Noël concerne le mystère de l'Incarnation. Il atteint en sa jointure profonde l'articulation du témoignage apostolique le mouvement constitutif de l'Évangile de Jésus-Christ où les disciples ainsi que nous-mêmes sommes appelés à confesser à la messe de la Nativité : le Christ, le Seigneur, c'est Jésus de Nazareth ! Pour les Épîtres de Saint-Paul, l'allusion au Christ n'évoque pas le passé si nous le parcourons attentivement, mais la présence du Seigneur se manifestant en «la chair mortelle de Paul de Tarse».
Beaucoup de «prophètes menteurs» se sont répandus dans le monde hier et aujourd'hui. On reconnaît l'esprit de Dieu à ceci: tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu; tout esprit qui divise le Christ n'est pas de Dieu, c'est l'esprit de l'Antéchrist.
Contre vents et marées, la foi chrétienne a maintenu l'insertion de Jésus-Christ dans l'histoire et sa souveraineté. La réponse traditionnelle de l'Église proclame que le Fils éternel de Dieu, descendu du Ciel, est né de la Vierge Marie, qu'il a accompli un ministère de justice et d'amour, qu'il a été crucifié, qu'il est ressuscité et a été intronisé à la droite de Dieu, qu'il viendra jugé les vivants et les morts.
Les Évangiles ont été écrits par des hommes qui furent parmi les premiers à avoir la foi et qui avaient comme mission de la faire partager à d'autres du nord au sud et de l'est à l'ouest de la planète « Terre ». Ayant connu dans la foi qui est le Christ, ils avaient pu voir et faire voir les traces de son mystère dans toute sa vie terrestre. Depuis les langes de sa nativité jusqu'au vinaigre de sa passion et au suaire de sa Résurrection, tout dans la vie du Christ était signe de son mystère. À travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé «qu'en lui habite toute la plénitude de sa divinité ». Son humanité apparaît ainsi comme le «sacrement», «le signe » et « l'instrument» de sa divinité et du salut qu'il apporte: ce qu'il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice.
Après des siècles d'obscurantisme, l'humanité allait émerger dans la lumière grâce aux règles de la raison et de la vérité. Nous sommes censés aller des apôtres à Jésus, de Jésus aux apôtres, sans pouvoir les séparer; aller des Évangiles aux épîtres, des épîtres aux Évangiles sans pouvoir les détacher; de la prédication des témoins sur le Messie crucifié et ressuscité à la prédication du Christ sur le Royaume, sans jamais les soustraire l'une de l'autre. Chacun y retrouve sa propre idéologie et ses propres aspirations. Le Christ est le visage filial et humain de Dieu. Penser à la divinité de Jésus, c'est revenir sans cesse à ce qu'il fut et dont les apôtres ont témoigné en vertu de l'Événement pascal.
Le Christ est le centre de l'histoire, mais l'histoire, ce sont des hommes et des saints qui la réalisent et la vivent, par conséquent, ils en sont le point de gravitation et de référence.
Identiquement, les personnes qui sont autour du Christ – Marie, Joseph et les personnes des listes généalogiques – représentent et indiquent la route à suivre. Tous sont invités à se référer au Christ et à entrer dans sa lignée. Le plan du salut exige cette solution de continuité. Chacun est invité à trouver dans cette lignée sa place propre. Marie et Joseph sont les modèles que la communauté se voit exhortée à regarder, à imiter et à prier.
La Nativité n'est pas un mystère seulement pour Joseph et Marie, mais pour tous les hommes du passé et du présent. Leur réponse, hésitante ou prompte, est également celle que tous peuvent et doivent donner car le Christ est au centre de l'histoire. Chacun d'entre nous devrait trouver sa place où les responsabilités personnelles difficiles à déterminer ont à trouver une place car l'histoire et le plan du salut ne sont pas seulement le fait des grands hommes mais aussi de cette foule d'anonymes dont la vie et les choix n'ont pas laissé de trace et sont source d'interpellation adressée à chacun : « Où cherchons-nous par notre réponse et par notre vie à nous situer dans le Mystère de salut et de l'histoire?» À chacun de nous d'y réfléchir et de donner une réponse à l'occasion de la grande fête de «la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ».
Sylvain THOMAS

