Réveil difficile. J'ai mal dormi. Il paraît que Frangié pourrait être élu président de la République. Ma journée sera dure. Ce n'est pas bien grave parce que bientôt la journée sera finie. Et je pourrai me rendormir, épuisé. Demain sera une meilleure journée, et demain, je ferai de meilleurs choix.
Car beaucoup de ces choix que l'on fait tous les jours semblent d'une importance capitale sur le moment. Mais leur éternel recommencement les rend triviaux. Et au final, peu de nos décisions quotidiennes sont irrévocables. Peu de choix finiront par affecter ma vie dans le sens astral de la chose. À part, peut-être, si je choisis de critiquer ce monsieur. Il pourrait mal le prendre. Ou pire, il pourrait mal réagir. Il pourrait être armé. Et je pourrais disparaître par erreur. Pour avoir voulu me battre contre un moulin à vent. Quelle absurdité.
Une fois acceptée l'absurdité de mon existence, il reste à lui trouver un but. Car la vie est absurde, d'accord. Mais après ? Qu'est-ce que je pourrais bien faire de cette vie qui m'est donnée ? Qu'est-ce que je voudrais que mon épitaphe raconte ? Ci-gît Rabih. Qui se fit piétiner par la connerie humaine. Un âne parmi tant d'ânes. Il vécut sans projets et mourut sans regrets. Pourquoi pas ?
Mais l'humanité est, malgré les apparences, en perpétuelle évolution. Et quelques situations méritent un peu de notre engagement, pour assurer le progrès. L'injustice. L'inégalité des sexes. Le trafic d'esclaves. L'ignorance. La bêtise. La méchanceté. Dans ce monde où c'est plus souvent chacun pour soi que tous pour un, on devrait prendre le temps de se demander s'il n'y a pas moyen de trouver les engagements qui, m'arrangeant, arrangeraient les autres aussi.
Le Libanais récolte aujourd'hui les fruits de son individualisme. Son manque chronique d'engagement dans les affaires publiques déresponsabilise ses dirigeants. La tolérance face à l'incompétence, et la complaisance par rapport aux erreurs de nos cellules – famille, parti, confession – ne font qu'encourager la médiocrité. Accepter l'incompétence de notre gouvernement résultera en un mandat d'incompétents. De voleurs et de corrompus. Oui, j'y trouverai peut-être mon compte sur le court terme. Mais avec le temps, quand cet amas d'ordures deviendra incontrôlable, nous serons plusieurs à essayer de trouver refuge au sommet d'une colline. Et après, où ira-t-on ? Dans un esprit purement égoïste, il est donc important de faire le bon choix. De réclamer des comptes. D'exiger des démissions, des emprisonnements. Personne n'est au-dessus des lois. Les lois, c'est le peuple. Et le peuple, au final, c'est nous. Il est grand temps qu'on s'en souvienne.
Il est temps de couper la tête de ce régime profiteur et cupide. Ces crapules ont par trop longtemps vécu à nos dépens. Mais le temps où nous étions pigeons à plumer n'est plus. Il faut le dire. Tous dans la rue, le roi est nu ! Le pouvoir est corrompu. Et c'est une décision importante que de s'y opposer. Car demain ne viendra pas comme après une mauvaise nuit.
Il est temps de se révolter. Sinon, notre épitaphe est toute tracée. Ci-gît le peuple libanais. Plumé jusqu'au dernier. Victime de ses propres contradictions. De son laxisme, de son génie et de son inconscience.
Rabih NASSAR


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
DE SON ABRUTISSEMENT PLUTÔT...
09 h 10, le 18 décembre 2015