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« Je suis très content. C’est merveilleux »

Succès de la première vente de la prestigieuse bibliothèque de Pierre Bergé : au total, près de 11,7 millions d'euros ont été recueillis, un montant largement au-dessus de l'estimation haute.

Pierre Bergé chez lui, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, en février 2015. Photo Stéphane de Sakutin

Parmi les joyaux de la littérature possédés par Pierre Bergé, le manuscrit de L'Éducation sentimentale de Flaubert, les Œuvres de Louise Labé et un dessin de Victor Hugo ont remporté le plus grand succès vendredi, lors de la première vente aux enchères de sa fabuleuse bibliothèque.
Au total, la vente a rapporté plus de 11,68 millions d'euros, s'est félicité Pierre Bergé. Plus que l'estimation haute.
Quelque 180 ouvrages de l'incroyable bibliothèque de l'homme d'affaires ont été dispersés lors de cette vente exceptionnelle organisée par Pierre Bergé & associés, en collaboration avec Sotheby's chez Drouot.
Le clou des enchères a été le manuscrit de L'Éducation sentimentale (vers 1869) qui est parti à 470 000 euros. Un dessin à l'encre et aquarelle d'Hugo, représentant une tour gothique en ruine, entourée d'arbres noirs à la tombée de la nuit, a été adjugé pour 400 000 euros. Ce dessin, composé vers 1855, était estimé entre 50 000 et 80 000 euros. Les Œuvres de Louise Labé, une édition originale de 1555, ont été vendues 430 000 euros.
« Je suis très content. C'est merveilleux », a confié Pierre Bergé à l'issue de la vente qui a duré trois heures.
La première édition des Confessions de Saint Augustin (1470), estimée entre 150 000 et 200 000 euros, a trouvé acquéreur pour 260 000 euros.
L'édition originale des Essais de Montaigne (1580), estimée entre 150 000 et 200 000 euros, n'a en revanche pas dépassé les 145 000 euros. « C'est parce que les collectionneurs savent que je possède une édition encore plus belle qui sera mise en vente plus tard », s'est amusé Pierre Bergé.
Cette vente était la première des six prévues d'ici à 2017. L'argent sera versé à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent.
À terme, les 1 600 ouvrages, partitions musicales et manuscrits précieux du XVe au XXe siècle, qu'a patiemment rassemblés Pierre Bergé ces 40 dernières années, partiront.
« Je les aime tous », dit Pierre Bergé, un peu déçu que l'édition originale de Madame Bovary (1857) de Flaubert dédicacée « au maître » Victor Hugo soit partie pour « seulement » 368 000 euros, alors qu'elle était estimée entre 400 000 et 600 000 euros. Ce livre était l'un de ceux qui tenait le plus à cœur à l'homme d'affaires, âgé de 85 ans, qui fut le compagnon d'Yves Saint Laurent.
Parmi les surprises de la vente, l'édition originale des Fleurs du mal de Baudelaire, estimée entre 40 000 et 60 000 euros, a été adjugée 225 000 euros. L'unique jeu d'épreuves des Valentines (1887) du poète Germain Nouveau a été préempté par la Bibliothèque nationale de France (BNF) pour 102 000 euros. L'édition originale de L'air de l'eau (1934) d'André Breton, estimée au maximum à 150 000 euros, a atteint 340 000 euros.

Dons à des institutions
Les œuvres des auteurs russes ont été très disputées, dépassant à chaque fois les attentes.
« Il faut savoir se débarrasser des choses », confiait récemment Pierre Bergé. Le mécène a cédé gracieusement plusieurs des œuvres initialement proposées à la vente, comme les Maximes et Pensées de Chamfort (1795, estimées entre 200 et 300 000 euros), reliées pour Stendhal « qui les a abondamment annotées ». Elles ont été données au centre Stendhal de la Bibliothèque municipale de Grenoble.
Le jeu d'épreuves corrigées par Verlaine pour la deuxième édition de son recueil Les poètes maudits (1888, 300 000/400 000 euros) est allé à la BNF et une édition originale du Docteur Pascal (1893, 60 000/80 000 euros), avec une dédicace de Zola à la mère de ses deux enfants, a été offerte à la Maison de Zola à Médan (Yvelines).
Surtout, Pierre Bergé a accepté de faciliter la vente directe à la BNF du manuscrit de Nadja (1927), le chef-d'œuvre d'André Breton, « en raison de son importance patrimoniale majeure ».
Ce lot constituait l'estimation la plus élevée de la vente (2,5 à 3,5 millions d'euros). « Quand je l'ai acquis, à Londres il y a des années, j'avais l'impression d'avoir un morceau de la vraie croix », se souvient Pierre Bergé.
(Source : AFP)

 

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