

Trois pièces ont marqué les esprits cette année.

- Ab Beyt Byout, de la troupe Tahweel, ou lorsque Sahar Assaf adapte, met en scène et joue (le tout avec une grande intelligence) une pièce du répertoire américain, August : Osage County de Tracy Letts.

- Vénus, la sulfureuse adaptation de Jacques Maroun, avec Rita Hayeck et Badi Abou Chacra, qui a longtemps joué les prolongations.

- Scènes de bataille, du collectif Zoukak, acerbe vision des martyrs, du sexe et du drame de vivre. Loin de toute notion mercantile, et deux partis pris farouches : l’art d’abord, et ne jamais sortir d’un théâtre indifférent aux problèmes de la Cité. 

Concerts

- À saluer, surtout, les efforts des festivals pour promouvoir les talents libanais et chapeauter les productions made in chez nous. Dans ce registre : les spectacles Ilik Ya Baalback (du festival éponyme), Bar Farouk à Beiteddine, du bel canto avec Samar Salamé à Byblos. Sans oublier la multitude de festivals villageois dont les programmes interchangeables se ressemblent, mais donnent aussi l’occasion de festoyer allégrement.

- Rayess Bek et La Mirzaau festival Wickerpark.

Avec leur hommage nommé Love and Revenge, Rayess Bek – de son vrai nom Waël Koudaih – aux platines et La Mirza – Randa – aux visuels prouvent l'étendue de leurs talents respectifs à ceux qui en doutaient encore. Généreux et adepte des ruptures sonores et visuelles, le show électro de ce duo épique a marqué l'histoire de ce cinquième Wickerpark.

- Lumi à la Magnanerie.

Mayaline Hage et Marc Codsi ressortent lumineux d'un tunnel de cinq années sombres – pendant lesquelles ils ne se parlaient plus – comme pour mieux se retrouver. Sur la scène de la Magnanerie en cette douce soirée du mois de mai, c’était un retour osé avec une quinzaine de morceaux qui sont autant d’appels à l’émeute.

Livres

- Villa des femmes, de Charif Majdalani, éd. Seuil.

Le cinquième opus de l’écrivain libanais, prix Jean Giono 2015, ayant figuré dans les sélections du Femina et du Renaudot, est un long roman pas vraiment tranquille, mais toujours entraînant.

Boussole de Mathias Enard, Actes Sud.

Le dernier livre de l’écrivain français – récompensé par le Goncourt 2015 – est un ouvrage d'autant plus nécessaire en ces temps troubles qu'il souligne les liens entre Orient et Occident. Autant de pieds de nez aux exactions inhumaines de Daech, de Bachar el-Assad, ou au choc des civilisations de Samuel Huntington.

Le Piano oriental de Zeina Abirached, éditions Casterman.

Avec sa nouvelle bande dessinée, la Franco-Libanaise s’inspire de la vie de son aïeul – Abdallah Chahine, pianiste, organiste, accordeur – afin de mieux raconter son rapport à « ses langues maternelles » et à son adaptation en France. Que ce soit dans la musicalité induite par le noir et blanc, dans les motifs répétés, ou dans les codes visuels et onomatopées, la partition du Piano Oriental est sans fausse note.

Graffiti

- Le sourire de Sabah à Hamra.

Sur la façade latérale de l’immeuble Costa, l’image de Sabah est resplendissante. Elle est, même silencieuse, un rayon de lumière pour les fatigués de la sinistrose de la ville. Le graffiti de 25 x 12 m signé Yazan Halwani rend un vibrant hommage à l'éternelle chanteuse disparue en novembre 2014. Et à son sourire légendaire.

- Le mur de la révolte à Beyrouth.

Entre messages d'espoir, dénonciations des violences policières ou du système politique corrompu, chacun avec son style, ses pinceaux ou ses bombes de peinture, plusieurs artistes ont coloré le mur éphémère installé devant le Grand Sérail.

- Les « potato nose » de Jad el-Khoury.

Ses petits personnages fleurissent un peu partout dans Beyrouth. Après avoir égayé les murs de certains commerçants demandeurs à Hamra ou à Gemmayzé, Jad el-Khoury a « attaqué » l'immeuble qui frôle le Ring – le pont qui traverse la capitale – et plus récemment celui de l’hôtel Holiday Inn. L’artiste libanais détourne les façades ravagées pour souligner les cicatrices laissées par la guerre, autant que pour apporter de la gaieté et de l’espoir futur.

Musique classique

- Le bel canto gagne du terrain dans le paysage musical libanais. En plein air et dans les églises. Les soirs du Chouf ont offert les plus belles voix pour résonner dans la montagne. Deux superstars de l’art lyrique que le public a découvert en live et ovationné : l’impériale Anna Netrebeko et le ténor aux poumons d’airain Juan Diego Florez. Plus proches de la fin d’année, les saisissantes envolées de Cinzia Forte, très forte en effet dans ses chutes d’arias aux fortissimos à couper le souffle…

- Le piano reste le roi des soirées musicales beyrouthines. Une kyrielle d’artistes ont pris d’assaut les scènes. Pour un jeu à la fois éblouissant et périlleux. On nomme Dmitry Masleev, Khatia Bunshivilli, Oliver Poole, etc. Mais la palme de la bravoure,  loin de toute virtuosité creuse, revient à Julien Libeer. Son Couperin a la transparence du cristal.

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