Porto Rico, une île autrefois dynamique, a désormais une dette de quelque 73 milliards de dollars. Christopher Gregory/AFP
Étouffé par une dette abyssale, l'archipel américain de Porto Rico est menacé d'un défaut de paiement chaotique le 1er janvier et d'une possible crise « humanitaire », faute d'avoir obtenu le soutien nécessaire du Congrès des États-Unis.
Surnommé la « Grèce des Caraïbes », ce territoire rattaché aux États-Unis à la fin du XIXe siècle a prévenu qu'il ne pourrait plus honorer ses obligations après plusieurs années de récession qui ont fait gonfler sa dette à quelque 73 milliards de dollars. Le couperet pourra tomber dès demain si Porto Rico échoue à rembourser près d'un milliard de dollars de dette, dont un tiers est dû par l'exécutif de l'île lui-même. « Il n'y a pas d'argent », a récemment déclaré le gouverneur de l'île, Alejandro Garcia Padilla. « L'heure (du défaut de paiement) va arriver très vite, probablement le 1er janvier », a-t-il mis en garde.
Les premières conséquences pourraient être d'ordre judiciaire. Les fonds des pensions américains, qui avaient été séduits par le rendement des obligations portoricaines, risquent de saisir les tribunaux et pourront s'appuyer sur la Constitution locale, qui garantit l'allocation prioritaire des ressources de l'île au paiement des créanciers.
« Je vais être poursuivi en justice », a admis le gouverneur Padilla, mettant en garde contre une réaction en chaîne aux conséquences imprévisibles si les finances de l'île étaient gelées par les procédures judiciaires. « Le gouvernement pourrait fermer. Des services essentiels pourraient être perdus. Je n'aurais pas assez d'argent pour financer des services essentiels comme la sécurité ou l'assurance- maladie », a-t-il poursuivi.
Exode
L'administration Obama, qui suit le dossier de près, avait déjà mis en garde fin octobre contre le risque d'une « crise humanitaire » sur une île autrefois dynamique, qui s'est longtemps appuyée sur une stratégie d'industrialisation à marche forcée. Depuis la fin en 2006 de différents mécanismes d'incitation fiscale, le produit intérieur brut du territoire a fondu de 10 % et près de la moitié des 3,5 millions de Portoricains vivent aujourd'hui dans la pauvreté.
L'émigration est au plus haut, quelque 84 000 personnes ayant quitté l'île, l'année dernière, un record historique qui pourrait bientôt être dépassé. « À moins d'une action politique constructive en 2016, l'exode des Portoricains vers les 50 États américains rivalisera avec celui provoqué par des tempêtes de poussière (Dust Bowl) dans les années 1930 », qui contribuèrent aux plus importantes migrations de l'histoire du pays, a prédit Simon Johnson, un ancien chef économiste du Fonds monétaire international.
C'est toutefois à
Washington qu'un des principaux nœuds de la crise portoricaine devra être dénoué. L'administration Obama a certes exclu tout renflouement de ce territoire au statut hybride, dont les habitants sont des citoyens des États-Unis, mais qui ne fait pas partie des 50 États américains. Mais l'exécutif pousse en revanche pour une modification législative qui offrirait à Porto Rico la possibilité de se déclarer en faillite et de restructurer sa dette à l'abri de ses créanciers. À l'heure actuelle, seules les municipalités américaines, comme Detroit en 2013, ont la possibilité de se placer sous la protection de la loi sur les faillites, dite Chapitre 9.
La balle est dans le camp du Congrès, dominé par les Républicains, qui est le seul habilité à accorder ce droit à Porto Rico, mais qui s'est abstenu de le faire dans la loi de compromis budgétaire 2016 adoptée à la mi-décembre. Le dossier ne mobilise pas que le monde politique américain : la Cour suprême des États-Unis a accepté début décembre d'examiner le recours de Porto Rico contre un jugement lui interdisant d'utiliser la loi sur les faillites.
Jeremy Tordjman/AFP


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